In memoriam Moussa Diagana

, par  masterEveil , popularité : 21%

« A ALLAH, nous appartenons à Lui, nous ferons retour »

Moussa Diagana, une grande figure de la littérature mauritanienne, s’en est allé. Incontestablement, l’un des meilleurs dramaturges africains de tous les temps. En perdant cet homme, la nuit du 15 au 16 Janvier, à la suite d’une courte maladie, la Mauritanie venait de perdre un illustre fils, un intellectuel hors pair, un auteur inspiré et reconnu par les spécialistes, un sociologue de développement infatigable.

Moussa Diagana était un Mauritanien au sens plein, c’est-à-dire, un homme multiculturel et multiethnique. Il enjambait les différences partisanes, il transcendait les particularismes pour baigner dans l’universalité.

Courtois et affable, il est originaire de Kaédi, et né à M’Bout (Gorgol) en 1946, où son père officiait comme administrateur. Issu d’une famille de lettrés, il a d’abord été instituteur. Puis il reprend des études de sociologie à l’université de Tunis dans les années 1970 et à la Sorbonne, à Paris, où il obtient un Doctorat de 3ème cycle en sociologie du développement. Expert en développement économique et social, il travaille depuis 1982 dans des projets de développement et de lutte contre la pauvreté. De la Mauritanie à la République démocratique du Congo en passant par le Mali et le Niger, il a fait des questions de développement à la base, son cheval de bataille dans les pays en situation de post-conflits.

Moussa Diagana était membre de plusieurs associations littéraires, il était aussi Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française. Il fut en outre lauréat du Concours théâtral interafricain organisé par Radio France Internationale (RFI) avec la pièce La Légende du Wagadu vue par Sia Yatabéré en 1988, créée sur scène en 1991 et publiée en 1994. Cette même année, Patrick le Mauff la recréait dans le cadre du Festival International des Francophonies du Limousin. La pièce a été portée à l’écran sous le titre de Sia ou le rêve du python par le cinéaste Burkinabé Dany Kouyaté et présentée au Fespaco en 2001. En dehors de sa richesse et de son organisation politique et militaire, la spécificité de l’empire du Wagadu ou Ghana est d’être la fierté des Soninké, car le mythe qui le fonde semble être le seul que la communauté ait connu. Un mythe basé sur "un pacte de sang" entre un Serpent-dieu qui donne nourriture et or et qui doit recevoir en contrepartie, chaque année la plus belle fille vierge de l’empire comme offrande. Le pacte sera aboli le jour où Sia, fiancée de Mamadi soldat hors du commun, devait être sacrifiée. Le guerrier se sentant trahi, tua la bête aux sept têtes, mais avant que la dernière ne soit tranchée, l’animal proféra cette terrible malédiction :

« Pendant sept ans… sept mois et sept jours, pas une goutte d’eau ne tombera sur le Wagadu et votre or sera poussière de sable. » (La Légende p. 56)

Pendant toute cette période, les populations du Wagadu furent prises en charge par la mère de Mamadi jusqu’au jour fatidique, date de la dislocation de l’empire et de la dispersion des Soninké à travers le monde. C’est ce mythe que Moussa Diagana a osé battre en brèche, car il ne fait pas de l’homme un responsable de ses actes, mais au contraire, il le maintient dans une nostalgie et un passéisme outrancier et entrave toute tentative de progrès.

Il était également l’auteur de Targuiya, ou il était une fois l’amour au temps de la guerre : théâtre, Ed. Lansman, 2001, La pièce présentée en lecture publique sous la direction de Jacques Jalbert à Bamako dans le cadre du Festival du Théâtre des Réalités en 2000 avec une équipe composée majoritairement d’artistes maliens. La pièce a été présentée aussi à Ottawa, dans le cadre du Festival du Théâtre des Régions en 2001 avec une équipe composée d’artiste majoritairement du Québec.

Targuiya , c’est d’abord un hymne à la paix. C’est aussi l’histoire d’une jeune fille touarègue de 17 ans aux prises avec les tourments de la guerre et de l’amour. Une fois l’orage passé, elle met au monde un enfant de père inconnu, un enfant de l’amour au temps de la guerre. Chassée par les siens, sans souvenir précis, elle erre dans le désert en compagnie de la mystérieuse Houriya...

Ces deux femmes sont les principales protagonistes de la pièce. Figures dominantes, troublantes, elles-mêmes allégories du destin affolant de l’Afrique noire. L’authentique grandeur de ces personnages se dévoile là où s’exacerbent en tension dramatique, la réalité, les méandres de l’inconscient et la vie rêvée.

Il a écrit aussi Un Quart d’heure avant..., théâtre, paru dans 5 petites pièces africaines pour une Comédie, Editions Lansman, n° 499, 2005. Et il préparait En attendant Lumumba.

Mbouh Seta DIAGANA