De l’histoire des kadihines : Episodes 11 - 12 - 13 et 14 ... Par Bedine Ould Abidine

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Épisode 11e partie : Mission perilleuse à Néma 1971

 : Après les conversations sous l’arbre à propos des Kadihines où l’unanimité semble faite contre eux, soit disant pour incongruité de leurs rêves et objectifs, la question qui m’est venue à l’esprit mais que je tenais tout de même à taire est celle-là : pourquoi, Bon Dieu, cette inclination à toujours se détourner des vrais questions et à chercher là où elle n’est pas la paume de discorde dans le conflit opposant les Kadihines au Pouvoir ?
Il s’agit à vrai dire d’une dispute politique autour d’enjeux précis sur fond d’aspirations populaires à la justice et contre l’oppression, à l’égalité des chances et à l’affranchissement de la domination coloniale brutale. Au lieu du débat d’idées, du raisonnement logique destiné à persuader l’adversaire, les contradicteurs des Kadihines s’en remettent aux fables et aux calembours. Ils s’ingénient à vouloir accréditer des faits sans rapport avec la réalité pour diaboliser les autres. Comme dit l’adage, « qui veut noyer son chien l’accuse de rage ».

Pendant que je passais et repassais le fil de mes reflexions, un cri me vint tirer du soliloque : passagers, à vos « sièges », appelle quelqu’un !
Le convoi s’ébranle à bord de ses tous terrains ; cap sur Nema.
Une halte a lieu à Timbédra. « Tneiba » interjectent certains passagers, en signe de nostalgie et d’admiration.
Nous continuons ensuite sur Nema. Je sentis la fièvre me remonter le corps. Les douleurs de ventre que je commençais déjà à ressentir au sortir d’Aïoun devenaient, à chaque secousse, encore plus intenables. Je n’en pouvais plus à la fin.
« Quelle distance nous sépare encore de Néma ? », demandais-je au conducteur. « Trente kilomètres », me répondit-il. Sous prétexte que l’enseignant que je venais chercher habite aux environs, je lui demande de me laisser descendre. Après l’au revoir, un épais nuage de poussière soulevé par les pneus du bolide me congédia.

Il me restait à faire les trente kilomètres à pied. J’avançais avec détermination, mais avec de plus en plus de peine. Une chaleur extrême m’assèche et déshydrate le corps. La fatigue, la fièvre et maintenant la soif ; je me voyais déjà de l’autre côté. Là, me disais-je, où tant de vaillants combattants de la liberté m’ont déjà précédé

Les souvenirs de toute ma vie passée se mirent à défiler soudain dans mon esprit. J’y voyais passer les vertueux camarades, avec en gros plan le visage lumineux de Feu Soumeydaa. Me revenaient aussi les actes héroïques que les compagnons de lutte accomplissent partout en combattant de front la tyrannie et l’oppression. Je me consolais à l’idée que je ne suis moi-même, si mort advienne, qu’un embrun des vagues de combattants qui, par lignes successives, se portent victorieusement à l’assaut des citadelles ennemies. Au moment précis où mes pas se faisaient lourds et trébuchants, ma démarche tortueuse et mon corps chancelant, voici une caravane providentielle qui s’avance à ma rencontre. Je leur fis signe de vouloir boire en approchant le creux de la main de ma bouche ; ma langue, entretemps, s’était figée de soif.
Ils m’offrirent de l’eau que je me mis à boire d’une seule traite ; mais l’un deux m’arrêta. « Il risque la mort en buvant ainsi », dit-il à mes bienfaiteurs. « Faites le désaltérer dose par dose ».

Le soleil a déjà fait le gros de sa traversée vers le couchant, quand j’ai pu me relever. Les mots pour exprimer toute ma reconnaissance à ceux qui m’ont sauvé d’une mort certaine me manquaient. Tout ce qu’il m’était donné de faire c’était de les remercier les larmes aux yeux.

Il était déjà nuit quand j’arrive à Néma. Mon épuisement était total ; Au point que je pouvais à peine me maintenir debout. Des passants m’ont indiqué la ruelle qui conduit à la maison de Ehel Boubacar où le fils de la famille, mon ami feu Mohamed Lemine dit Nenna (photo ci-haut à gauche) m’ouvrit la porte. ll me reçut cordialement. Tel que je l’ai connu et tel que ses amis plus intimes me l’ont décrit, Nenna que Dieu lui prodigue pardon, est un kadihine actif et courageux qui, à l’issue des études, a eu à occuper plusieurs postes de responsabilité dans divers établissements publics. L’image qu’il m’a laissée est celle d’un homme convivial, endurant et aux qualités humaines reconnues.
Pour fatigué que j’étais, je passai toute la nuit sans sommeil. Le matin de bonheur, le père de la famille, toujours affectueux et compatissant, me prît au dispensaire. Le médicament qu’il m’administra n’a pas tardé à me guérir. Le lendemain, je réunis les éléments les plus engagés de la ville, leur offris leur lot de publications et tracts et les mis au fait de l’évolution des choses et des succès que les kadihines sont en train de remporter.

Alors que je m’apprêtais au retour, on me fit savoir que les services de sécurité ont eu vent de ma présence et qu’ils seraient en train de me filer. Des barrages sont placés au sortir de la ville pour contrôler l’identité des passagers. J’ai du quitter la ville à pied, à travers des chemins détournés pour éviter d’être pris au filet. Les camarades ont coupé un billet au nom de l’un des leurs, inconnu des services de sécurité. J’attendais assez loin derrière le point de contrôle quand il est venu me céder la place comme convenu.

Le camion arrive de nuit à Timbédra. Des éléments de la sécurité postés à l’entrée de la ville lui font signe de s’arrêter. Ils nous ordonnent de nous rendre au Poste. Arrivés là, un élément de la sécurité monte à bord et demande aux passagers de lui produire leurs pièces d’identité. A côté de moi, une notabilité de la place lui réplique : « moi, je suis tel fils de tel. Je suis suffisamment connu pour que moi et ma suite ayons à subir un quelconque contrôle ». « Vous pouvez descendre, toi et ta suite, lui dit l’homme en uniforme ». Je saute immédiatement sur l’occasion et me fit passer pour un adepte du Cheikh l’aidant à se relever et descendre.
Après avoir fouillé et interrogé le reste des passagers, ils nous laissent continuer.

Ce sera le retour à Nouakchott. Mais dans la vie des agents de liaison, Sisyphe et soldats inconnus de la cause au sein des tâches spéciales, ce genre de cycles se répète continuellement.
Chaque jour qui pointe leur apporte son lot de dangers qu’ils transforment en autant d’exploits.

Episode 12e partie :

‏En 1973, alors que le pays venait de battre sa propre monnaie, je rentrai un soir d’une excursion hors de la ville de Nouakchott avec un groupe d’amis lorsqu’une patrouille de la Garde nationale, dirigée par feu Soueidatt Ould Weddad, paix à son âme, nous intercepta. Embarqués de force dans leurs véhicules, nous sommes conduits à la caserne la plus proche. A peine arrivés au seuil de l’entrée principale, quelqu’un s’écria : "Allez ! Au comite d’accueil !” et Quel accueil ?! Un déluge de coups de poing, de matraques, et de gourdins s’abat sur tout nouveau venant. Alors que nous nous préparions à passer devant le comité d’accueil, la voix de l’illustre chef se fit entendre : Stop ! Arrêtez et conduisez ces jeunes à la police ! Notre rôle se limite à les arrêter et les remettre à qui de droit !”. Ainsi, nous fûmes sauvés et soulagés de ne point goûter au supplice du comité d’accueil.
‏Au commissariat de police, en face du bâtiment de la Radio Nationale, de l’autre côté de l’Avenue Jamal Abdel Nasser, nous sommes parqués à même le sol dans des cachots étroits, puants, avec des portes en acier et sans fenêtres. Ces cages nauséabondes reçoivent toutes sortes de délinquants, malfaiteurs, criminels, et autres toxicomanes, Notre nuit à la police fut longue, difficile, insupportable, et plus grave encore, présageait d’un lendemain pénible.Toute la nuit durant, nous restions hantés par la peur de demain ?
Tôt le matin, j’entendis la voix affectueuse de ma mère á l’entrée du commissariat interpelant les policiers de garde, les suppliant de l’autoriser à me rendre visite. Refusant son entrée, je les entendis dire pendant qu’ils la forçaient à sortir : “cette vieille femme a toujours prétendu être la mère de tous les kadihines. Chaque fois qu’un kadeh est arrêté, natif du Hodh Echarghi, du Nord, de Tiris ou de l’Adrar, elle se présente et dit apporter de la nourriture et des vêtements propres à ses “enfants » ; et Dieu sait qu’ils sont nombreux !”. Prenant la parole, leur chef ajoute d’un ton sûr : « elle récite la totalité du Saint Coran » ! Quand elle arrive au commissariat, c’est toujours le même rituel. Après les salamalecs d’usage, elle dit : "ils dirent par Allah ! Tu ne cesseras pas d’évoquer Youssef, jusqu’à ce que tu "t’épuises ou que tu sois parmi les morts". L’ancien commissaire, feu Ouah Ould Louleid, paix à son âme, lui répond :
« Et n’aie pas peur et ne t’attriste pas : Nous te le rendrons et ferons de lui un Messager ». Dans cet échange, l’allusion est faite au récit de Youssef, Salut sur Lui, et son incarcération injuste. Allusion à laquelle le commissaire répond par un autre verset relatant la révélation faite à Oum Moussa :
“Et n’aie pas peur, ni ne t’attriste pas" ..jusqu’à la fin du verset.
Un autre policier ajoute que ma mère était bien connue des services de sécurité pour contestation et protestation contre l’arrestation d’un groupe de femmes suite à une manifestation non autorisée demandant la libération de militantes détenues. Parmi celles-ci se trouvaient Mariem Mint Lehoueij, et la regrettée disparue Salka Mint Sneid paix sur son âme et ma sœur Fatimetou Mint Abidine. Ma mère s’est présentée devant la police portant dans ses bras un bébé injustement empêché de téter. Elle resta debout, ferme et engagée, implorant Allah et répétant à ses tortionnaires : " la mère n’a pas à subir de dommage à cause de son enfant, ni le père, à cause de son enfant ».
Je suis resté toute la journée dans ma cellule et dans le courant de l’après-midi, j’entendis au bureau du commissaire non loin de ma cellule, la voix du défunt Imam Bouddah Ould Bousseiri, paix à son âme, marteler comme à son habitude : Libérez Ould Abidine, s’il a tué une âme. S’il est innocent, vous êtes davantage obligés de le libérer car gare à vous ! « L’injustice est obscurité le jour de la résurrection ». Il sera votre adversaire et il vaincra, « le jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité, sauf celui qui vient à Allah avec un cœur sain ». Vous serez tous entre les mains du Tout-Puissant, sans intermédiaire, ni médiation, ni autorité de président ou de ministre. Quand l’imam eut terminé son brillant réquisitoire, le commissaire lui répondit : « Nous le libérerons et le retournerons dans sa famille aujourd’hui même ».Ce qui fut fait, après le départ de l’imam.
Le lendemain, je me rends chez l’imam, qu’Allah le bénisse, dans sa mosquée au Ksar, lui exprimer mes sentiments de remerciement et de profonde gratitude pour son soutien et ma liberté retrouvée. Arrivé sur les lieux, j’entre dans la salle des cours où lui était assis sur son "Iliwich", occupé à enseigner ses élèves et ses disciples. Ici, il explique un verset du Saint Coran, là c’est un Hadith du Saint Prophète (Paix et Salut sur Lui), plus loin, c’est un poème, etc...Le va et vient incessant des étudiants était impressionnant. À la fin des cours, il se tourna vers moi pour s’enquérir des nouvelles de mes parents, nommément, un à un, du plus âgé au plus jeune ; avant de dire : Qu’en est-il de vos amis kadihines ? Que veulent-ils ? Je répondis poliment, sans lever la tête par respect à mon auguste interlocuteur : « Nous voulons une vie sans oppresseurs, ni opprimés ! Notre opposition au pouvoir est éminemment politique. Elle porte sur la gestion du pays et la domination néo-coloniale. Nous voulons que les citoyens soient libérés de l’ignorance, de l’inégalité et de l’injustice. Nous revendiquons la liberté et l’égalité pour tous. Nous nous dressons contre le joug de l’esclavage. Tous les hommes naissent libres et égaux. Voilà ce que nous voulons ! Tout le reste n’est qu’un fatras de propagande colporté par le pouvoir pour dénaturer notre cause, nous isoler, et nous éliminer politiquement. À la fin de mon propos, l’Imam, m’ayant écouté calmement, marque un instant de réflexion et dit : « dans ce cas, mon fils, je fais partie des kadihines. Je ne saurai le déclarer plus haut par crainte de représailles contre les intérêts des étudiants de la « Mahadhra », ou portant atteinte au respect et à la dignité des « Oulémas » dans ce pays.
L’Histoire retiendra que feu l’Imam Bouddah O. Bousseiri, paix à son âme, est resté toute sa vie un HOMME PIEUX, DIGNE, DROIT, et JUSTE ! Il a toujours su garder ses distances par rapport au pouvoir, se démarquant de lui, pour préserver son indépendance et sa liberté.
Chaque fois que je me suis remémoré les positions du Grand Imam disparu, je me suis dit : « s’il me revenait d’en décider, j’aurai donné son nom aux plus grandes mosquées et « mahadhra », et je l’aurai gravé sur les plus grandes avenues et places publiques de notre pays. Qu’Allah l’accueille en Son Saint Paradis ! Amen.
‏Dans un prochain récit, je vous raconterai comment les membres des tâches spéciales, dans le cadre d’une opération complexe et audacieuse, ont réussi à faire évader l’un des leaders des kadihines, et assuré ses déplacements en toute sécurité de cachette en cachette, défiant les forces de l’ordre mobilisées à sa recherche.

Episode 13e partie
 : L’action au service des pauvres

L’année 1973 fur très riche en événements. La situation générale ne cesse de se dégrader. Le mouvement national MND connaissait un élargissement rapide. Ses sympatisants occupaient tout le terrain national en largeur et en profondeur. Son organe central Sayhat Elmadhloum, sans discontinuer, était attendu partout dans le pays. Ses informations et les questions traitées par ses articles faisaient l’objet de nombreux échanges et de passionnants commentaires. Situation qui engendre à chaque fois de nouvelles vagues de sympathisans notamment parmi les masses de jeunes, des femmes et de travailleurs et qui suscitaient dés fois de nouveaux sujets de polémique.
Dans le pays prévalait une situation de tension politique généralisée.
Dans cette atmosphère ,j’ai effectué
un périple au nord du pays. La distribution de notre courrier fut l’objet de ma mission. Il se rapporte à la proclamation de notre parti, le Parti des Kadihines de Mauritanie(PKM).
A Atar je descends chez les Bellali, chez notre maman à tous, Elmarhouma Meymina Mint Abdel Vetah , la mère de notre camarade, Elghassem O Bellali, l’actuel maire de Nouadhibou, l’eternel ami des pauvres. Je lui ai confié mon courrier ultraconfidentiel. Elle le garda dans un lieu qu’elle seule connaissait l’emplacement.
Le soir les camarades, représentants locaux et régionaux m’avaient convié à une réunion de sympathisants. Prenant la parole en cette occasion j’ai expliqué l’objet de ma mission, axant mes propos sur les sympathisants supposés non encore bien imprégnés du substrat de notre discours. J’avais brossé la genèse de la situation générale dans notre pays en mettant l’accent sur l’entière responsabilité du régime de l’époque dans ses causes et dans la dégradation continue des conditions de vie des citoyens. En suite j’ai étalé au grand jour le programme et les objectifs salvateurs de notre mouvement, mené désormais officiellement par notre parti le PKM.
Le premier intervenant me surpris aussi bien par ses propos que par leur contenu. Il s’agissait d’un jeune manifestement d’apparence encore étranger à notre milieu caractérisé par sa modestie et sa précarité : il frappait par sa propreté physique et celle de son habillement. Son visage portait au milieu une marque noire, signe d’une piété religieuse certaine.
« Pour être franc avec vous », débuta-il son intervention, « je n’ai jamais aimé les kadihines . depuis quelques temps mon opinion à leur égard ne cessait de changer depuis que je les observais de prés. Leur comportement exemplaire avec les pauvres gens ne m’échappait plus. Les informations et les explications fournies ce soir par votre camarade balayèrent pour toujours mes dernières réserves vis-à-vis de jeunes qui consacrent entièrement leur vie à servir les autres, les plus pauvres notamment. Désormais j’adhère entièrement à leur discours et je me démarque définitivement de celui des autorités ».
Il fut suivi par un vieux, teint noir, aux habits délabrés, au visage triste, manifestement venant d’un milieu misérable. Loin d’être affecté par sa situation il s’exprimera avec un moral de fer et une volonté forgée dans le marbre. « Moi, qui vous parle aujourd’hui, je viens en fait de l’au-delà : je viens du monde des affamés, le monde des oubliés vivant à la marge d’’une société qui se soucie peu de leur sort », martèle-t-il.
« Je végétais dans les ténèbres avant de découvrir les kadihines. Ils se mirent aussitôt à m’apprendre à lire et à écrire. Ils ouvrirent mes yeux sur la réalité de mon pays et la situation de mon peuple. Je vous conseille de leur tendre la main si vous voulez vraiment arriver à bon port », conclut-il.
Il fut suivi à la tribune par quelqu’un qui se présenta immédiatement comme le chef des forgerons.
Il s’adressa ainsi aux participants : « nous sommes un pan important de la société. Malgré que celle-ci ne peut se passer de nous et de nos services, elle nous voue toujours mépris et stigmatisation. On compte parmi nous de grands érudits et de nombreux hommes de lettres et du savoir. Pour la première fois dans l’histoire nous trouvons, dans les personnes des kadihines des gens qui nous reconnaissent notre identité entière comme des personnes humaines comme toutes les autres. Si on se respecte tous au sein de notre peuple et on reconnait à chacun de nous l’utilité de son rôle, on réussira rapidement à vaincre le pauvreté, ainsi que le sous développent de notre pays et celui de nos mentalités », indique-t-il.
Puis vient le tour d’une femme, une dame au visage couvert au trois quarts par son voile noir sombre. A très haute voix elle cria sa colère : « nous autres femmes on nous a trompé pendant longtemps. L’arbitraire de la société nous confinait dans un rôle exclusif de procréation et d’entretien du foyer et des enfants tout en veillant sur le plaisir et le quotidien de leurs pères.
Avec l’avènement des kadihihines nous sommes en bonne voie pour notre entière émancipation. Maintenant il s’agit de bien comprendre leur noble mission à notre égard et de les épauler dans sa réalisation rapide et intégrale. Nous constituons plus de la moitié de la société. Celle-ci en conséquence ne pourra jamais réussir son décollage sans nous. Un oiseau ne volera jamais à l’aide d’une seule aile. Pas d’avenir à ce pays, ni à son peuple sans l’émancipation et la participation entière de la femme », conclut la bonne dame après avoir dévoilé presque tout son visage.
Le débat avait continué jusqu’à tard dans la nuit. L’échange bien que dés fois très passionnant était amical et plutôt bon enfant.
A la fin j’ai accompagné le camarade Mahmoud O Messaoud chez lui non loin du lieu de la rencontre. Il comptait parmi les importants dirigeants locaux et régionaux du mouvement. Ils dirigeaient ensemble le Comité d’Action Révolutionnaire du Nord(CARN), chargé de l’encadrement de l’activité révolutionnaire dans les quatre régions du nord : Nouadhibou, Tiris Zemour, Adrar et Inchiri.
La maman de Mahmoud, Elmarhouma Oumou Elbarka, nous prépara un repas particulièrement délicieux. « Chez moi » me disait Mahmoud, « est moins exposé par rapport à chez les Bellali qui est en permanence surveillé par la police à la poursuite du camarade Elghassem ».
J’ai aussi rendu visite au camarade Md Mahmoud O Lekhal et sa sympathique mamam, connue pour son sens de l’hospitalité, Vatimetou Mint Hemmedi paix sur son âme. A Atar, notre mouvement s’en racine rapidement dans tous les milieux depuis qu’il bénéficie d’un large soutien au sein de la famille du célèbre notable Hemmedi O. Mahmoud paix sur son âme. L’honneur revient au camarde Md Mahmoud Lekhal d’avoir financer tout dernièrement l’impression et la publication de Soutouroune Hamara(littéralement : les lignes rouges), un recueil de poèmes révolutionnaires, réunit et publier en Mars 1974 comme supplément à Sayhat El Madhloum.La récente parution de Soutourun Hamraa a été réalisé sous la supervision de notre compagnon de lutte, l’éminent journaliste, Mohamed Abdellahi Billil. Il est actuellement disponible à la librairie « Joussour AbdeAziz ». Le précieux document et les photos l’illustrant proviennent de la grande librairie de notre cher camarade Ahmed Mahmoud O Ahmedou dit Jemal O Kaber. Sa librairie porte le nom symbolique de : « mémoire de la Mauritanie et du Sahara ».
Je profite de l’occasion pour lui présenter mes remerciements.Le travail des Tâches Spéciales m’avait conduit par la suite à Nouadhibou. Là, accompagné par
Sedena Yahya,un autre camarade de grande valeur, on avait procéder à l’installation d’un centre de presse souterrain à Nouadhibou. j’étais l’hôte de feu Abderrahmane Youssef Ndour. Avec beaucoup de regret il nous avait quitté pour de bon tout récemment,paix à son âme.
De l’histoire des kadihines

Episode 14e épisode
 : La fuite d’une prison fortement gardée

En 1973 les autorités réussissent un coup de filet exceptionnel ,elles parviennent à mettre la main sur notre camarade Mohameden Ichidou à la kebba pour l’amener aussitôt en prison parmi des collègues à lui déjà sous les verrous.

A l’intérieur de la prison ses geôliers se mirent à le maltraiter. Profitant du moment précis et aussi précieux, où les geôliers se ruaient sur un autre détenu le camarade Vadel O.Dah ,Mohameden Ichidou sauta l’enceinte de la maison servant de prison pour disparaitre dans le quartier environnant. Il rejoignit une cache souterraine non loin de là. Les camarades trouvés là dans se mirent à le camoufler de plus. Le lieu était couvert par une famille d’apparence très modeste :le père, la mère et les enfants. Des ustensiles divers de thé et de cuisine complètent le décor.

La police fit irruption chez eux. Elle se mit à fouiller de fond en comble leur modeste demeure. A leur arrivée les membres de la famille était absorbés par leurs rites religieux : les uns priaient. D’autres récitaient le coran ou psalmodiaient des prières. Déçu par le spectacle le chef policier ordonna à ses hommes d’arrêter et de sortir en vociférant : « ceux-ci ne sont nullement des kadihines ! ».

Pour plus de détails passons la parole au premier concerné, Mohameden O Ichidou. Dans son style bien connu il nous édifiera plus sur cet événement rocambolesque.

Après une recherche intense, je fus arrêté à la kebba. Je vivais en ce moment parmi des jeunes chargé de diverses tâches. Moi, je m’occupais du Comité d’Action Révolutionnaire Local(CARL).

Mon arrestation était considérée comme un échec cinglant à notre mouvement et un succès retentissant du régime répressif d’alors.

Il fallait relever le défi. Après un court séjours au Commissariat Central je fus transféré avec d’autres camarades, parmi eux feu Ahmed O Khoubah paix sur son âme et Ely O Boubout(à qui nous souhaitons longue vie), à un lieu de détention au Ksar qui servait de point de rassemblement de nombreux détenus venant de divers commissariats de police avant d’être conduits à la sinistre prison de Beyla.
Puis viendra la nuit d’enfer, une nuit entièrement blanche, pas uniquement à cause des festivités organisées par de nombreux essaims de moustiques jusqu’à l’aube fêtant ainsi l’arrivée de nouvelles proies, de nouveaux détenus, mais à cause surtout d’une bataille rangée dans la salle contigüe à ma cellule dans laquelle la police s’acharnait contre un nouveau détenu qui ne saurait être que mon ami Vadel O Dah. Je n’étais pas au courant de son arrestation et de sa venue ici. Aux coups répétés de ses tortionnaires Vadel criait à chaque fois en arabe et en français et à haute voix : « à bas le fascisme ». C’était l’un de nos slogans favoris.

Je me demandais en ce moment si le juriste qui présidait aux destinées de notre pays et sortant des meilleurs écoles juridiques dans le pays symbole de la démocratie et des droits de l’homme, serait ‘il au courant de la pratique sans retenue de la torture de la part de sa police ?

Le lendemain matin c’était mon tour. On m’a conduit dans la salle de torture. Plusieurs policiers bien costauds me livrèrent à mes tortionnaires, deux commissaires connus pour leur atrocité. Tous les deux appartenaient à ma région, à mon lieu de naissance ! je ne me rappelle pas qu’ils m’avaient posé la moindre question. L’un d’eux, le plus célèbre dans la haine des kafihines, ordonna de me déshabiller complètement. Il m’asséna une terrible gifle. Je ne suis pas tombé. J’avais préparais tout mon corps pour résister à la violence attendue de la gifle. J’étais aussi coincé entre ses hommes qui me retenaient solidement entre eux. Comme j’ai résisté à sa gifle, il se mit à insulter les jeunes et les kadihines. Il menace de revenir la nuit suivante, « la nuit décisive » comme il l’appelle.

Entre temps j’ai arrêté ma décision, celle qui me travaillait depuis mon arrestation. Il fallait taper dur sur le moral et l’arrogance de mes tortionnaires et de leurs commanditaires.

Pourtant notre surveillance était stricte. Deux pelletons de la police se relayaient toutes les 24 heures. Pas d’issue visible pour échapper à mes geôliers. Les deux officiers chargés de ma surveillance étaient de caractères diamétralement opposés.

L’un d’eux était dur et particulièrement haineux à notre égard. L’autre, du nom de Ahmed O Mbeyrik(à qui je souhaite longue vie), était de caractère modéré. Il préférait accomplir son devoir d’une façon régulière sans excès et sans exagération. En dépit de cela ma décision fut d’agir durant la surveillance de l’arrogant policier.

J’ai pris soin de bien étudier les conditions de l’espace du bâtiment servant de prison (en fait pour innocents). J’ai décelé une ouverture dans la douche au toit fragile et qui était séparée du reste de la maison. Ce sera par là que je prendrai le large.

Depuis quelques jours je simulais la maladie et la fébrilité.

Un peu prés d’une demi-heure, après la prière du maghreb, j’avais manifesté le désir de prendre une douche. Deux gardiens m’accompagnèrent jusqu’à la porte en bois de la douche. Un vague doute se lisait sur leurs visages. Je me suis engouffré dans la douche en prenant soin de l’enfermer sur moi. J’ouvris le robinet au maximum. L’eau coula à flot en provoquant un bruit assourdissant. Pour rassurer mes gardiens je me suis mis à exprimer à haute voix la joie que je semblais éprouver du chatoiement de l’eau sur mon corps.

Se servant du tuyau du robinet j’ai pu accéder au plafond pour le défoncer immédiatement. Sans perdre une seconde en s’appuyant sur les bords des murs de la douche je sautai dans la ruelle en face. J’étais accueilli par une terre molle et sans débris quelconques qui pourraient me blesser. Je me mis aussitôt à courir. Dans ma jeunesse j’étais très bon coureur.

Je ne me rappelle pas le temps pris dans ma course. Tout ce que je retenais est que un peu plus d’un quart d’heure après je m’étais précipité dans l’une de nos planques souterraines au Ksar. Les camarades qui s’en chargeaient m’enterrèrent si vite dans un coin sûr de la planque. Jai quitterai Nouakchott peu de temps après.

J’apprendrai plus tard qu’après une longue attente mes gardiens finirent par briser la porte de la douche pour y trouver uniquement l’eau qui continue à couler à flot, un boubou suspendu au mur et le plafond de la douche défoncé. Les jours suivants tous les quartiers de la ville de Nouakchott seront soumis à une fouille systématique. Même l’intérieur du pays n’a pas été épargné : la campagne de recherche s’était étendue à toutes les villes et campagnes de l’intérieur. Ould Ichidou n’était plus le seul visé par la recherche policière. L’ensemble des militants et sympathsants actifs étaient désormais activement recherchés.
Situation qui va continuer sans interruption jusqu’à l’amnistie générale couvrant tous les détenus politiques.

Les vaillants camarades des Tâches Spéciales, avec à leur tête l’intrépide Beden O Abidine, avaient réussi à couvrir tous nos militants recherchés jusqu’à l’heureux événement de l’amnistie de 1975 après lequel ils sont tous sortis les têtes hautes, submergés par un sentiment réel de victoire sur l’ennemi.

Voyage à dos de chameau

La sortie de Nouakchott constitue un récit à part. c’est ainsi que le camarade feu Mohamed Salem O Atigh(paix à son âme) en s’aidant de son frère Mohamed Elmokhtar O Mahi(paix à son âme), avait réussi à me ménager un chameau équipé en selle et tout le nécessaire pour un long voyage.

Une nuit à l’extérieur de la ville de Nouakchott les camarades avaient pris congé de moi et mon compagnon dans le voyage soigneusement préparé par leurs soins. La ville de Rosso était la direction programmée.

En route on déambulait calmement sur notre chameau. On donnait l’impression d’être de véritables bergers nomades à la recherche de meilleurs pâturages ou de bêtes égarées.

Nous arrivions à Rosso deux jours après. Là, les camarades nous reçurent chez une famille au quartier Diourbel à l’est de la ville de Rosso. Mon compagnon est revenu à Nouakchott sans problème à dos de son chameau. Deux jours après nous traversâmes le fleuve à l’aube à l’aide de camarades spécialisées dans le domaine. Cette fois-ci en direction de Saint Louis du Sénégal. Là, j’ai rejoint le groupe de Sayhat Elmadhloum mené par le camarade Taleb Mohamed O Lemrabott, secondé par les camarades Abdellahi O Ismail et Limam Chérif.

A Saint Louis j’ai tourné dans plusieurs quartiers de la vieille métropole coloniale. Comme couverture j’y ai même pratiqué le commerce de détail pendant un certain temps. Le retour à Nouakchott aura eu lieu un peu plus tard.

A suivre


Echos&Confi

Les femmes bien loties dans le (...)