"DENDI" : Feu Tidiane DIAGANA | Ce témoignage, par Devoir et par Amitié

, par  masterEveil , popularité : 93%

Dia Elhadj Abderrahmane - Une jeunesse engagée, déjà évocatrice d’un futur brillant

C’était en 1958. DIAGANA Tidiane, un grand jeune-homme de belle allure, la taille largement au-dessus de la moyenne, qui ne passait pas inaperçu là où il apparaissait, forçant du coup l’admiration des jeunes du milieu, arrive à Boghé, venant de Tidjikja où il faisait « ses premières classes » dans les services des Travaux Publics de l’époque.

Il réunissait en lui des qualités que tout jeune homme de cet âge souhaiterait avoir : la bonne humeur, une jovialité à tout vent, une vivacité d’esprit peu commune, tout de suite adulé par ceux qui le côtoient, et s’exprimant avec des gestes maîtrisés, comme ceux d’un Maestro de musique à la tête de son orchestre, où chacun des membres, en harmonie et en complicité avec son instrument, dont il savourait presque religieusement les notes mélodieuses qu’il en faisait sortir : gestes qui mettaient d’avantage en relief son allure de leader qu’il était déjà, mais surtout une position de leader qu’il garda encore aux yeux de tous, sa vie durant.

Tidiane n’avait pas encore vingt ans. Très porté vers les jeunes, il créa tout de suite les mouvements de jeunes scout, en les familiarisant déjà à des occupations utiles, et surtout pour leur inculquer un comportement à la fois civique et citoyen, tout en les distrayant, en leur faisant également découvrir la nature qu’il aimait bien, organisant par-ci et par-là des investissements humains, surtout sur les endroits représentant les symboles de l’État.

M’ayant tout de suite adopté, il m’intégra à la patrouille des Aigles, sans manquer de recommander au chef de patrouille ceci : « je te confie ce garçon -mon petit « Dendi » » – qui, comme je le pressens déjà, aura toujours un comportement d’Aigle dans sa vie et « volera » toujours haut dans sa vie. Malgré mon âge à l’époque, ces mots évocateurs, venant de cette personne déjà si avertie, je n’ai jamais cessé de me maintenir éveillé dans le déroulement de ma carrière.

Aussi, au regard de cette page d’une jeunesse engagée, nous ne serons guère surpris de ce que la vie d’adulte de Tidiane soit consacrée au service de l’Etat. Malgré son jeune âge à l’époque, il eut le grand privilège d’être parmi ces personnes qui, par défaut de toutes infrastructures bâties, assistèrent à l’implantation de cette grande tente, appartenant désormais à l’histoire de la Mauritanie, et sous laquelle le Premier Ministre français de l’époque – Michel Debré - devait procéder à la proclamation de l’indépendance de la Mauritanie.

C’est de cet instant insolite que naît en lui l’idée de s’investir dans le Bâtiment : investissement devenu tout à la fois engagement, volontarisme mais aussi Amour.

Vers la naissance d’une vocation : l’Architecture

Dès le dégrossissement fait sur le sol national, et vu son ambition de faire donner à la Mauritanie, particulièrement à sa capitale naissante, des infrastructures aussi bien modernes qu’adaptés à son milieu certes austère, mais agréable à vivre, dès lors qu’on a une attache quelconque à ce pays, Tidiane DIAGANA prit la résolution d’entreprendre des études techniques d’abord, et spécialisés ensuite hors de la Mauritanie, où cette formation était irréalisable ! Études supposées certes devoir être longues et loin de tout repos. Un véritable défi ! En outre, ce défi était d’autant plus grand que ces études et cette formation devaient s’effectuer en langue allemande - c’était là son choix - ! Langue dont Tidiane ne connaissait mot.

Choix dicté par sa connaissance du sérieux ainsi que de la rigueur de la population de ce pays. Mais Tidiane DIAGANA aimait les défis. Et il s’y employa en s’oubliant dans les études, et n’ayant d’autres préoccupations que ce qui entrait dans le cadre de cette formation.

Le chemin fut long, et par moments difficiles, occasionnant à la fois stress et soucis. Mais ne pas oublier que c’était là le prix à payer d’une personne qui n’avait plus dans la tête qu’une seule préoccupation et une seule ambition : RÉUSSIR. Réussir quoi que ça coûte. Avec la certitude que la récompense sera forcément au bout de l’effort.

Aussi, une fois le diplôme d’Ingénieur Architecte obtenu avec brio, Tidiane ne se fut pas prier. Malgré les tentations et les offres qui lui ont été faites pour servir sur place, dans des conditions idéales, et lui-même bien rémunéré, il fit rapidement ses valises pour faire le chemin retour vers ce pays dont il connaissait parfaitement les conditions et auquel son attachement était sans limite. Pays avec lequel il semblait avoir signé un PACTE pour la vie.

Aussi, outre la maîtrise du domaine d’architecture pour lequel il s’est spécialisé, s’il vous arrivait de surprendre Tidiane DIAGANA entrain d’échanger avec ses interlocuteurs d’Outre-Rhin dans cette langue, vous croirez avoir en face de vous un touriste Berlinois fraîchement débarqué en Mauritanie !!!

DIAGANA se mit aussitôt au travail et ne tarda pas à se faire distinguer aussi bien dans son entourage, que dans celui de ceux qui étaient en charge du devenir de la Mauritanie. Et s’il vous arrivait de le croiser, en voiture, à pieds ou autres lieux de rencontres et que vous manifestiez un besoin quelconque, Tidiane se mettait immédiatement à votre service.

Un Homme bienveillant, généreux, ouvert « aux Mondes »

Connu pour être au service de l’Etat et des hommes et ceci, sans distinction de la qualité ou du niveau social de la personne qui le sollicitait, la générosité et le nom DIAGANA Tidiane n’étaient pas inconnus dans les salons huppés de notre capitale, dont bien de ses grandes bâtisses portent son empreinte. Il ne tarda pas à prouver aux yeux de tous, son expertise.

En cela, notre capitale dimensionnée, non encore tentaculaire, et respectant les normes des extensions et du développement, portent son nom. Pour ces raisons, Il était écouté et suivi. Il voulait et exigeait la réussite, ainsi que les bonnes finitions en tout. Le tracé des rues, les places publiques, la fixation des dunes le long du littoral maritime, pour protéger Nouakchott, et autres endroits valorisants, sont toujours restés dans son agenda, même bien après son départ à la retraite.

Outre notre capitale et son environnement, il n’y a pas un seul coin du pays qu’il n’a pas visité et revisité ; et ceci, toujours pour valoriser.

Mais le dynamisme de DIAGANA ainsi que son ouverture d’esprit, font de lui une personne qui étouffe dans l’enfermement et à l’intérieur des limites des frontières. Aussi, cette volonté de découvrir et de connaître, font que aucun des cinq continents, particulièrement le Continent Africain, n’avait de secret pour lui : Des amis et des relations de hauts niveaux et de tout ordre. Des relations surtout utiles. Relations dont il faisait profiter tous ceux qui venaient à le contacter pour une raison ou une autre, en vue d’une intervention ! Aussi, vu cette générosité d’esprit et cette maîtrise des bonnes manières, le sens de partage, de la culture et du développement des relations humaines jusqu’aux plus hauts niveaux et au-delà des frontières, il ne serait pas exagéré de considérer Tidiane DIAGANA comme étant un exemple de CITOYEN du MONDE !

Quant à ses relations en Mauritanie, il serait hors de propos de chercher à les quantifier, et même les évaluer.

DIAGANA Tidiane nous a quittés comme il a vécu avec nous : un lion, parmi les Grands Lions, à la fois une référence et un refuge, mais également un Baobab plusieurs fois centenaire, où on pouvait s’adosser sans aucune crainte d’être inquiété. DENDI avait tous les âges, des tout-petits aux plus grands. Il était à l’aise dans chacun de ces milieux.

« Dendi » Diagana, à la fois Ami, Frère, et Père de famille attentionné

Sachant par ailleurs qu’il me serait difficile de parler de ce monument attachant et conclure, dès lors que l’occasion m’est donné de parler de cet homme qui, dès ma tendre enfance m’a adopté, adulé et estimé, tout en me conseillant et m’orientant, à chaque fois dans le sens de la rectitude et des bonnes manières, je me permettrais de faire une digression pour dire deux mots sur une autre page de sa vie, mais digression que je considère utile pour cette cause :

Le mot « Dendi » semblait avoir pris racine dans la bouche de DIAGANA Tidiane à chaque fois que l’occasion nous est donné de nous retrouver, et ceci avec beaucoup d’affection. Comme un Pacte ! Aussi, pour qui connaît la valeur et la quintessence de l’expression « Dendi » dans notre culture, je mesure bien à sa juste valeur les sentiments sincères et profonds qu’il nourrissait et ne manquait de manifester à mon endroit…

Par ailleurs et dans le même ordre d’idée, savoir que nécessairement, qu’à coté et derrière chaque homme, il faut nécessairement une femme pour toute aspiration à la réussite : réussite aussi bien dans le foyer, que dans la vie tout court. Je pense ici à ses deux épouses, Nanou et Mariam, qui l’ont accompagné et partagé sa vie, et qui ont été, chacune à sa manière, et à des moments déterminés de sa vie, des épouses modèles, attentionnées et toujours présentes à ses cotés ; et ceci, avec beaucoup de complicité, je dois dire.

Cependant, je me dois de marquer ici un pas pour dire deux mots sur celle-là qui a eu le privilège ou la chance d’avoir eu l’occasion de l’accompagner dans cette dernière période de sa vie.

Pour le couple DIAGANA, Mariam était là, toujours présente et prévenante, scrutant tout et veillant sur tout, même pour des choses que certains pourraient considérer comme détails. La confirmation de cette assertion m’a été donnée lorsque Dendi, accompagné de Mariam m’ont fait l’agréable surprise d’effectuer le déplacement - lui-même au volant - de Nouakchott à Boghé, pour passer quarante huit heures mémorables avec moi, à la maison.

Le plaisir ressenti et manifesté, d’un côté comme de l’autre, est l’illustration parfaite de cet attachement envers ma famille et moi-même, jusqu’à ce terme fatal du 26 Juin, où Tidiane nous a discrètement quittés, bercé dans ce sommeil que Le Tout Puissant réserve à ses élus. Mariam nous a accompagnés dans cette amitié et dans ce cousinage, en les renforçant davantage, pour finir par m’appeler elle-même DENDI, établissant ainsi par là ce petit bonheur partagé mais discret que nous ressentions.

N’ayant pas tardé à constater l’affaiblissement progressif de mon Grand DENDI, j’observais du même coup la présence effective, permanente et attentionnée de Mariam, qui n’avait plus comme unique occupation que mieux accompagner et veiller sur ce grand être avec qui elle a spontanément tout partagé, avec une présence qui apparaissait aux yeux de tous. Les camarades Lions ne me démentiront pas sur ce point.

Aussi, à ses épouses et leurs enfants, à la famille de DENDI, aux parents, amis et connaissances, à la population de KAEDI à laquelle il vouait un attachement tout particulier, et à toutes ces relations, d’ici et d’ailleurs, hors des frontières de la Mauritanie, ma famille et moi-même adressons nos condoléances émues et attristées. Puisse Le Tout Puissant nous combler le vide qu’il aura laissé derrière lui, mais étant convaincu qu’il restera encore et toujours présent parmi nous. Qu’Allah l’accueille parmi Ses élus et Ses préférés dans ce Paradis Firdaws.

Amine, Allahoumma Amine.

Par le Colonel (R) DIA Elhadj Abderrahmane


Echos&Confi

Les femmes bien loties dans le (...)