Amendements constitutionnels : Le sénat signera-t-il sa propre mort ?

, par  masterEveil

Les choses commencent à mieux se préciser, à propos du renoncement des hautes sphères de la République de Mauritanie, à l’option de consultation référendaire sur les très controversés amendements constitutionnels. Etant non seulement onéreuse, mais également infructueuse voire humiliante pour un projet de révision constitutionnelle, non consensuelle et entachée de corruption de députés et de sénateurs sans scrupules, ces amendements n’avaient d’autre chance de passer, bon gré, malgré gré, qu’à travers un parlement majoritairement acquis au Boss.
Les députés mauritaniens ont adopté le jeudi dernier, un projet de révision constitutionnelle qui prévoit entre autres, la suppression du sénat et de la haute cour de justice. u moment où le pouvoir croyait la réforme déjà acquise, voilà que l’opposition, reconnue pour sa faible représentativité au parlement, fait déferler des milliers d’insurgés dans les rues depuis les samedi 11 et dimanche 12 mars, demandant au Sénat de rejeter la loi. .
En réalité, un retour sur les statistiques du vote de la loi permettra de comprendre quelque peu, la préoccupation des députés. Sur les 147 députés réunis ce jeudi, 121 ont voté pour, 19 contre et 7 se sont abstenus. Ce vote indique l’absence d’un débat véritablement démocratique au sein du parlement.
Une réaction musclée qui a mobilisé quasiment l’opposition dans toute sa diversité, fortement hostile à la tenacité du régime en place à trouver un quitus pour proceder à la suppression du Sénat, de la Haute cour de Justice, du Haut conseil islamique et au changement du drapeau et de l’hymne mauritaniens.
C’est aujourd’hui (NDLR, hier lundi 13 mars courant), que cette controversée révision constitutionnelle adoptée par les députés, doit être examinée par le Sénat, pour livrer ses résultats dans la soirée.
Justement, cette chambre haute diffère de l’Assemblée nationale, en raison de ses frondeurs, mais également qu’elle est ciblée par ses amendements visant son annulation et son remplacement par les conseils régionaux.
En effet, les 56 sénateurs du Parlement étaient agités par une fronde de parlementaires hostiles au projet, mais le président Mohamed Ould Abdel Aziz, qui y dispose d’une majorité confortable a mené campagne auprès de ses soutiens pour les convaincre de l’intérêt de son projet.
Le défi reste toutefois difficile à relever pour l’Etat, même si les Pouvoirs Publics ont distribué des terrains et consentis des privilèges pour ces parlementaires afin de bénéficier de leur vote favorable au projet de révision.
Faut-il noter aussi, qu’étant farouchement opposé à un troisième mandat de l’actuel Président mauritanien, qui cherche à supprimer cette chambre parlementaire afin de poser de nouveau sa passion pour le pouvoir, le sénat demeure selon des observateurs, la bête à abattre pour le régime.

Le FNDU dénonce une révision unilatérale

Le Fnud, qui regroupe quinze partis, n’approuve pas certaines de ces modifications et dénonce surtout une méthode politique non consensuelle et un manque de débat démocratique.
"Les sénateurs doivent nous permettre de relever la tête, de rejeter la mascarade confortement à la volonté du peuple ici présent", a ajouté le président du FNDU , M. Moussa Fall, reprochant au texte constitutionnel proposé de "s’attaquer à nos valeurs et nos symboles, comme le drapeau national".
"Ils doivent se refuser de signer leur arrêt de mort en apportant eux-mêmes l’arme de leur assassinat", a-t-il insisté. Pour nombre d’observateurs, la situation reste toujours incertaine, même si du côté du pouvoir on affirme que "tout le monde est rentré dans le rang", indique une source.
Le forum a inscrit la marche dans le cadre d’un meeting démontrant une rupture entre la volonté du peuple et l’adoption par l’assemblée nationale des amendements constitutionnels.
Le FNDU estime par ailleurs que le vote des amendements s’est déroulé dans des conditions de non transparence, du fait que de nombreux partis et coalitions sont absents de l’assemblée nationale.
« Cette marche a prouvé qu’il existe une forte volonté du peuple mauritanien dont on ne peut que tenir compte et une réprobation de la situation actuelle », a affirmé le président en exercice du FNDU.
Il a rappelé que le FNDU a toujours œuvré à la recherche du consensus national et des solutions politiques pacifiques.
Il a enfin assuré les participants à cette marche de refus des amendements constitutionnels que ce processus sera suivi car il s’agit d’une lutte qui va dans l’intérêt du peuple mauritanien.
Ces manifestations se sont déroulées en présence des responsables des partis et des formations politiques du FNDU, a-t-il soutenu.
S’il est adopté par chacune des deux chambres du Parlement à la majorité des deux tiers, le texte doit être soumis à un congrès parlementaire. Ces amendements avaient été arrêtés lors d’un dialogue entre le pouvoir et l’opposition dite modérée en septembre-octobre 2016.

َAvec Agences