Après la perte de sa « base gambienne » : Ould Aziz se redéploie à Bissau

, par  masterEveil , popularité : 14%

Lequotidien - Après la chute de Yahya Jammeh, qui était son relais dans le ventre du Sénégal, le Président mauritanien essaie de se redéployer au Sud du Sénégal. Après avoir formé un duo avec Alpha Condé, il construit un pont diplomatique avec Bissau.
L’affaire de la 2S Tv est un contre-feu allumé par Nouakchott pour aveugler Dakar. Après avoir perdu son ancrage en Gambie avec le départ forcé de Yahya Jammeh de la tête du pays, le Président mauritanien tisse sa toile au Sud avec le renforcement de ses relations avec la Guinée et aussi la Guinée-Bissau. Le Président José Màrio Vaz a quitté hier Nouakchott au terme « d’une visite de travail et d’amitié de 2 jours en Mauritanie sur invitation de Mohamed Ould Abdel Aziz, président de la République ». A quelle fin ? « Cette visite vient consolider les relations d’amitié et de coopération existant entre les deux pays frères. Au cours de cette visite, les deux chefs d’Etat ont eu des entretiens en tête-à-tête, entretiens qui ont porté sur le renforcement des relations bilatérales et les questions sous-régionales, régionales et internationales d’intérêt commun. Ces entretiens, élargis par la suite aux deux délégations, ont révélé une parfaite identité de vue sur les questions évoquées et ont affirmé leur volonté de les renforcer davantage sur les plans politique, économique, culturel et scientifique », explique le communiqué final mis en ligne par l’Agence mauritanienne d’information (Ami).
Lors de ce face-à-face, les deux chefs d’Etat sont revenus sur le dénouement de la crise politique en Gambie. Le Président José Mario Vaz a félicité le Président Mohamed Ould Abdel Aziz, pour « sa contribution décisive à la résolution de la crise gambienne ». Dans les prochains jours, Aziz se rendra à Bissau pour solidifier les relations entre les deux pays. On peut, un chouïa, douter que c’était une simple visite d’Etat. L’ouverture de l’axe Nouakchott-Bissau est un redéploiement diplomatique stratégique pour Aziz. Lequel a perdu son ancrage à Banjul après l’exil forcé de Jammeh, qui a cédé sous la pression militaire du Nigeria et surtout du Sénégal. Il s’agit d’une volonté commune des deux Etats de réajuster leur position au niveau sous-régional, après les événements de la Gambie. Le timing l’explique : élu depuis 2014, le Président bissau-guinéen tente, à travers ce pont, de se sortir de l’étreinte trop forte de ses voisins qui lui font de l’ombre. Alors que Aziz essaie de compenser son influence géostratégique post-Jammeh. Ce rapprochement permet donc au Président Aziz de récupérer la place de leader perdue avec le départ de Jammeh et de verser une dose de pression sur le Sénégal qui est devenu trop ombrageux pour certains voisins tentés par des poussées autocratiques. Bref, il essaie de prouver à lui-même qu’il n’a pas perdu son influence comme le subodorerait la chute de Jammeh en tenant cette manœuvre diplomatique.
Succession d’évènements
Par ailleurs, Aziz semble voler au secours de Alpha Condé, son binôme dans l’opération de sauvetage de Jammeh, dont la médiation en Guinée-Bissau est de plus en plus contestée. Dans un entretien avec l’Afp, le Premier ministre bissau-guinéen, Umaro Sissoco Embalo, a accusé le Président guinéen Alpha Condé, médiateur dans la crise politique dans son pays, de jouer un rôle négatif, indiquant qu’il pourrait demander son remplacement. « Je sais que le Président Alpha Condé est contre moi personnellement. Il ne s’en cache pas d’ailleurs », déclare M. Embalo à l’Afp. « Hélas, les rapports de nos services de renseignement montrent qu’il a appelé ici (des responsables politiques, Ndlr) pour bloquer mon programme au Parlement », a-t-il affirmé. Consciente que le Sénégal et la Gambie forment désormais un bloc uni, la Mauritanie se redéploie de cette manière après avoir réussi à tisser sa toile au sein du G5 auquel elle fait partie en plus du Niger, du Mali, du Burkina Faso, du Tchad. Ayant quitté la Cedeao en 2000, elle trouve son compte dans cet espace qui lui permet non seulement de lutter efficacement contre le terrorisme, devenu un frein incontestable au développement mais également de dégager des perspectives sur le plan économique.
Accords de pêche
Dans les accords économiques, qui lient Nouakchott à Dakar, la pêche artisanale aux étrangers, n’en fait pas partie. Elle n’accorde aucun allègement aux pêcheurs étrangers qui sont constitués notamment de ressortissants sénégalais dans les eaux mauritaniennes où plus de 180 pêcheurs sénégalais ont été arrêtés pour pêche illicite ces derniers jours. Cette disposition juridique, datant de 2012 qui réserve la pêche artisanale aux Mauritaniens, a été réactivée le mercredi 25 janvier 2017. Mesure de rétorsion ? Probablement. En Conseil des ministres hier, le chef de l’Etat a invité le Gouvernement à déployer une campagne de sensibilisation des acteurs de la pêche, notamment sur le respect du dispositif législatif et règlementaire national, ainsi que des accords sous-régionaux et bilatéraux, signés par le Sénégal.
En tout cas, la baisse de la tension provoquée par la polémique de l’affaire 2STv, qui a pris des tournures invraisemblables, poussera les autorités à regarder la réalité diplomatique dans la sous-région en toute lucidité. A Addis Abeba, les stratèges du régime Sall étaient surpris de voir que certains pays de la Cedeao avaient violé leur promesse. Ils avaient oublié que les pays n’ont pas d’amis…
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