Ali Salif Keïta, un Mauritanien qui risque d’être déchu de sa nationalité

, par  Webmastrer , popularité : 19%

Mariam Samba Sy - mauritanienne, née à Nouadhibou en 1966, mère de famille - n’est pas au bout de ses peines.

Sa fille, Mariam Salif Keïta - une orpheline âgée de 14 ans qui a perdu son père peu de temps avant sa naissance en 2002 - a été interpellée le 25 juillet passé au cours d’un contrôle d’identité, puis recensée comme malienne.

Son aîné, Ali Salif Keïta, 34 ans, solide gaillard, au sourire avenant, le front noirci par les prières, risque lui aujourd’hui de se voir déchu de sa nationalité mauritanienne. En tous cas, Ali est convoqué au Commissariat de Compagnie qui compte le faire recenser comme malien.

Sur quoi se fonde la police pour agir ainsi ? La mère et la fille portent le même prénom donc Mariam Samba Sy n’est pas la mère de Mariam Salif Keïta. Mariam Salif Keïta est de père malien.

Ali, né en Mauritanie, de nationalité mauritanienne, de mère mauritanienne est de père malien… Et pour avoir séjourné au moins une fois au Mali, il doit devenir Malien. C’est cela le raisonnement de la police. Du moins, c’est cela qui ressort du témoignage de Mariam Samba Sy.

En écoutant Mariam Samba Sy on se rend compte que la police a agi selon une certaine logique répandue à l’état civil version Mrabih, laquelle veut que ceux-là qui sont nés d’un père étranger soit de facto recenser en tant qu’étrangers.

Les déboires de la famille commencent le 25 juillet 2016. Ce jour-là, aux environs de 11 heures, Mariam Salif Keita - âgée, rappelons-le, de 14 ans - est interpellée à Sebkha au cours d’un contrôle d’identité et est conduite à la Compagnie à Bagdad. Ali et sa mère se rendent au Commissariat afin de la faire libérer. Le commissaire n’est pas en place, les visiteurs sont obligés de patienter jusqu’à son arrivée. Après « enquête » la police arrive à la conclusion que Mariam doit être recensée en tant que malienne. Une fois Mariam recensée comme telle, la police se résout à la remettre en liberté le mercredi 27 juillet.

Reste à signer l’acte qui prouve que Mariam a été remise à sa famille. La police exige la signature "masculine" d’un membre de la famille de Mariam. Ali décide de signer. Ce dernier étant de ces nombreux Mauritaniens qui éprouvent des difficultés à se recenser depuis l’apparition du fichier biométrique, présente une attestation de perte de carte d’identité, il s’agit là de la carte d’identité qui a été mise en circulation après le recensement de citoyens de 1998. Puisqu’il n’est pas encore recensé depuis le lancement du recensement de citoyens entamé en 2011, il est interpellé et interrogé. La police apprend qu’Ali a une fois séjourné au Mali et décide alors de le déchoir de sa nationalité.

Après quoi, elle remet Mariam à sa famille et enjoint à Ali de se présenter le lendemain jeudi 28 juillet afin de se faire recenser Malien. Et comme moyen de pression, elle confisque la pièce d’identité de sa mère en l’occurrence Mariam Samba Sy en faisant comprendre à Mariam Samba Sy qu’elle ne pourrait récupérer cette carte que si son fils Ali se présentait le lendemain.

Aux dernières nouvelles la famille s’est ouvert de son cas à Touche pas à ma nationalité - l’organisation dirigée par le docteur Dia Alassane - qui en retour a mis la famille en contact avec un avocat. Affaire à suivre.

Rmibiladi