L’Etat légalise l’expropriation par un arrêté fantôche

, par  masterEveil , popularité : 28%

C’est parti d’un arrêté 04/2017 du 18 Mai 2017 du gouverneur du Brakna (appelle Wali) un certain Abderrahmane Ould Mahfoudh Ould Khatri qui fixe les modalités d’attribution des 2210 ha du casier pilote de Boghe.

Aussitôt annoncé, cet arrêté inspiré de la politique discriminatoire d’en haut, suscitera l’ire des propriétaires de cette région historique appelée les Halaybes.

C’est ainsi le 28 Mai les chefs de villages se réunissent d’urgence chez le doyen Thierno Saada LAM de Toulde et décident de rencontrer le préfet de Boghe (Hakem) pour lui signifier leur opposition à l’arrêté qui donne une espèce de base juridique au vol des terres bogheennes au profit de la minorité bidhane faisant fi de la tenure traditionnelle.

L’arrêté en question stipule, a son article 2, qu’une commission chargée de l’élaboration des listes des bénéficiaires est créée. Cette commission est composée comme suit :

PRESIDENT : Le Hakem de Boghe

MEMBRES : Le maire de la commune de Boghe

Le Délégué régional de l’agriculture

Le directeur régional de la SONADER au Brakna

Le chef du Bureau des affaires foncières au Brakna

Le Percepteur communal au niveau de Boghe

Nonobstant l’existence d’une commission de pilotage dont les membres sont tous originaires de la contrée, le wali, par l’arrêté susmentionné, lance un défi flagrant aux propriétaires qui ont été répertoriés par ladite commission créée il y’a plus de 2 ans.

Formée de notables et de techniciens originaires du département, cette commission majoritairement composée de cadres de l’UPR a été snobée par le wali et partant par l’état qui lui a préféré la commission que stipule l’article 2 de l’arrêté du gouverneur.

Le vendredi 4 Juin 2017 pendant que l’entrevue entre les 3 commissions (Commission de Pilotage, Commission des chefs de village et la commission du Wali) et le préfet se déroulaient, les populations sont sorties en masse pour exprimer leur opposition au vol de leurs terres soutenues par les plus hautes autorités du pays.

En cette circonstance, nous pensons qu’il est urgent que les bogheens parlent d’une seule voix pour s’opposer jusqu’à la dernière énergie contre cet arrêté fantoche dont la conséquence directe et flagrante est la légalisation de l’expropriation au profit de la minorité arabe.

Bogheens, nous devons exprimer sans nous voiler la face, nos vives félicitations aux propriétaires terriens et les encourager à maintenir le NON CATEGORIQUE et la pression contre cette tentative de vol et d’agression qui est, en porte-à faux, avec la coutume qui au cœur de l’histoire agraire du Fouta dans son ensemble. Tous les bogheens devraient se joindre à l’élan du refus catégorique et envisager d’autres moyens juridiques nationaux et internationaux pour stopper la volonté de la minorité arabe, via le pouvoir mauritanien, à faire main basse sur les terres du Walo et Diery.

De surcroit, après avoir bâti une technostructure étatique majoritairement arabe, il ne reste au pouvoir qu’à asseoir des bases juridiques pour l’expropriation des paysans noirs de leurs terres. Cette folie a été enclenchée en Juin 1983 avec l’ordonnance 83 127 portant REORGANISATION FONCIERE ET DOMANIALE. Cette situation hideuse est facilitée par une classe politique noire arrimée au système de domination arabe. Cette classe politique noire sans âme, embourgeoisée, inconditionnelle au maitre des lieux contribuent naturellement au maintien des souffrances des paysans noirs.

Inconsolables, médusées, les populations noires le sont depuis plus de deux décennies à cause d’autres violations innommables matérialisées par les nombreuses fosses communes dont celles de Azlat, Sorimale, Ould Yenge, Bakaw, Thienel Halaybes sans compter ceux et celles assassinés et enfouis à Inal, Bir, NDB ou Jreida……..

Fort de cette situation provoquée par le régime en place, les bogheens doivent :

■ Exprimer leur soutien inconditionnel aux populations du Fouta en général et bogheenne en particulier victimes innocentes de l’arbitraire, de la dictature et de l’esclavage foncier ;

■ Encourager les propriétaires à poursuivre le combat du NON CATEGORIQUE face au régime qui s’apprête à légaliser le vol des terres du Walo et du Diery ;

■ Exiger le respect de la tenure traditionnelle des terres aussi bien dans le Fouta, le Guidimakha/Gajaga et le Walo ;

■ Exiger l’annulation de l’arrêté fantoche et provocateur du Wali du Brakna ;

■ Apporter leur solidarité et leur profonde indignation face aux dérives constatées et aux agressions dont ont fait l’objet l’ensemble des paysans de la vallée ;

■ Saisir toutes les organisations de droits humains, les partis politiques pour qu’ils se mobilisent afin d’amener les autorités mauritaniennes à annuler ces mesures provocatrices sources de tensions entre les populations au niveau local et national ;

■ Saisir la communauté nationale et internationale pour que le gouvernement mauritanien révise l’ordonnance 83 127 portant réorganisation foncière et domaniale dont l’objectif ultime n’est qu’une légalisation de l’expropriation des terres aux paysans noirs du Walo, du Fouta Toro et du Guidimagha/Gajaga.

Fait à New-York le 4 Juin 2017

Adama NGAIDE

Maitrise en SN (ISS)

DESS En Gestion de l’Environnement (Universite Senghor, Egypt)

MBA. NY. USA