IN MEMORIAM : Ely Ould Mohamed Vall : On appréciait son aplomb et sa finesse

, par  masterEveil , popularité : 16%

Le 05 mai 2017, demeurera une journée pénible pour l’ensemble du peuple mauritanien. Ce jour là, disparaissait aux environs de Zouerate, le Président Ely ould Mohamed Vall, ancien Président du Comité militaire pour la Justice et la démocratie (CMJD). Fait remarquable en Afrique : ce militaire remettait le pouvoir à un Président civil après avoir organisé des élections démocratiques et transparentes. Cette posture forçait l’admiration à travers l’Afrique, le Moyen orient et dans le monde. La communauté internationale saluait ce geste inédit qui faisait la fierté de tous les mauritaniens, en somme de tous les démocrates épris de paix et de liberté. Durant cette période, l’ancien Président de l’Afrique du Sud, farouche opposant aux coups d’Etats militaires, que j’avais rencontré en marge d’une réunion du TAEF, était pessimiste pour la Mauritanie, car les militaires africains sont « ceux qui tiennent le moins « la parole d’officier ». Il indiquait : « dites à vos dirigeants kaki, s’ils respectaient leurs engagements, ils reviendraient plus rapidement en empruntant la voie démocratique ». A la fin de la transition, par un heureux hasard, j’étais à Cape Town, toujours pour une conférence de TAEF, ouverte par le Président Tabo Mbeki. Devant plus de 2OO éditeurs venus de tout le continent, il citera et parlera du modèle mauritanien qui honore l’Afrique, ajoutant avec humour que le colonel mauritanien devrait faire un tour en Afrique pour « contaminer » « ceux qui s’accrochent au pouvoir après de vaines promesses de retour à la démocratie ».

L’aplomb et la finesse

Oui, le Président Ely Ould Mohamed VALL avait l’aplomb d’un intrépide et élégant officier militaire, mais il possédait également la finesse de l’intellectuel, ouvert au monde qui avait toujours un livre à la main.
Au lendemain du pronunciamiento et sa prise du pouvoir, un ministre africain était surpris de rencontrer un homme cultivé et raffiné alors qu’il s’attendait « à la rigueur d’un militaire ». « Il me posait des questions qui agitent le monde après avoir expliqué de long en large, les mobiles qui ont conduit les militaires à perpétrer ce coup de force. « Franchement, j’étais fasciné par ce militaire, je suis reparti dans mon pays confiant pour la Mauritanie » souligne notre interlocuteur.

Il n’est nullement besoin de rappeler les actions entreprises par le CMJD qui sont pour l’essentiel positives et remarquables pour notre pays .Cependant une question restait incomprise, celle relative au passif humanitaire. Il expliquait patiemment avec une profonde conviction que seul un gouvernement civil démocratiquement élu pouvait résoudre cette question réelle et fondamentale pour notre pays .Mieux, il était convaincu « qu’un pouvoir démocratiquement élu ne pouvait et ne pourrait tenir si justement cette problématique n’était pas résolue ». Une partie notable de notre population impatiente, à juste raison, ne saisissait pas cette position du CMJD.

Kane Ousmane, et feu BA Ibrahima Demba

Pourtant cet homme exceptionnel croyait profondément à l’unité et à la cohésion de notre peuple. Il s’opposait fermement au sectarisme et à l’intolérance.
Quand il parlait des modèles de cadres honnêtes, compétents et travailleurs, il citait fréquemment Kane Ousmane ex Gouverneur de la Banque Centrale de Mauritanie, ancien ministre, et feu Ba Ibrahima Demba, ancien ministre de l’Equipement et des Transports.
C’est également durant la Transition que la presse mauritanienne prendra son envol, avec la suppression du fameux article 11, la mise en place de la HAPA, les premières décisions de libéralisation de l’espace audiovisuel.

Alternance et renforcement de la démocratie

Au plan politique, d’importantes mesures furent prises, avec la création d’une CENI consensuelle, l’instance du Chef de L’opposition etc. Loin nous, de faire un bilan exhaustif durant cette période charnière de notre pays qui a connu une transformation profonde ; contrairement à la situation de crise multiforme que nous vivons actuellement caractérisée par le recul des libertés, le sectarisme, la paupérisation de notre population. Au cours d’une visite, un interlocuteur l’interpelle pourquoi une instance de l’opposition ? « Vous savez dans nos pays, on diabolise l’opposition mais si l’on voit un opposant reçu et consulté chaque trois mois par le Président de la République, suggérant publiquement des opinions et avis sur toutes les questions essentielles, ça va créer les conditions de l’alternance. Ainsi, on comprendra que l’opposition est partie intégrante du jeu politique, il faut compter avec elle ». « C’est également pour renforcer la démocratie et l’alternance que nous avons verrouillé les articles relatifs à la limitation des mandats. ».
Ely était d’un commerce agréable, d’une solide culture, pédagogue, humble, bref un homme d’état charismatique, connu dans le monde. Des milliers de personnes reflétant toutes les composantes de notre peuple ont tenu à l’accompagner dans sa dernière demeure .Une foule immense a envahi sa maison pour démontrer son attachement à cette personnalité hors pair, à ce combattant de la démocratie, à ce défenseur de notre drapeau qui constitue un patrimoine pour tous les mauritaniens.

Alfred de Vigny écrivait : « Que la mort est le commencement de l’immortalité. »
Le Président Ely ould mohamed Vall demeurera une référence pour notre jeunesse et pour tous ceux qui aspirent à la liberté à la démocratie et la justice.

En ces circonstances difficiles, nous présentons nos sincères condoléances à toute la famille Ehel Eleya, à son épouse éplorée, à ses enfants, à ses parents et amis à travers le monde, ainsi qu’à toute la Mauritanie

QU’ALLAH LE TOUT PUISSANT L’ACCUEILLE DANS SON PARADIS. AMINE
INALILAHI WAINA ELEYHI RAJIOUNE
AOB EVEIL HEBDO

(TAEF) : Forum des Editeurs de L’Afrique ,dont le siège se trouve à Cape Town, en Afrique du sud)