Cheikhna Mahfouz, apôtre de l’islam et fédérateur des peuples par la non-violence

, par  masterEveil , popularité : 12%

Des fidèles musulmans venus du Sénégal et de la sous-région ont rallié Dar Salam Chérif (Bignona, sud), un foyer religieux fondé en 1913 par Cheikhna Cheikh Mahfouz Aïdara, un guide religieux qui a beaucoup œuvré à l’expansion de l’islam dans la sous-région.

Sur la route nationale numéro 5, à hauteur de Diouloulou et à quelques encablures de la Gambie, la piste rurale qui mène à Darsalam Chérif est très empruntée en cet après-midi de vendredi. L’air empli de poussière renseigne sur le nombre de fidèles qui empruntent cette voie qui mène à Darsalam Chérif, point de ralliement de nombreux musulmans venus assister à la Ziarra annuelle de Cheikhna Cheikh Mahfouz Aidera.

A l’entrée du village, une panoplie de lampions scintillant sous un abri imposant attire l’attention des fidèles. A quelques jets de pierres de là, la grande mosquée de Darsalam Chérif, dont les deux longs minarets dominent le village, est prise d’assaut par les disciples de Cheikhna Mahfouz qui viennent de la Casamance et de plusieurs pays de la sous-région.

En cette nuit de veillée religieuse, une foule nombreuse afflue vers le bloc qui abrite le mausolée du guide des chérifs en Casamance. Des insignes et inscriptions en arabe et en français aux abords des différentes tombes, indiquent le nom des dizaines de chérifs qui reposent en ces lieux, signe de la sainteté de cette localité nichée aux confins de la Casamance.

"C’est l’un des lieux symbolique du village. Il attire beaucoup de monde. Les gens viennent de partout, notamment de la Casamance naturelle, de la Guinée Bissau, du Mali, de la Mauritanie et de la Gambie, ainsi que des Sénégalais qui viennent de l’intérieur du pays", explique Cheikh Talibouya Aïdara, un membre de la famille des chérifs à DarSalam.

Né en 1855 à Hoad en Mauritanie, Cheikh Mahfouz Ould Cheikh Abba Aïdara repose depuis 1919 à Darsalam Chérif, qu’il a fondé en 1913. Situé dans la commune de Kataba 1, dans le département de Bignona dans la région de Ziguinchor, Dar Salam Chérif reste une marque indélébile du passage de Cheikh Cheikhna Mahfouz Aïdara.

Ce saint homme reste l’un des guides religieux dont l’action impacte toujours directement ou indirectement sur le vécu quotidien de certaines populations de l’Afrique de l’Ouest dans sa mission d’expansion de l’Islam.

Durant sa vie, Cheikh Mahfouz œuvra pour l’expansion de l’œuvre de son ancêtre et prophète de l’islam Mohamad (PSL) en Guinée Bissau, en République de Guinée, au Mali, en Gambie et au Sénégal, plus particulièrement chez les balantes et les diolas de la région naturelle de la Casamance, renseigne une biographie dont copie est remise à l’APS.

A l’âge de 14 ans, Cheikh Mahfouz termine ses humanités à Oualata, dans la région de Hodh Ech Chargui, en Mauritanie. Sur instruction de son père Cheikh Abba, il rejoint son oncle et guide spirituel Cheikhna Cheikh Saadbou pour y pratiquer la Tarbiya (éducation islamique). Ainsi, il quitta son Hodh natal en Mauritanie avec son oncle pour rallier le sud de la Mauritanie et fonder Nimzatt.

Après son élévation au grade de Cheikh, il entreprit de voyager vers le sud de l’Afrique avec ses disciples afin d’accomplir la mission qu’avait annoncée son grand père, Cheikh Mohamed Fadel. Investi de cette mission, Cheikhna Mahfouz s’attacha à propager l’Islam dans certaines contrées de l’Afrique noire et plus particulièrement à Binako, en pays balante en Casamance.

Sur sa route, à la recherche des confins de Binako chez les balantes, il fit une première escale à Nioro du Sahel. A partir de cette cité carrefour, il décida d’aller à la rencontre du roi Almamy Samory Touré qui était à cheval entre la Guinée, la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire et le Mali, en 1877.

Cheikh Mahfouz rencontra d’autres figures emblématiques de la résistance africaine contre la colonisation telles que Moussa Molo Baldé, roi des peulhs Firdou (Kolda) et Cellou Coyada, roi des peulhs de Kabou qui avait sollicité ses prières contre les attaques de Alpha Yahya Diallo.

L’accueil et l’hospitalité des diolas qui le voyaient au début comme un colonisateur, lui ont valu un succès éclatant dans la zone de Fogny avant qu’il ne rallie le Blouff où il entra par Thiobong avant de commencer à convertir par la localité de Mandégane avec une stratégie basée sur la non-violence. Après cette localité, il rallia la zone des Kalounayes, un groupe de villages nichés entre Bignona et Ziguinchor.

Dans sa mission d’islamisation du peuple diola en Basse Casamance, Cheikhna Cheikh Mahfouz a rencontré plusieurs difficultés "parce qu’à l’arrivée de Cheikh Mahfouz, personne n’était islamisé à Kafountine, à la rive droite du fleuve Soungrougrou, à Marsassoume (Sédhiou) (…) toutes les tentatives d’islamisation du peuple Diola ont échoué", selon les écrits de Cheikh Chamsidine, son quatrième khalife.

Si chez les diola, Cheikh Mahfouz n’a pas connu de difficultés majeures, les balantes lui ont opposé une farouche résistance qui lui a valu des pertes en vies humaines dans les rangs de ses disciples. Mais au finish, le Cheikh est parvenu à convertir le peuple balante et a fini par s’installer à Binako, en pays de balante.

Après quelques années d’investissement sur le terrain, Cheikhna Cheikh Mahfouz a réussi à fédérer les Peulh, les Balante, les Diola, les Mandingues, les Lébous, les Papels, les Wolofs, les Malinkés, les Sérères niominkas, les Bambaras, les Maures entre autres autour de la religion de l’Islam.

Ce "riche patrimoine" de Darsalam est aujourd’hui confié à l’actuel khalife Cheikh Atab ould Cheikh Chamsidine ould Cheikh Mahfouz Aïdara. Ce dernier, à travers diverses actions, œuvre sans relâche pour un retour définitif de la paix dans cette partie sud du pays.

Vu le nombre de disciples qui rallient Darslam entre vendredi et samedi pour la Ziarra annuelle, la famille Aïdara travaille pour l’intégration de l’œuvre de Cheikhna Mahfouz dans le projet de réécriture de l’Histoire générale du Sénégal.

aps.sn


Echos&Confi

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