En Mauritanie, il est très difficile de lutter contre les lobbys de la santé

, par  masterEveil , popularité : 0%

Mon expérience au Ministère de la santé m’a révélé qu’il est très difficile de lutter contre les lobbys du fait qu’ils ont un poids très important dans ce pavillon ultrasensible : 24 cliniques, 28 cabinets médicaux, 34 cabinets dentaires, 32 cabinets de soins infirmiers, 387 structures pharmaceutiques dont 12 grossistes et dont le chiffre d’affaires annuel est estimé à plus 150 milliards MRU. J’ai compris donc pourquoi ces lobbys ont un incontournable moyen de pression et pèsent beaucoup dans les décisions de notre politique de santé malgré les énormes difficultés en termes de normalisation et de qualité des prestations.

L’influence des lobbies a un impact sur la santé en raison du non respect strict des textes en vigueur et de l’expansion des structures non régulées lesquelles influent négativement sur la qualité du service public par l’utilisation des mêmes personnels dans le cadre d’exercice mixte toléré par la loi alors que bon nombre de médecins, techniciens, gestionnaires, infirmiers, sages-femmes chôme.

Lors de ma ronde dans les quartiers de Nouakchott, je me suis aperçus que la moitié des personnes interrogées par mes soins ne savait pas ce qu’est le Plan national de développement sanitaire, la pyramide sanitaire, le système de référence et comment les formations sanitaires fonctionnent, attestant qu’ils ont peu d’informations concernant l’accueil et la prise en charge également. La solution serait d’inclure dans le PNDS 2021-2030 des campagnes pour informer les populations sur les soins dispensés.

Bien sur , c’est à l’Etat d’intervenir pour assurer les soins et médicaments de qualité et à bas prix aux populations, mais nos politiques sont influencés par les lobbies et l’intérêt général est négligé, car la politique est pensée le temps du mandat du Président élu (Taahoudaty) quoique l’influence de ces lobbies est sous-entendue : les maladies chroniques, les maladies transmissibles ou non, les grossesses prématurées, l’avortement, les abandons d’enfants, de mal en pis, le taux de morbidité et de mortalité sont alarmants !

Face à ce sombre tableau où les décès Covid-19 peuvent désormais être remis à leurs familles , les acteurs de la sphère politique nationale devraient en synergie avec leurs partenaires accorder plus d’attention à la santé des populations qui constitue un problème majeur et, répondre à leur rôle de représentants de l’intérêt des citoyens en assumant leur responsabilité.

L’impact des lobbies peut être constaté au niveau de la tutelle- la pluralité disciplinaire est en passe de disparaitre au profit des quelques spécialistes de santé véreux. Le modèle de déploiement des ressources humaines déraisonné prime en raison du favoritisme, du clientélisme, du tribalisme et du régionalisme , alors qu’il serait possible d’avoir une équipe multidisciplinaire capable d’évaluer les situations ; d’identifier les besoins en fonction du PNDS, de fournir des indicateurs efficients et efficaces , d’élaborer les réponses pouvant être apportées en fonction de la réglementation en vigueur et le strict respect des statuts.

Je remarque une lente évolution positive dans la prise de conscience mais le pessimisme est de mise concernant l’exécution à court terme. De nombreuses questions restent en suspens concernant la relation entre lobbies, pouvoirs publics et populations. Je me demande s’il faut toujours un prochain remaniement ministériel pour changer le comportement injuste des lobbies de ce pavillon sur le bras ? Jusqu’à quand la majorité silencieuse fermera- elle les yeux sur ces actes pervers ?

Dois-je suivre le même chemin que les PNDS précédents et les autres PTHG toujours glissants sans jamais être réalisés ? 

Le ministre de la Santé, Dr. Sidi Ould Zahaf a présidé l’atelier d’échanges et de concertation des experts du corps « gestionnaire » sur le Plan national de développement sanitaire (PNDS) 2021-2030, ainsi que sur le dossier d’investissement 2021-2023.

Et depuis avant-hier, je constate l’évolution du débat habituel avec de nombreuses questions liées à la santé qui s’imposeront coûte que coûte vaille que vaille et dont les politiques devront s’emparer afin de définir la position appropriée à ce point, jusqu’alors inexploré.

Ahmed Ould Bettar

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