Dr Dia Alassane président de la Coalition Vivre Ensemble/ Vérité-Réconciliation (CVE/VR) : ‘’Notre ambition est de remettre cette question de l’unité nationale à travers ses différentes déclinaisons au rang des préoccupations premières de tous et de créer une dynamique pour leur résolution rapide et définitive ...’’

, par  masterEveil , popularité : 100%

L’Eveil Hebdo : Il y a un an de cela la Coalition Vivre Ensemble était portée sur les fonts baptismaux et prenait part à la présidentielle, en récoltant un score honorable. Quelques mois plus tard, une scission était notée dans les rangs. Qu’en reste-t-il un an après ?

Dr Dia Alassane : Permettez-moi, avant d’en venir aux réponses, de vous remercier pour l’opportunité que vous me donnez de m’exprimer dans ce journal qui me tient particulièrement à cœur puisque c’est ici que j’ai fait mes premières armes en tant qu’apprenti-journaliste pendant mes années estudiantines. C’est donc avec un petit pincement au cœur que je reviens ici, près d’une trentaine d’années plus tard, pour me retrouver de l’autre côté du micro. C’est aussi l’occasion de saluer l’abnégation et l’esprit de sacrifice de la direction du journal et des équipes rédactionnelles qui s’y sont succédé pour en faire le doyen de la presse écrite nationale.

Pour en revenir maintenant à votre question, je ne dirais pas qu’il y a eu scission mais simplement des cheminements différents. Au lendemain de l’élection présidentielle, il s’est posé la question de la suite à donner à la coalition. Il se trouve que tout le monde ne voyait pas cet avenir de la même façon. Mais cela ne fait pas des deux parties des adversaires et encore moins des ennemis. C’est justement parce que nous souhaitons que l’espoir suscité lors de l’échéance électorale se transforme en victoire que nous avons choisi de créer la CVE/VR. Notre analyse est que le véritable problème de la Mauritanie est celui de l’unité de son peuple, déclamée partout et dont on chante à, tout-va, le renforcement. Mais pour renforcer une chose, encore faudrait-il qu’elle existe. Or, il ne peut pas y avoir d’unité si une partie du peuple est méprisée à travers ses langues, ses cultures ; sa citoyenneté et même simplement son statut d’humain au moyen de la pratique inqualifiable de l’esclavage. Notre ambition est de remettre cette question de l’unité nationale à travers ses différentes déclinaisons au rang des préoccupations premières de tous et de créer une dynamique pour leur résolution rapide et définitive pour que, enfin, soixante ans après l’indépendance nous puissions regarder de l’avant. C’est ce travail que nous avions commencé à entreprendre sur le terrain avant d’être interrompu par la crise sanitaire du covid-19 et c’est cela que nous entendons poursuivre maintenant que la vie reprend à peu près son cours normal.

Au cours de ces dernières semaines, il a été noté une série de cambriolage dans les édifices publics (Direction du Budget et de la cour suprême de justice) ainsi qu’un incident au domicile du président du FPC Samba Thiam sans oublier le scandale de la BCM. Quelle lecture vous inspire ces séries d’actes ?

Les édifices publics qui ont été cambriolés sont tout sauf anodins. Ils se trouvent dans le périmètre le plus sécurisé de Nouakchott et il s’agit de sièges d’institutions vitales, au sens premier du terme, pour le fonctionnement d’un Etat digne de ce nom. Et quand on sait que les sociétés de gardiennage sont gérées par les hauts gradés de l’armée ; à la retraite ; mais qui continuent pour certains à occuper de hautes fonctions au sein de l’appareil d’état ; on peut se poser des questions sur les motifs réels de ces cambriolages.
Si l’on y ajoute le scandale de la BCM, qui est probablement plus important que ce qu’on veut bien nous montrer et dont la durée pourrait aussi être beaucoup plus étendue qu’on ne le pense, il y a de quoi s’inquiéter. Cela en dit long sur la santé de notre Etat et de nos institutions.

Les actes de vandalisme contre le domicile du Président Samba Thiam répondent de la même logique. Vouloir intimider un opposant en mettant en péril sa vie et la police qui traine des pieds pour faire la lumière sur l’affaire, tout cela est révélateur à souhait de la démission, pour ne pas dire de l’inexistence, de l’Etat et de la déliquescence des valeurs dans notre pays.

Comment jugez-vous l’an 1 du mandat de Ghazouani ?

Cette première année de mandat du Président Ghazouani s’inscrit dans la continuité de la politique de son prédécesseur. Pourtant, la configuration de l’élection présidentielle du 22 juin 2019 et la crise post-électorale qui s’en est suivie auraient dû, plus que les engagements du candidat Ghazouani lui-même, inciter à une rupture.

En effet, ces évènements étaient une énième alerte à l’endroit du système qui nous gouverne pour sauver le pays du gouffre pendant qu’il en est encore temps Mais le système continue malheureusement à être autiste poursuivant de plus belle l’exclusion des Noirs de Mauritanie et la politique du diviser pour régner. Su temps de Aziz, l’on avait remplacé l’ANAIR, chargé des réfugiés, par Tadamoun plutôt orienté vers la lutte contre ce que l’on appelle hypocritement les séquelles de l’esclavage. Aujourd’hui, Taazour et Awaliyat prennent la même direction.

Pire, selon certains bruits de salon, il semblerait que l’on s’achemine vers une réforme agraire qui consisterait à spolier les terres de la vallée pour les redistribuer notamment dans le cadre de la lutte contre les séquelles de l’esclavage. La redistribution des terres pour en faire profiter ceux de nos concitoyens qui, des siècles durant, en ont été privés est une excellente chose. Mais le fardeau de l’indemnisation des victimes de l’esclavage revient d’abord aux anciens maîtres et à l’Etat.

La réforme devra donc absolument tenir compte du droit de propriété coutumier et elle devra surtout s’appliquer à l’ensemble du territoire national et non cibler la seule vallée. Malheureusement, tout se passe comme si l’on voulait monter les populations les unes contre les autres et recréer ainsi les conditions des évènements de 1989 quand les autorités et leurs milices ont détruit des villages entiers, déporté leurs habitants pour y réinstaller d’autres populations qui continuent encore aujourd’hui de narguer les vrais et légitimes propriétaires devenus réfugiés dans leur propre pays après 20 ans de déportation au Sénégal.

Si l’on ajoute à ce tableau les nominations racistes égrenées à longueur de communiqués de conseil des ministres, on ne peut en conclure que la Mauritanie du Président Ghazouani est mal partie.

Quels constats dressez-vous de la situation économique du pays après un an de gouvernance de Ould Ghazouni ?

Sur le plan de l’économie, il n’y a rien de nouveau sous le soleil sauf que le fossé se creuse de plus en plus entre une petite minorité qui détient tout et l’écrasante majorité du peuple qui a du mal à assurer deux repas par jour. Pour ne rien arranger, la crise du covid-19 et la gestion catastrophique qui en a été faite sont venues grossir le rang des pauvres en privant de nombreux travailleurs de l’informel de leurs maigres revenus. L’on a vu notamment le cas des enseignants des établissements privés.

Taazour dont nous parlions plus haut n’y a rien fait. Au contraire, l’on a l’’impression de Tadamoun à Taazour, l’objectif est de maintenir les populations assistées dans le dénuement le plus total pour les garder dans le statut d’éternels assistés.
Enfin pour qu’une économie puisse s’épanouir, il faut un climat de confiance dont nous sommes encore très loin quand l’on voit l’étendue de la gabegie, des détournements.

Quelle appréciation faîtes-vous du refus de l’ancien président Ould Abdel Aziz de déférer à la convocation de la commission d’enquête parlementaire. Mais aussi de la cacophonie qui a été notée par la suite au sein de l’Assemblée nationale sur le report polémique de la mise en place de la HCJ ?

S’il est vital pour l’avenir du pays que nos dirigeants sachent qu’ils ont des comptes à rendre après leur passage au pouvoir, ce qui se passe du côté de l’assemblée nationale en ce moment ressemble à une simple diversion. Aziz doit répondre du pillage sans précédent de l’économie du pays pendant la décennie où il a été au pouvoir. Le problème c’est que ceux qui étaient autour de lui pendant ce pillage continuent à occuper les plus hautes fonctions au sein de l’État.

Cette campagne autour de la commission d’enquête parlementaire avait commencé tambour battant mais son élan a été brutalement coupé dès qu’il s’est agi de passer à l’étape supérieure. Cela en dit long sur les intérêts des uns et des autres de mener à terme la procédure.

Mon sentiment, comme je l’ai toujours dit, c’est que le Président Ghazouani avait à cœur de se démarquer de l’ombre imposante de son prédécesseur pour devenir crédible aux yeux de l’opinion nationale et internationale.

Par ailleurs, une assemblée nationale qui était prête à tout pour tripatouiller la constitution dans le but de maintenir Aziz au pouvoir ne peut être crédible dans la mission qu’elle veut s’assigner aujourd’hui et il y a de fortes chances que l’on use de toutes les astuces procédurales pour que cette affaire n’aboutisse pas.

Propos recueillis par Saydou Nourou T.


Echos&Confi

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