« L’eau, source de conflits, est cruciale pour la paix ! »

, par  masterEveil , popularité : 10%

Genève internationale Quinze pays lancent une initiative jeudi à Genève. Pénuries et eaux insalubres se multiplient. L’enjeu est vital.Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Sans eau, il n’y a pas de vie. C’est aussi simple que cela. Or, sécheresses et pénuries se multiplient autour du globe, tandis que la qualité de l’eau trop souvent se détériore, faisant obstacle au développement et débouchant régulièrement sur des tensions entre populations qui dégénèrent en conflits armés, constate Danilo Türk. L’ancien président slovène, qui fut candidat au poste de secrétaire général de l’ONU, sera ce jeudi à Genève, entre 17 h et 19 h à la Maison de la paix, pour procéder à la cérémonie publique de lancement du rapport du Panel mondial de haut niveau pour l’eau et la paix. Sous cet intitulé barbare se dissimule l’initiative de quinze pays, dont la Suisse, pour faire de cet enjeu vital une priorité mondiale.

Vous présidez une réunion mondiale sur l’eau et la paix. De son côté, le World Economic Forum affirme que les crises de l’eau sont désormais le risque numéro un. Sommes-nous donc entrés dans l’ère des « guerres de l’eau » ?

Ce n’est évidemment jamais dit dans ces termes. La maîtrise de l’eau est rarement la cause « visible » des guerres, mais c’est souvent un enjeu crucial. Regardez les conflits au Darfour, en Somalie… ou encore en Syrie. Ce dernier pays est un cas très parlant. Il y a d’abord eu une période de sécheresse, qui a poussé les populations à se déplacer vers les zones côtières, provoquant des tensions puis des conflits ouverts. La pénurie d’eau a ainsi contribué à créer les conditions pour qu’éclate une guerre. Ensuite, c’est devenu une arme stratégique. On a pu voir, lors des combats dans la région de Damas, comment les camps adverses ont tenté de priver d’eau les zones contrôlées par l’ennemi. De même, le barrage de Tabqa, un temps contrôlé par le groupe Etat islamique, a été repris aux djihadistes. Mais les tensions ne s’arrêtent pas là, puisqu’il a été conquis par les combattants kurdes et non pas par l’armée syrienne…

L’eau n’a-t-elle pas toujours été un enjeu stratégique au cœur des batailles ?

Sans doute. Mais le droit international humanitaire, qui interdit de s’attaquer à l’eau, est de plus en plus souvent bafoué. Cela s’inscrit d’ailleurs dans la même tendance que les attaques accrues sur les écoles, les hôpitaux, les infrastructures civiles en général. Le Comité international de la Croix-Rouge s’en inquiète régulièrement. Nous appelons le Conseil de sécurité de l’ONU à s’engager davantage pour faire respecter le droit et protéger l’eau.

Vous dites que les pénuries d’eau sont source de conflits. Sont-elles en augmentation ?

Absolument. Non seulement les pénuries sont un phénomène en croissance au plan mondial, mais il y a aussi le problème de la qualité de l’eau, qui peut être impropre à la consommation mais également à l’agriculture. Sans compter les inondations, qui noient les terres et augmentent les risques d’épidémies. Tout cela est encore aggravé par le réchauffement climatique (ndlr : qui accentue et multiplie sécheresses et catastrophes naturelles). Nous devons impérativement améliorer la surveillance et l’étude de ces évolutions qui affectent tant le développement que la stabilité.

Les quinze pays à l’origine de l’initiative de jeudi vont lancer des recommandations à la communauté internationale. Est-ce à dire que l’ONU n’a pas fait son travail ?

Nous ne sommes pas là pour critiquer l’ONU mais pour dire qu’il est urgent de faire bien davantage et beaucoup mieux. La coopération en la matière est encore très fragmentée, cela manque de coordination. C’est pourquoi nous réclamons la tenue, dans les deux ans, d’une grande conférence internationale sur l’eau. Parallèlement, beaucoup peut être déjà fait directement à l’échelle régionale. Prenez les eaux du Mékong, cruciales pour 60 millions d’agriculteurs en Chine, au Laos, en Thaïlande, au Cambodge, en Birmanie et au Vietnam. Une gestion coordonnée serait profitable à tous. Et source de stabilité. Ainsi, par exemple, depuis 1972 l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) a permis à la Guinée, au Mali, à la Mauritanie et au Sénégal de maintenir un niveau de dialogue, même durant les périodes les plus tendues entre certains de ces pays. Plus récemment, en Europe, l’accord-cadre sur la gestion de la rivière Sava fut l’un des premiers conclus au sortir des guerres dans les Balkans !

Quelles sont vos chances d’être entendus ?

Quinze pays ont pris l’initiative. Des dizaines d’autres soutiennent la démarche. Nous sommes au tout début d’une prise de conscience générale. Nos recommandations se veulent pragmatiques. Nous ne demandons pas aux Etats de faire des investissements gigantesques, mais nous les appelons à lever tous les obstacles et à stimuler les actions constructives. Quand deux ou trois pays souhaitent s’asseoir à une table pour gérer ensemble le bassin d’une rivière, il vaut la peine qu’ils s’efforcent d’abord de faciliter la navigation (ndlr : et donc la mobilité de leurs populations), la pêche, etc. Cela peut déjà avoir un impact très important. La communauté internationale peut soutenir ce genre de démarche en fournissant des formations techniques ou légales. Ou encore, elle peut aider en rendant moins lourds les intérêts à payer lors de gros investissements régionaux dans d’importantes infrastructures… On peut imaginer tant de manières différentes de soutenir des initiatives de coordination !

tdg.ch/monde/eau


Echos&Confi

Les femmes bien loties dans le (...)