Dialogue avec l’ancien aéroport de Nouakchott / Par Mohamed Ghoulam El Hadj Cheikh

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Un jour j’eus à prendre le dernier vol depuis l’ancien aéroport de Nouakchott, à la veille de sa fermeture définitive.

Ce qui suscita en moi une émotion poignante. Je regardai l’auguste bâtisse, la piste de l’aéroport, son enceinte, ses hangars qui, au fil des ans, ont résisté tout au long d’une vie : soixante ans de service, de bons et loyaux services. Je pris le soin de prendre note de l’échange qui aussitôt eut lieu entre le vieil aéroport et moi tout au long de ce vol.

Lorsque, plus tard, j’en informai l’un de mes amis, celui-ci me conseilla de ne point publier de tels propos, considérant qu’un homme réputé pour son sérieux ne devait pas révéler au public un pan de soi, différent, voire déconcertant, en comparaison à ce à quoi le public était habitué.

Je me soumis donc à l’avis de cet ami et j’oubliai ces pensées jusqu’au jour, bien récent, où, arrivé au nouvel aéroport international de Nouakchott Oum Tounsy, j’allai aux toilettes pour faires mes ablutions. Ce fut si pénible que je me souvins des propos de l’ancien aéroport, si véridiques, si sensés, si émouvants.

Question : Monsieur l’ancien aéroport, quel sentiment avez-vous alors que les voyageurs vous quittent et que les avions vous délaissent pour toujours ?

Réponse : Je vous remercie pour cet intérêt et pour la rupture du silence effroyable à mon égard. Vous savez, le comportement des mauritaniens est empreint de bédouinité, si bien que leur imaginaire collectif est marqué par le nomadisme, et ce qui s’en suit de propension à l’amnésie.

Comme ils ont oublié le président Moktar, qu’ils surnommaient « le père de la Nation », « le fondateur du pays », ils ont renié ould Haïdalla, et abjuré Maaouiya, accompagnant la chute de son régime dès le premier jour, eux qui l’ont enfoncé tout au long de son régime qu’ils souillaient allégrement.

Aussi, ne m’attends-je point à ce que les mauritaniens conservent de moi une image d’amour. Sitôt qu’ils auront déguerpi de là, ils oublieront bien vite six décennies de services, de bons et loyaux services. Toute une vie.

Mon humble sol a pourtant servi d’aire d’atterrissage pour les délégations de la génération des fondateurs de cette capitale où jadis paissaient des troupeaux de caprins et où erraient des hordes de loups.

Sur mon modeste tarmac est descendu le Président de la France lors d’une mémorable visite, célébrée par la population le jour de la déclaration de l’indépendance de la Mauritanie. Ce jour-là, l’hymne national fut joué, scandé pour la toute première fois, en présence de l’hôte français, autorisant l’indépendance de l’Etat, Moktar marchant côte à côte avec De Gaulle.

Je suis également la porte par où sont arrivés ici les plus grands dirigeants du monde. Tels le Roi Fayçal d’Arabie Saoudite et Cheikh Zayd des Emirats Arabes Unis. De là, de moi, sont partis une pléthore de cadres qui ont administré et administrent encore le pays. Grâce à moi, ces hommes et ces femmes ont ouvert les yeux au monde, s’abreuvant de cultures multiples et diverses, profitant des expériences d’autrui.

L’avion a vite joint des endroits épars de l’immense territoire de la Mauritanie. Au nom de l’Etat, j’ai accueilli des vols en provenance de Néma, de Sélibaby, de Zouérate, de Nouadhibou.

Cependant, comme tu le vois, le jour de ton dernier voyage à partir de moi, ils m’ont pris pour un mort, sans creuser pour moi au moins une tombe, sans dresser un mémorial, annonçant que là, en ces lieux, se trouvait il y a peu, il y a une éternité, l’unique aéroport international de Nouakchott durant soixante ans.

Je n’ai pas même eu droit à un dernier adieu. Un unique employé me témoigna fidélité et dévouement, versant de chaudes larmes en ce véritable jour de deuil. Mais, ils l’ont vite réconforté au moyen de quelque modique somme, comme pour éviter le spectacle des pleureuses.

Question : Quelle impression avez-vous alors que vous êtes dépouillé de votre contenu, de ces choses avec lesquelles vous serviez de cette façon si… heu … chaotique ?

Réponse : J’ai comme l’impression que les gens exercent leur violente habitude généralement réservée aux bêtes d’abattage. Comme si j’étais un chameau trop vieux, rétif à mourir, qu’ils déchiquettent avec leurs machettes.

Au démontage de chaque bureau, à l’arrachement de chaque appareil, à l’enlèvement de chaque objet, je sens comme s’il est extirpé de sa place initiale, à laquelle il est destiné et de laquelle il ne doit en aucun être séparé.

Ils me tuent à petits coups, m’enlevant des pans de mes entrailles. J’en ressens encore la douleur vive, si forte. Une torture atroce au physique, après en avoir subi la souffrance morale quand ils se sont avisés de me remplacer, de me trouver un substitut, alors que je n’ai jamais failli à mon devoir.

Leur manque de sérieux de sérieux est perceptible, lorsqu’ils évoquent, mine de rien, avec une décevante nonchalance, la nécessité du changement en réaction à l’évolution du temps, en rupture avec le chaos dont ils m’estampillent sans rémission, scellant mon triste sort : juste bon pour la démolition.

Puisque mon mobilier ne convient guère à nul autre que moi, surtout qu’ils s’extasient du jeune âge du nouvel aéroport, de sa beauté. A-t-on jamais vu des gens s’aviser d’arracher les bracelets de chevilles et autres bijoux d’argent d’une dame de soixante ans pour en parer une toute jeune épouse d’aujourd’hui ?

Mais, sois sûr que je me vengerai d’eux et de leur comportement stupide. Tu te rends compte : les meubles qu’ils mont volés sans ma permission, que je leur aurais accordée s’ils y avaient mis le style, sont truffés de mites, de cafards, de rats et de toutes sortes d’insectes.

Une armée qui ne manquera pas de leur livrer bataille qu’ils ne pourront guère remporter. Mes vaillants soldats aguerris à la lutte âpre vaincront à ce combat, dans moins de deux ans, incha Allah.

D’ici là, prends garde : les odeurs nauséabondes, l’écoulement de l’eau quand ce n’est pas sa pénurie, la rareté du service d’hygiène, tu sauras alors l’étendue de la sagesse des anciens. Une sagesse qui m’a amené à ne point laisser ouvrir les robinets, de peur de subir les douloureuses conséquences de la négligence qui ne saurait tarder de la part des gens.

Outre l’apparence des employés qui retrouveront bientôt leur aspect d’antan. Et la vaste mosquée, construite comme un emblème d’apparat au front du nouvel aéroport. Tu sauras que la modernité ne réside guère dans une construction en pierre, en métal ou en verre, mais plutôt dans la gestion de la vie au quotidien, et dans la préservation de l’élégance et de la beauté.

Ils sont sortis de moi, sans se retourner derrière eux, comme s’ils quittaient quelque coin de brousse où ils ne durent rester qu’une semaine. Loin de se souvenir de mes services, ils ne m’ont point fait d’adieu, comme si j’étais une indigne marâtre.

Mais, telle la mère que ses indignes fils dédaignent, et qui n’en continue pas moins de les aimer, priant pour eux et demandant Allah de guider leurs pas, les vers du poète Abou Tayyeb Al-Mutanabbi :
« Ce n’est point là un adieu de l’amoureux à son aimée
« Désunion de l’âme du corps inanimé »
(traduction du vers d’Al-Mutanabbi par le poète Mohamed Yahya ould Abdel Wedoud, traducteur de ces lignes :
ما ذَا الوداع وداع الوامق الكمد
هذا الفراق فراق الروح للجسد

Question : Pourtant d’aucuns voient en vous un aspect du retard et une antiquité sans grâce ni beauté, hideuse ruine ?

Réponse : Ce sont là des propos irrecevables à bien des égards, pour reprendre une expression chère à l’érudit Mohamed El Hacen ould Dedew.

D’abord, je ne suis pas mon propre concepteur, c’est plutôt vous qui avez établi les plans, ne me rendez donc pas responsable de vos erreurs. L’exigüité de votre vue panoramique, votre indigence en matière de planification urbanistique, d’architecture, de BTP et de décors des infrastructures, la stupidité de votre assimilation des bouleversements de l’époque, je n’en suis point responsable.

Je vous rappelle que mes deux dernières salles ont été bâties durant les années 1990 ; à l’époque, vous voyagiez de part le monde, vous observiez donc les aéroports des pays avancés.

Vous vous extasiiez à la vue de la splendeur de l’architecture, la beauté de la finition, l’éclat des décors. Comme c’est le cas des aéroports de Roissy Charles de Gaulle (Paris, France), de Gamal Abdel Nasser (Le Caire, Egypte), Mohamed V (Casablanca, Maroc). Autant de monuments précis et modestes à l’exemple de celui de Carthage (Tunis, Tunisie), majestueux à l’instar de l’aéroport Houari Boumediene (Alger, Algérie), ou encore fabuleux comme l’aérogare de Frankfort (Frankfort, Allemagne).

Vous auriez dû donc relever le niveau de vos ambitions très modestes au diapason des autres pays et de leurs aéroports si fantastiques. Vous ne pourriez m’imputer, à moi qui en suis plutôt victime, la responsabilité de la laideur de votre travail, indigne d’un pays.

Enfin, comme le dit l’écrivain At-Tantaoui, « la beauté est quelque chose dans tes yeux que tu enlèves à ceux que tu aimes ». L’auguste cheikh de soixante ans, à la barbe ronde, au visage avenant, est beau en comparaison à ses émules.

Et moi, je suis un vestige architectural, un lieu d’histoire d’une époque révolue, ce qui aurait pu servir pour l’accumulation de civilisation. N’est-ce pas un avantage de taille pour un peuple qui formate sa mémoire en permanence ?

Question : Que répondez-vous à l’assertion considérant que ce ne serait en aucune façon une perte si vous étiez transformé en parcelles de terrains destinées à l’habitat de citoyens parsemées de rues ?

Réponse : Ce qui m’afflige c’est que vous considérez la civilisation récente comme « une chose », concrète, transformant des choses qui nous sont chères en choses matérielles sans prendre compte de l’aspect symbolique des choses. Tel est l’esprit révolutionnaire en perpétuel mouvement, jusqu’à sa propre destruction !

Votre nouveau régime ne s’intéresse qu’au montant du marché et ne se préoccupe pas le moins du monde de la valeur symbolique des choses. L’école où ont appris certains ministres actuels et passés porte le souvenir de leur parcours et les représente. Dans ces petits détails qui marquent leur enfance.

Le temps où le maître vivait de son traitement, vénéré par ses élèves, le temps où chacun se contentait du peu qu’il avait, une phrase mille fois répétée, autant de fois apprise, telle est l’école. Cette école est aujourd’hui transformée en boutiques vides, supprimée. Au point d’en ressentir l’amertume, si ce n’est le crime, d’une mémoire solide !

Je suis bien navré qu’étant sous l’emprise d’un unique palais abritant un unique gouvernant, vous ayez transformé la résidence du premier ministre, aux allures de palais – ce qui n’a coûté une fortune – en un hôpital pour mère en enfant au prétexte que le service public est jugé plus important.

Je suis bien triste que vous n’ayez pas fait de même avec moi, vous auriez pu annoncer ma préservation au sein du service public, une grande mosquée, par exemple. Une bâtisse majestueuse de couleur vive, à la lecture humble, aux haut-parleurs qui portent.

Et vous transformez une partie de moi en ville zone médicale à dix minutes du centre-ville de Nouakchott, comprenant des cliniques externes et d’autres internes, exploitant mes salles au prix d’une légère restauration, d’une simple climatisation. Et ce en vue de proposer au citoyen des infrastructures privées d’offres de services de santé.

Vous auriez aussi pu exploiter ma place stratégique en me transformant en parcs boisés et jardins fleuris. Des coins de verdure, des parcs de jeux pour les enfants, les jeunes, les adultes, les vieux, une série de restaurants populaires de luxe, où les viandes rouges seraient bannies, étant seules autorisés les viandes blanches, le poisson frais débarqué de l’océan et la volaille élevée localement, sans l’emploi d’hormones de croissance, ni d’élevage extensif aux conséquences néfastes.

D’habiles cuisiniers gérants desdits restaurants auraient la charge de préparer avec art une nourriture saine en rupture totale avec notre nourriture habituelle pour casser la routine. De sorte que je devienne une zone d’attraction, créatrice d’emplois et suscitant au sein de la société malheureuse vigueur et vitalité.

Et c’est alors que prendra fin mon effroi que je retrouverai ma sérénité, reprenant mon offre de service public, heureux que vous me gardiez en vie, au lieu d’attenter à mes vieux jours. Quant à mon découpage en petites ou grandes parcelles de terrains, c’est là un crime à mon égard, un rapetissement de mon rôle historique.

Si, d’aventure, vous en veniez à commettre ce crime, je m’en vengerais en insufflant toutes sortes de sels, d’acides et de métaux, enfouis dans mon sous-sol, dans le sous-bassement de ces ouvrages indignes de l’endroit qui vit naître et mourir le prime aéroport de la jeune République Islamique de Mauritanie !

Question : D’aucuns trouvent que vous avez sacrifié votre fierté en adoptant la jalousie maladive de votre cadet si bien loti qui fait la joie de tous. Qu’en dites-vous ?

Réponse : En définitive, je n’aurais pas protesté si mon aire était devenue exiguë, noire de monde, de quelque côté que ce soit. Et que le flux des avions dépassait ma capacité restreinte. La construction d’un nouvel aéroport deviendrait alors nécessaire.

Mais, ne voyez-vous que les mêmes effectifs de personnel, le même nombre d’avions, en activité ici ont été délocalisés là. Ne voilà-t-il pas que les employés au sol attendent le retour de l’avion le lendemain en dépit de tout le charivari du jour de l’ouverture de ce machin ?

Comme si vous aviez atteint le flux de l’aéroport international Atatürk d’Istanbul, 11ème au classement mondial avec près de 62 millions de passagers par an, où atterrit un avion et en décolle un autre chaque minute !

Le flux des passagers n’a pas augmenté dans la petite bâtisse. Ce qui a augmenté, c’est le prix du terrain autour du nouvel aéroport, beaucoup plus que le prix annoncé pour mes terrains. Un processus lancé avant ma mise à mort, ce qui est d’une une atrocité inouïe !

Les employés dépensent une fortune pour aller au travail, hors de la ville, mourant de faim, la nourriture étant hors de prix ! Alors que, de mon temps, ils allaient à deux pas de moi, au Ksar pour trouver un bon plat à un prix modique ! Quant au transport spécifique, tant public qu’en taxi navette, c’est bien le seul aéroport du monde à en être dépourvu !

Question : Qu’attendiez-vous du changement de situation et de la prospérité financière occasionnés par le nouvel aéroport ?

Réponse : Je savais que vous iriez à un échec inévitable dans la gestion de la nouvelle infrastructure, en dépit de sa qualité indéniable. Imaginez un peu que vous donniez à un pauvre un avion et que vous lui demandiez en retour d’en payer les droits de transits subséquents aux déplacements de l’appareil, outre les frais de maintenance, de personnel volant et de carburant ! Quoi de plus absurde ?

Question : Quel est alors le moyen le plus efficace de dynamiser le nouveau, du moment qu’il est devenu un fait établi ?

Réponse : Oui, nous sommes le pays du fait établi. Ils font souvent un coup d’état militaire et disent que cela est désormais devenu un fait établi. Une nouvelle donne qui ne signifie guère un décollage vers l’intérêt général, mais signifie rien d’autre que la soumission à la volonté du vainqueur de la perpétuelle crise de leadership au sein des régimes qui se succèdent.

Suivant une fatwa propre aux peuples arriérés, et non pas à l’Islam grandiose, qui a détruit les despotes et fait de l’insoumission à leur joug l’une des bases de la foi. Pour s’affranchir du cycle perpétuel du chaos, du contrôle des ressources de tout un pays par une minorité, et du mépris de la volonté de tout un peuple, en violation flagrante d’une Constitution qui pourtant stipule en son article deuxième qu’il est libre, indépendant et souverain.

Qu’à cela ne tienne. Je te refilerai des idées novatrices, me préservant les droits juridiques y afférents. C’est ma part de tout projet futur lié à ces activités. Conformément au Code de commerce, récemment amendé, défendu par le garde des sceaux, ministre de la justice, devant le parlement lors de sa dernière session. Les nouvelles dispositions stipulent que l’initiateur de l’idée est de droit associé au capital, ses droits étant protégés par la loi.

En pleine effervescence médiatique sur le joyau, je m’attendais à ce que les gens eussent préparé une stratégie pour attirer 50% de la capacité du nouvel aéroport. Et ce dès la première année, à travers la mise en place d’une cellule composée des divers secteurs de l’Etat chargée de la formulation d’un plan d’action et de sa mise en œuvre pour lancer une dynamique à l’échelle mondiale en matière de tourisme, de culture, d’affaires islamiques, d’économie, d’éducation, de climat.

Pourquoi ne pas abriter un sommet portant sur le trou d’ozone et le réchauffement climatique, sur un pan de notre ciel sous lequel nous vivons, nous, habitants de ce pays. Le président, par son génie et ses innombrables talents, évoquera son rôle dans l’atténuation d’un tel phénomène. Dans la foulée, un congrès des inventeurs arabes, un autre de leurs confrères africains, un troisième de leurs émules par les jeunes du monde.

L’expérience mauritanienne en matière de conservation légale, de coups d’état, de syncrétisme de la vie bédouine et ce que nous croyons être la vie moderne, autant de sujets pouvant donner lieu à une effervescence susceptible d’attirer bien du monde !

Si nous avions à appeler à prendre part à un forum mondial sur le tourisme au désert, la randonnée en montagne, ou encore l’expérience effarante du peuple et celle de l’Etat en matière de négligence de l’agriculture, de déperdition des ressources hydriques, de désintérêt pour les vastes paysages à perte de vue, autant de rencontres internationales auxquelles nous inviterions les ministres arabes de l’agriculture. Les habitants du Cham en seraient cois, les égyptiens en mourraient de jalousie.

Nous convierions les africains à l’un des congrès, les nations unies à un autre au cours duquel le secrétaire générale de l’ONU ferait part de son amertume par rapport à tant de gâchis pour un peuple dont le pays recèlerait tant de potentialités !

Il suffit de concevoir, de préparer et de planifier cinq congrès internationaux en matière de monétique, des paiements bancaires via le portable, secteurs où nous serions experts sans la moindre étude de faisabilité.

Par exemple, lors de la conférence internationale des nations unies sur l’eau, nous annoncerions que le régime préserve les ânes tirant des charrettes transportant l’eau potable consommée par nombre d’habitants de la capitale Nouakchott !

Sans oublier des conférences sur notre propension tout au long de la vie, jusqu’à un âge qui, sous d’autres cieux, eût été auguste, à tromper nos partenaires au développement et en affaires à coups d’ingéniosité, d’habiles tractations. Nous montrerions au monde combien est utile l’art de la feinte, de la simulation, du subterfuge en politique, nous glorifierions l’art de l’exploitation de la crédulité d’autrui.

Il est ainsi en toutes choses, que ce soit à l’échelle locale, régionale, bilatérale, multilatérale, internationale ou continentale. Nous nous inventerions des opportunités à tout étudier lors de rencontres à Nouakchott. Le développement serait impulsé, le tourisme décollerait, les transports aériens enregistreraient des niveaux inédits, les investissements afflueraient. Des hôtels cinq étoiles seraient construits partout.

Des cérémonies d’ouverture seraient organisées, et non des inaugurations, à vide, sur un terrain vague, comme c’est le cas lors de chaque fête de l’indépendance nationale.

La médecine, les affaires religieuses, l’expérience en matière de jurisprudence favorable au Sultan (« fiqh soultane »), la justification de la révision de la Constitution, l’allégeance au gouvernant actuel ou au premier gouvernant du pays, l’assassinat tout symbolique du premier, vilipendé.

Le cortège présidentiel s’ébranlerait alors pour « inaugurer » l’hôtel Sheraton de Nouakchott, qui en demeure toujours à l’état d’un amas de pierres, un leurre qui ne décourage guère la propagande officielle qui pousse l’audace jusqu’à inclure dans l’interminable liste des réalisations des projets n’ayant jamais dépassé le stade d’annonce et de visite sur un terrain vague !

Des oulémas nous diraient laquelle des deux options est le plus proche de l’esprit de l’Islam. Un expert constitutionnaliste, Mohamed Lemine ould Dahi, défend la charte constitutionnelle du peuple, quitte à défier le régime, tandis que des oulémas justifient jusqu’aux errances du pouvoir ! Fût-ce au prix d’une rupture du serment et d’un reniement !

Interview avec l’ancien aéroport de Nouakchott / Par Mohamed Ghoulam El Hadj Cheikh

Traduction de Med Yahya Abdel Wedoud (O/ Hamoud O/ Abdel Wedoud)


Echos&Confi

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