Kabiné Komara Haut Commissaire de l’OMVS : « Nos pays disposent de sources de productions d’énergies renouvelables »

, par  masterEveil , popularité : 10%

Le Haut Commissaire de l’OMVS Kabiné Komara table sur un suivi pointu du Plan Directeur de Transport de l’Energie pour la période 2015-2030 pour régler la question énergétique au Mali, en Guinée, au Sénégal et en Mauritanie.

Avec un taux d’accès des populations à l’électricité dans les pays membres de l’OMVS qui ne dépasse pas les 30,09 % (63,4 % en milieu urbain et seulement 13,4 % en milieu rural), l’OMVS veut renforcer ses barrages pour améliorer l’accès.

Kabiné Komara est convaincu que c’est de l’énergie propre et bon marché qui sera disponible. L’OMVS cherche plus de 2000 milliards de FCFA pour la réalisation de ses projets et programmes hydroélectriques.

La Gazette : L’OMVS a prévu des investissements importants dans le cadre de son Plan directeur de Développement du Réseau de transport d’énergie pour satisfaire les demandes des Etats en matière d’énergique, où en êtes vous ?

Haut Commissaire OMVS : Pour ce qui concerne l’évacuation des productibles, sur une longueur globale de 4 427 km de réseaux Haute Tension (HT) que compte les pays membres de l’OMVS actuellement, seuls les 1 656 km du réseau HT de Manantali assurent l’interconnexion du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal permettant ainsi des échanges d’énergie transfrontaliers.

La réalisation des ouvrages de production de l’électricité en cours et prévus à court et moyen terme (Gouina, Koukoutamba, Gourbassi, Bouréya, Balassa) font que le réseau de transport de l’énergie nécessite une extension permettant d’évacuer l’énergie vers les différents pays membres mais aussi assurer la connexion avec les autres ensembles sous régionaux (OMVG, WAPP…) dans l’objectif d’occuper la place qu’il faut au niveau du marché énergétique ; ce qui constitue une stratégie de l’OMVS.

Ainsi, depuis Novembre 2015, l’OMVS s’est dotée d’un Plan Directeur de Transport de l’Energie pour la période 2015-2030.

Ce plan Directeur prévoit les connexions en HT selon plusieurs phases en fonction de la réalisation des ouvrages.

Un total de 11 148 Km de lignes HT dont 3000 km de l’OMVS est prévu avec un coût estimé à 4 286 Millions de $.

Le financement de la première phase de ce Plan Directeur est avancé dans le cadre du Projet Manantalli II (969 Km) et la seconde phase sera financée avec le Complexe Hydro-électrique de Koukoutamba (750 Km) dont l’appel d’offre est en cours. La troisième phase sera réalisée avec les projets Gourbassi, Bouréya, Badoumbé (310 Km).

Dans l’ensemble des pays de l’OMVS, il y a un gap énergétique avec les conséquences que l’on connaît. Les populations veulent être satisfaites, l’OMVS peut-elle répondre aux différentes demandes ?

Depuis sa création en mars 1972, l’OMVS a mis en place un programme d’infrastructures régionales devant permettre de régulariser les débits du fleuve Sénégal et produire de l’énergie bon marché grâce à la construction de barrages hydroélectriques.

Dans ce cadre, deux ouvrages hydroélectriques ont été construits et produisent de l’électricité : il s’agit de la centrale de Manantali sur le Bafing qui a été mise en service en 2002, avec une puissance de 200 MW pour un productible moyen de 800 GWh/an, la centrale de Félou qui a été mise en service en 2013, avec une puissance de 60 MW pour un productible moyen de 350 GWh/an.

L’énergie produite par les deux ouvrages est acheminée par le Réseau de transport Interconnecté de Manantali (RIMA) et livrée aux Sociétés nationales d’électricité du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal.

Malgré ces réalisations, le taux d’accès des populations à l’électricité dans les pays membres de l’OMVS est resté faible et ne dépasse guère 30,09 % (63,4 % en milieu urbain et seulement 13,4 % en milieu rural).

Les besoins en puissances sont sans cesse croissants. La demande en puissance de pointe fait apparaitre au niveau de l’OMVS une puissance globale de 1.238 MW en 2014. Ces besoins sont estimés à 4.849 MW en 2030, soit un taux d’accroissement moyen annuel de 6,7%.

Le potentiel énergétique est estimé à plus de 8 630 MW est réparti entre l’hydraulique 84,33% le gaz naturel 8,39%. Nos pays disposent de sources de productions d’énergies renouvelables inestimables (énergie solaire, éolienne et biocarburant). Cette exploitation s’accompagnera de la réalisation de réseau de transport haute tension, de dispatchings modernes et d’un système de télécommunications centré autour de la fibre optique des câbles de garde ;

L’OMVS est engagée à accompagner les Etats membres dans leur politique énergétique à travers une Politique Energétique Commune, cadre supranational de régulation et de planification du secteur énergétique des quatre pays membres. Cette politique devrait permettre de faire face au déficit grâce à l’augmentation et l’amélioration de la production et de la fourniture d’énergie. Le défi à relever est de renverser la demande énergétique en faveur des ressources internes les moins chères.

Le château d’eau guinéen suscite l’attention des experts car il est considéré comme le point d’attractivité pour résoudre les questions énergétiques, suffit-il pour régler les attentes ?

Le bassin du fleuve regorge, dans sa partie supérieure, de nombreux sites favorables à l’installation de centrales hydroélectriques. Ce potentiel est exploité à travers les organismes de bassins dont la Guinée est membre et qui sont : l’OMVS, L’OMVG, l’ABN ainsi que les projets propres à l’Etat Guinéen.

Parmi les sites déjà identifiés et qui constituent un intérêt pour l’OMVS, nous pouvons citer : le Projet Koukoutamba avec une puissance de l’ordre de 300 MW et dont l’appel d’Offre pour la réalisation est en cours, le Projet Bouréya avec une puissance estimée à 140 MW et dont les études de faisabilité sont disponibles, le Projet Balassa avec une puissance estimée à 181 MW et dont les études sont en cours. Il y a aussi les microcentrales : une vingtaine de sites sont déjà identifiés et présentent des potentialités évidentes. Les études de faisabilités sont en cours.

Ce potentiel ajouté aux autres projets en cours permettra sans doute de résoudre le problème en offrant une énergie propre et bon marché pour les pays membre de l’OMVS.

Le pétrole et le gaz découverts aux frontières du Sénégal et de la Mauritanie est il déjà pris en compte dans les prévisions de l’ OMVS ?

L’OMVS est heureuse de la découverte du gaz au niveau de la frontière commune entre la Mauritanie et le Senegal. Ce potentiel énergétique important vient à point nommé aux moments où les pays de notre sous région sont engagés dans des programmes de développement ambitieux nécessitant des sources d’énergies importantes à des coûts relativement bas. Ceci complétera les potentialités au niveau de l’ OMVS et rendra disponible ainsi un mixte énergétique au bénéfice des États membres. Notons que le surplus pourra être orienté vers les autres pays membres et même aux pays de la sous région ouest africaine à travers l’interconnexion avec le WAPP.

Concernant les aspects environnementaux, les études relatives à l’exploitation du gisement feront ressortir les impacts négatifs et les mesures à prendre pour l’atténuation. L’OMVS suivra de près tous ces aspects en relation avec les États concernés.

Pape Amadou Fall
La Gazette