Cheikh Sid’Ahmed Babamine, président du FNDU, dans une interview exclusive

, par  masterEveil , popularité : 7%

"Dans le contexte actuel de notre pays, un vrai dialogue politique ne saurait mériter ce nom en l’absence des principaux opposants au pouvoir"

Le Calame : Le pouvoir a, enfin, décidé enfin de lancer un dialogue politique, sans le Forum et le RFD. En avez-vous été surpris ? Qu’est-ce qui l’a décidé à exécuter si rapidement son agenda ? Et que pensez-vous de la main à nouveau tendue du Président, lors de son discours inaugural ?

Cheikh Sid’Ahmed Babamine : Avec tout le respect dû à la décision des acteurs politiques et autres personnalités qui ont accepté de participer à cet énième rassemblement au Palais des congrès, je n’ai pas besoin de vous dire que, dans le contexte actuel de notre pays, un vrai dialogue politique ne saurait mériter ce nom en l’absence des principaux opposants au pouvoir que sont, notamment, le FNDU et le RFD.

Quant à la décision unilatérale prise, par le Président MOAA, de fixer la date d’ouverture de cette réunion, avec une soudaineté, voire brutalité, qui aurait surtout surpris et déplu à divers participants eux-mêmes, elle aura eu le grand mérite de donner une idée, à ceux qui en avaient besoin, et de rappeler, aux autres, la nature réelle du dialogue auquel ils sont conviés et le peu de cas fait de leur altérité, par leur interlocuteur.

Donc et contrairement à son offre, aussi récurrente que factice, de main tendue au RFD et au FNDU – une litanie qui ne trompe plus personne, depuis longtemps – le pouvoir, plutôt attaché à son propre agenda et convaincu que ces deux pôles politiques ne peuvent être engagés que dans un vrai dialogue, convenu et organisé d’un commun accord, s’est invariablement appliqué, lors des derniers contacts informels de son représentant avec des membres du FNDU, à refuser la moindre concession sur les deux principales revendications formulées par le Forum :

d’une part, l’exigence d’une autorité gouvernementale crédible, capable d’imposer la neutralité des différentes institutions de l’Etat, ainsi que des hauts fonctionnaires et dirigeants qui les animent, à l’occasion des compétions électorales, et, d’autre part, d’un dispositif à même d’assurer l’exécution des résultats de ce dialogue.

Or, la sortie de crise et, surtout, la remise du pays en ordre de marche, en vue d’affronter les nombreux défis, politiques, sécuritaires, économiques, culturels et sociaux, aussi préoccupants et pressants les uns que les autres, passent, nécessairement, par la mise en place d’un pouvoir légitime et, partant, la restitution et la garantie, au citoyen mauritanien, de la plénitude de son droit d’exercer, librement, le choix de tous ses responsables politiques.

Cette légitimité qui fait cruellement défaut, aux mandats en cours de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, tant au niveau de l’exécutif qu’à celui du législatif, ne saurait être recouvrée que par la réhabilitation des conditions de transparence, de liberté et d’équité satisfaisantes, pour l’organisation de futures élections.

Quant à la décision du pouvoir de rééditer le spectacle de Septembre 2015, elle prouve, s’il en est besoin, que celui-là et l’opposition absente à ce rassemblement – FNDU, RFD et autres – ont, du dialogue, une conception diamétralement opposée. Pour le pouvoir, en effet, l’essentiel est de remplir le Palais des congrès de supporters, galvanisés par la propagande officielle, pour valider tous les desiderata de Monsieur le Président.

Pour nous, le dialogue est un moyen de communiquer, organisé par et entre deux ou plusieurs protagonistes, afin de trouver une ou des solutions à l’objet de leurs divergences. C’est pourquoi nous ne pouvons nous associer à ce spectacle dont la séance d’ouverture aura déjà donné un avant-goût des résultats qui peuvent en être attendus.

- Cette décision du gouvernement intervient après l’envoi d’émissaires au Forum et au RFD, pour de nouvelles propositions qui ne vous ont, visiblement pas, convaincus. En quoi consistaient-elles ?

- Je l’ai déjà dit plus haut : en ce qui concerne le FNDU, les derniers contacts informels entre certains de ses membres et le SG de la Présidence ou certains de ses émissaires n’ont strictement rien apporté de nouveau, sinon que, pour l’Etat, notre requête relative à la mise en place d’un gouvernement consensuel, seul capable d’imposer la neutralité de l’administration, était irrecevable.

Ce refus catégorique n’était, en outre, assorti d’aucune autre proposition, éventuellement alternative à cette exigence de neutralité dont l’absence, aux scrutins de 2013 et 2014, les avait transformés en mascarades électorales. Et pour cause !

- Le FNDU doute de la sincérité du pouvoir. Le président de la République a dit qu’il ne briguerait pas un 3e mandat. Que craignez-vous donc ?

- C’est un parfait euphémisme de dire que le FNDU doute de la sincérité du pouvoir. Cela dit, je n’ai jamais été, personnellement, obnubilé par cette perspective de troisième mandat dont je n’exclus pas l’idée mais dont je regrette la pernicieuse incursion sur la scène politique, défrayant, à un moment donné, chronique et reléguant, au second rang, tous les autres aspects de cette grave crise multidimensionnelle.

Nous avons déjà suffisamment de sujets de préoccupations pour ne pas continuer à nous laisser distraire par de telles manœuvres dilatoires où le système excelle.

- Le Forum poursuivait, depuis quelque temps, des discussions en son sein, pour examiner les voies et moyens d’entrer dans le dialogue. Que vous reste-t-il à faire, maintenant ? Dérouler votre nouvelle stratégie ? Comment, concrètement ?

- En dépit de son expérience des pratiques du pouvoir actuel, sur ce registre des dialogues sans lendemain que ce dernier a pris l’habitude d’annoncer, périodiquement et d’une manière unilatérale, le FNDU a toujours exprimé sa disponibilité pour un vrai dialogue, susceptible d’apporter des solutions aux problèmes du pays, notamment à la crise politique qui y sévit, depuis de nombreuses années.

C’est cette même attitude qu’il a observée, ces dernières semaines, au sujet du fameux dialogue qui vient de s’ouvrir, en dépit des très mauvais signes qui lui parvenaient, du côté du pouvoir.

Mais, parallèlement à cela et depuis le dernier renouvellement de sa direction, le FNDU, qui avait déjà adopté un plan d’action pour les mois à venir, a envisagé, soit de participer au dialogue annoncé, si le pouvoir acceptait de s’engager sur les garanties préalables à cette implication, soit de dérouler son programme alternatif de luttes politiques et sociales, pour atteindre les objectifs qu’il s’est fixés. On peut donc dire que nous entrons dans cette logique dès cette semaine.

- Que pensez-vous de l’attitude des chancelleries occidentales à Nouakchott, en particulier la France, les USA, l’Espagne, l’Allemagne et Bruxelles, vis-à-vis de ce dialogue ?

- Les pays que vous citez comptent parmi nos principaux partenaires et il est évident que leurs chancelleries locales accordent un grand intérêt aux évolutions dans notre pays ; notamment, cette problématique du dialogue, latent depuis des années. Les rares échanges qu’il m’a été donné d’entretenir, avec divers de ces diplomates occidentaux, prouvent qu’ils sont parfaitement informés de la situation générale du pays et des dangers qui le guettent, sur tous les plans.

Sur la question du dialogue, en particulier, je crois qu’ils comprennent bien la position du FNDU, notamment les conditions préalables qu’il pose, pour l’organisation et la crédibilité de celui-là. Il faut, maintenant, souhaiter que cela puisse se traduire, dans l’intérêt de tous, par les bons conseils et, le cas échéant, les bonnes pressions qui devraient pouvoir, au nom de l’amitié, être exercés sur nos gouvernants.

Dans cet ordre d’idées, je crois pouvoir dire que certains de ces diplomates m’ont donné l’impression d’être, non seulement, plus renseignés sur nos problèmes intérieurs que de nombreux responsables mauritaniens mais, plus grave, plus préoccupés par les conséquences possibles du pourrissement de la situation qui couve chez nous.

Propos recueillis par Dalay Lam

Le Calame


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