Face à de multiples facteurs internes de déstabilisation, où va la Mauritanie ?

, par  masterEveil

Seul Allah le sait, mais aujourd’hui l’inquiétude est très grande et se lit sur tous les visages et fait l’objet de discutions partout, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur.

Incontestablement, la Mauritanie traverse une période particulièrement difficile et inquiétante de son histoire : résultat d’innombrables facteurs internes qui s’accumulent ou s’additionnent, et chacun, à lui seul, pouvant faire effondrer un pays.

1) Une crise politique aiguë et persistante :

Cette crise politique perdure depuis l’intrusion du général Ould Abdel Aziz dans la vie politique mauritanienne, par un coup d’Etat en 2008 contre le Président Sidi Ould Cheikh Abdallah, un président démocratiquement élu. La persistance de cette crise résulte plus particulièrement du manque de crédibilité de ce pouvoir putschiste qui n’a ni respect ni considération pour ses propres engagements et signatures. Pour lui la vie politique se résume à la « ruse » et aux pièges.

Il œuvre en réalité pour le pourrissement de la situation, avec la règle bien connue « après moi c’est le chaos ». Tout laisse comprendre que la seule préoccupation de ce pouvoir, c’est s’enrichir, toujours s’enrichir y compris par la souffrance et les larmes des populations. Tout le reste est accessoire et acceptable dans ce pays, tant qu’il ne devient pas obstacle à leur gourmandise, leur boulimie démesurée de s’accaparer de tout : des terrains, des écoles, des marchés, des affaires,...

Ne cherchant ni ne voulant l’apaisement du climat politique, le pouvoir instaure le laisser aller, la pagaye à tous les niveaux. Tous les écarts sont permis et tous les extrémismes s’épanouissent, la manipulation est devenue une stratégie nationale. Ainsi la seule politique qui vaille pour ce pouvoir est de diviser, diviser l’opposition, diviser le peuple et laisser surgir tous les démons :

L’obscurantisme religieux a désormais le vent en poupe et le champ libre. Il se trouve conforter et soutenu et financé par des mains occultes. Des idéologies importées, on ne sait où, viennent polluer l’islam millénaire de tolérance de notre pays. Et par son instrumentalisation, cette religion de paix et concorde s’est retrouvée dans des mains sales : des renseignements, de mafieux et des corrompus et même de brigands.

C’est également dans ce cadre de non Etat qu’ un boulevard est ouvert aux courants chauvins et racistes qui, ailleurs, ont déjà pu mettre par terre des états plus puissants que le nôtre : la Libye, la Syrie, le Yémen, Iraq.. et - ont pu, dans notre pays, infiltrer graduellement tous les rouages de l’Etat- , et commettent leurs forfaitures, sapent l’unité nationale sans gêne ni crainte.

Les différents ou contractions inter-ethniques et inter-communautés se sont retrouvés exacerber par des mesures injustes, discriminatoires, chauvines et racistes. Au niveau de l’état-civil, par la quasi-exclusion dans de secteurs importants de l’Etat de cadres de la composante négro-africaine et sa quasi-exclusion dans le secteur des affaires. Le tribalisme bat son plein : des postes ou des secteurs attribués ou réservés à une à une tribu, à une sous tribu ,(en fonction de son lien ou allégeance avec le pouvoir). L’état-civil est devenu un cauchemar pour les populations.

La lutte contre le fléau de l’esclavage n’est qu’un slogan creux destiné à la consommation extérieur. Ainsi toutes les conditions sont donc réunies pour une explosion sociale.

2)Un des facteurs est aussi la Gabegie :

Après son coup d’Etat contre un Président démocratiquement élu, Sidi Ould Cheikh Abdallah, le général Mohamed Ould Abdel Aziz a promis de lutter conte la gabegie, - apparemment le langage était codé- non seulement ce fléau persiste plus que jamais et l’ampleur est-elle aujourd’hui , tous les secteurs de l’Etat sont submergés par le phénomène. Les mesures prises au début son mandat contre certaines personnes qui étaient qualifiés de prédateurs , ce sont avérées être dilatoires. Toutes les personnes, ayant eu la main leste devant l’argent public et qui ont été emprisonnées ou ont été relevées de leurs fonctions, ont toutes été réhabilitées, blanchies et renommées à de hautes fonctions.

Toujours parmi les ravages de la gabegie sous le règne de Ould Abdel Aziz on peut citer ces quelques exemples entre autres cités par- M.. Mohamed Lemine Ould Deidah - dans son article sur Cridem en date 02/01 / 2017 :

« - Les revenus exceptionnels tirés des années fastes et le lourd endettement contracté pendant ce règne désastreux ont été dilapidés et "investis" dans des projets lancés à la hussarde, non prioritaires et non rentables dont on peut citer à titre d’exemples :

- le nouvel aéroport de Nouakchott conçu pour une capacité 2 millions de passagers par an, taux qu’il n’atteindra que dans plusieurs décennies, et dont la gestion et la maintenance coûteront au pays plusieurs dizaines de millions de dollars. Rappelons que la SNIM a dû débourser pour ce projet 50 millions de dollars additionnels hors du fameux marché ;

- la compagnie aérienne Mauritania Airlines, inéluctablement vouée à la faillite, et qui n’a jamais publié d’états financiers depuis sa création pour cacher l’hémorragie financière, principalement en devises, qu’elle fait subir au pays ;

- la création d’une "cité moderne" sortie du néant au lieu-dit Chami, et pour laquelle les habitants sont "importés" à la faveur de manifestations politiques, alors que la Capitale du pays se noie sous les eaux dès les premières pluies et que ses rues sont perpétuellement encombrées par les ordures ;

- la société des transports publics (STP), maintenant à l’agonie malgré les importantes subventions budgétaires qui lui sont régulièrement injectées et qui vient de compresser plusieurs dizaines d’employés ;

- la société de fabrication de poteaux électriques en béton qui n’ouvre ses portes que le temps de la visite du chef de l’Etat

- le projet mort-né de l’usine de lait de Nema, et l’on n’est pas près d’entendre parler de l’usine de décorticage du riz qui devait compléter ce "complexe industriel intégré" ;

- le projet Sucre, resté en l’état de Projet depuis plusieurs années et dont l’objectif a apparemment été ramené à celui d’offrir aux présidents du parti au pouvoir (l’UPR ) un salaire et des conditions matérielles confortables ;

- le canal de Keur Macene réalisé dans une zone à forte salinité donc inadaptée pour l’agriculture. Ce projet a été réalisé par une entreprise étrangère ayant des partenaires locaux influents à un coût à l’hectare prohibitif comparé au coût de l’hectare pour des projets similaires. Ce projet a eu le privilège de bénéficier de plusieurs visites du Président en l’espace d’une année !

- le projet de routes conduisant à Benichab en provenance des 2 directions est et ouest, au moment où la route Nouakchott-Rosso est en train disparaître, en raison de la négligence du Gouvernement, alors qu’elle constitue un axe vital pour les échanges avec les pays au Sud du Sahara, et relie la Capitale à une des plus importantes wilayas du pays, permettant ainsi de faciliter l’approvisionnement en intrants et la commercialisation des produits d’une importante région agricole… »

3)La Corruption, partout :

« - On ne peut que douter de la transparence des opérations de vente du patrimoine immobilier de l’Etat. Comment en effet peut-on nous expliquer que tous les adjudicataires - tous connus- soient des personnes proches du pouvoir ? Qui peut croire le Ministre des Finances quand il dit que les adjudicataires des lots de l’Ecole de Police se comptent par dizaines alors que les constructions des différents lots sont moulées dans le même plan, que l’architecte et contrôleur des travaux est le même (une personne connue), que le ‘’tâcheron’’ (connu lui aussi) est le même ?

Par ailleurs, l’opération étant de cette ampleur, le régime aurait dû, s’il avait le souci de transparence, soumettre au Parlement un programme global, aux contours et aux objectifs bien définis, des ventes des éléments du patrimoine de l’Etat, avec les conditions et critères d’une procédure garantissant la transparence des cessions. D’ailleurs, je ne peux penser que le Gouvernement attende des revenus financiers significatifs des ventes de terrains et d’édifices publics, mais je crois plutôt qu’il s’agit simplement d’un jeu de Monopoly, grandeur nature, où le gagnant est celui qui arrive à occuper les lots stratégiques de la ville.

Cette nouvelle classe de privilégiés a été créée au travers de mécanismes maintenant connus : les marchés sont passés de gré à gré avec des organismes publics (ATTM, ENER, Génie militaire, SNAT…) »

Marega Baba -France-