Insécurité à Nouakchott : Peur sur la ville !

, par  masterEveil , popularité : 16%

Il y encore quelques années, en tout cas jusqu’à la fin des années 80, l’agression d’une personne, allant jusqu’à son meurtre – quelles qu’en étaient les raisons – suscitait un émoi général dans la capitale et constituait pendant des jours, voire des semaines, le seul sujet de discussions dans les marchés, dans les salons ou encore dans les transports en commun.

C’est dire que de tels actes étaient rares et constituaient aux yeux des populations, pour la plupart fraichement débarquées de la campagne, le summum de l’inacceptable dans une société musulmane, surtout traditionnelle ! C’est d’ailleurs là où le bas blesse : On est passé très – trop - rapidement de la vie bédouine à la vie citadine, avec tout ce que cela a comme effets sur la société qui se disloque et perd ses repères.

Aujourd’hui, il ne se passe plus un jour sans que l’on signale qu’un individu, ou groupe de criminels armés jusqu’aux dents, a agressé telle personne ou telle autre. Devant la multiplication des cas d’agressions et de vols, certaines populations – sauf cas de force majeure - préfèrent tout simplement rester la nuit claustrées dans leurs maisons de peur de tomber dans les filets des bandes organisées armées de coupecoupes, de poignards et parfois même d’armes à feu.

Sentiment d’impunité et …. d’impuissance

Dans les quartiers périphériques de la capitale, comme Sebkha, El Mina, Mellah, Marbat, Dar El Beidha…. ces voyous sans scrupules, ni foi sèment, le plus souvent, la terreur dans certains endroits qu’ils assiègent littéralement de nuit. Des zones de « non-droit » que les populations évitent comme de la peste et qui deviennent par la force des choses, la chasse gardée des "Djenks" qui y sévissent en toute impunité – ou presque.

Dans certains marchés, comme le « Marché 5ème », c’est au vu et au su de tout le monde que les petits voyous dérobent les sacs des femmes sans que personne n’ose crier gare par peur d’éventuelles représailles. En effet, à force de voir les délinquants ressortir libre des commissariats ou des prisons, quelques jours après avoir été arrêtés, les populations croient – à tort ou à raison – qu’il y aurait une sorte de complicité tacite entre la Police et le voleurs.

C’est que malgré la multiplication des Commissariats de Police, et les nombreuses rafles organisées par les forces de l’ordre, ces délinquants et dangereux criminels - des récidivistes pour la plupart - continuent d’exercer leurs activités au grand désarroi des populations.

« C’est quand-même incompréhensible qu’un individu qui vient de commettre un délit ou un crime au vu et au su de tout le monde et qui est arrêté par la police, se pavane le lendemain ou le surlendemain dans le quartier comme pour narguer ses victimes », se plaint un habitant du quartier « Marbat ». Il est vrai que les voies de la justice sont parfois impénétrables. Les délinquants sont des justiciables comme les autres et comme tels, ils ont – malheureusement ? – des droits : Liberté provisoire – liberté conditionnelle- vices de procédures… autant de subtilités que les populations ne comprennent pas et qui voient tout simplement « un délinquant qui a été libéré après avoir commis un forfait ».

Il faut noter cependant que les forces de sécurité considèrent qu’elles sont soumises à de fortes pressions, souvent contradictoires. « Si les actes de délinquance se multiplient on nous reproche notre absence et notre inaction et si on décide de sévir, on crie à la violation des droits des citoyens, qui ont la liberté de circuler ! Il faudrait savoir ce qu’on veut », déclare un responsable de la Police. Sauf que les rafles et les « contrôles » sont effectués à des moments qui ne correspondent pas aux « heures de crime ».

Ce n’est pas entre 20 heures et 23 heures que les vrais bandits sortent, c’est plutôt entre 3 heures et 4 heures 30 qu’ils commencent à se déployer ; et à ce moment là, on peut faire le tour de la ville sans rencontrer aucune voiture de la Police ni de la Garde, encore moins de la Gendarmerie.

L’oisiveté est la mère de tous les vices

La majeure partie des petits délinquants qui sévissent dans les quartiers populaires sont issus généralement de familles pauvres chassées de l’intérieur du pays par la précarité. Une fois à Nouakchott, le problème est loin d’être résolu. Ainsi, il est des familles, dans les recoins reculés de la ville, qui sautent des jours sans repas et des nuits sans dîners. Elles vivent dans la pauvreté et la misère, sous le rouleau compresseur de la précarité et de l’insécurité.

Elles habitent dans cette bande de fragilité sociale qui ceinture le cœur chic de la cité, comme une ombre noire prête à fondre sur sa proie. Le jour, seuls les femmes et les enfants en bas âge assurent la garde des concessions où trônent des baraques carabinées qui couinent au moindre souffle du vent du nord. Alors que les dames rafistolent les interstices par lesquels pénètre le froid hivernal ou la chaleur estivale, en fonction des saisons, les bambins s’abîment dans leurs jeux préférés. Sans éducation, sans avenir ni aucune perspective, beaucoup de jeunes de ces quartiers délaissés ont versé dans les gangs nourris sur le terreau de la misère.

La nuit, ils apportent leur propre touche à ce tableau macabre où l’existence est déjà un calvaire. Ils ratissent les rues sinueuses et sombres, enjambent les faibles clôtures ou défoncent les fragiles portes en bois et sèment la peur et la désolation. Depuis quelques mois, pas une nuit ne passe sans ses lots de viols, de crimes, de cambriolages, d’agressions à mains armées, de vols… La police fait ce qu’elle peut, les attrape et les défère. La justice les emprisonne et les avocats les libèrent sous caution. Ils ressortent, plus ragaillardis, plus osés, car ils ont goûté à la prison.

Ils l’ont découvert et n’ont rien trouvé de terrifiant. Ils sortent plus poussés que jamais à relever d’autres challenges, à commettre d’autres viols, d’autres cambriolages, d’autres agressions... C’est la quadrature du cercle.

Sikhousso