Elections législatives et municipales : Auront-elles ou n’auront-elles pas lieu ?

, popularité : 24%

La convocation du collège électoral pour le 12 octobre prochain a suscité une vague de réactions qui ont défrayé la chronique de toute la semaine dernière. Depuis son annonce en conseil des ministres du 03 août dernier, les acteurs politiques notamment ceux de l’opposition sont montés au créneau pour dénoncer cette décision jugée « unilatérale  » et « sans fondement juridique ». Il s’en est suivi une décision de la COD, d’adopter « un boycott actif » appelant tous les autres acteurs à faire de même. Certains ont même jugé que techniquement et juridiquement, la tenue de ces échéances électorales est « impossible  ». Le pouvoir réagit en donnant son argumentaire sur le retard accusé depuis plus de deux ans pour organiser ces échéances eu égard au renouvellement de l’Etat civil et la mise en place d’un fichier fiable. Le débat est d’ores et déjà posé et les ingrédients sont réunis se fondant sur des arguments juridiques pour un autre report des élections.

Les électeurs mauritaniens iront-ils aux urnes le 12 octobre prochain pour élire les députés et les conseils municipaux ? C’est là toute la question eu égard à la situation consécutive à l’absence de dialogue véritable entre pouvoir et opposition en vue d’un consensus global devant aboutir à l’organisation d’élections législatives et municipales attendues par les Mauritaniens depuis plus de deux ans.

Des ingrédients pour un nouveau report des élections

L’enrôlement des populations qui a fait couler beaucoup d’encre en Mauritanie et à l’extérieur depuis 2011, continue de provoquer des mécontentements. Il n’a pas encore connu son épilogue et les inscriptions au Ravel (Recensement à vocation électorale) auquel adhère l’opposition, n’est pas effectif. Il s’y ajoute que la CENI, organe de supervision du processus électoral fait l’objet de contestation de la part de l’opposition démocratique. Cette dernière ne se reconnaît pas dans cette CENI que la COD (Coordination de l’Opposition Démocratique) souhaite son renforcement pour plus de crédibilité et de garantie quant à son impartialité. Fort de ses arguments et face à l’entêtement du pouvoir de vouloir organiser les élections sans un consensus préalable, la COD a décidé, depuis le 13 août, d’observer « un boycott actif » des élections du 12 octobre. Cette politique de la chaise vide pèsera-t-elle sur la décision du pouvoir aux fins de l’amener à reconsidérer sa position ? Aussi vraisemblablement que cela puisse paraître, la tenue des élections en octobre reste hypothéquée par l’absence de consensus global entre acteurs politiques. Cette situation est née depuis le boycott du dialogue « imposé » par le pouvoir d’Aziz en septembre-octobre 2011 et auquel, l’opposition boycottiste ne reconnaît pas ses résultats.

Tous contre un …

Le mot d’ordre est donc lancé : « il n’y aura pas d’élection le 12 octobre 2013 » comme prévu par le gouvernement lors de son conseil des ministres du 03 août, soutiennent certains leaders de la Convergence Patriotique (CP) ayant quitté la majorité le 21 avril dernier et rejoint la Convention pour l’Alternance Pacifique (CAP) réunissant l’App de Messoud Ould Boulkheir, El Wiam de Bodiel Ould Hmeidi et Sawab d’Abdessalam Ould Horma. Ces deux coalitions politiques (CP/CAP) ont rejoint la COD dans sa décision de boycotter les élections. Kane Hamidou du MRP (membre de la CP) a soutenu que "Ces élections sont techniquement irréalisables » et « la CENI ne peut pas organiser ces consultations à la date indiquée ». Même son de cloche chez son partenaire d’Adil. Yahya Ould Ahmed Waqhf qui a déclaré que cette décision est « inacceptable » indiquant que des discussions sont engagées avec les autres partis « pour annuler la convocation du collège électoral ». Mieux, l’argument selon lequel, on ne peut pas convoquer le collège électoral sans au préalable clôturer les inscriptions sur les listes électorales, demeure plausible et juridiquement incontournable.

Le pouvoir tergiverse …

Face à cette situation qui conduit les rapports pouvoir/opposition vers des lendemains difficiles, voire vers une situation chaotique, le pouvoir est partagé entre maintenir sa position créant l’imbroglio politique et reporter une nouvelle fois les élections. Cette dernière option, mettrait à l’aise l’opposition. Mais le pouvoir poserait des conditions. Que l’opposition accepte en ce moment de participer aux élections.
Dans tous les cas, le Président de la République lui-même, lors de son débat (rendez-vous avec le peuple) de mardi13 août dernier à Néma, a émis la possibilité de reporter les élections pour deux semaines maximum et l’élargissement de la CENI. Cette proposition reste également suspendue à la décision de la CENI qui peut par complicité avancer des arguments de report pour des raisons techniques. Tout compte fait, le pouvoir et l’opposition sont à couteaux tirés. Le consensus est certes possible, même à l’arracher. Car, les leaders de la Convention pour l’Alternance Pacifique qui jouent les sapeurs pompiers, pourraient parvenir à faire plier le Président Aziz et convaincre l’opposition radicale à revenir à de meilleurs sentiments. En clair, un consensus sur le calendrier avec des garanties à l’appui, peut bien aboutir à des élections apaisées, consensuelles, crédibles et transparentes.

Moulaye