L’inquiétante augmentation des produits de première nécessité

, popularité : 23%

A l’instar de la communauté internationale, les travailleurs mauritaniens ont commémoré ce 1er mai, la fête internationale du travail dans un contexte marqué par une hausse sans précédent du prix des biens de première nécessité. Une hausse devenue insoutenable mais qui – pourtant – ne suscite plus (ou peu) de réactions de la part des consommateurs. Les populations semblent résignées à leur sort et la presse préfère traiter de sujets « qui vendent », comme des supposés « scandales » ou autres « révélations » qui mettraient en cause des personnalités politiques. Quant aux syndicats, le moins que l’on puisse dire, est qu’ils sont dans une faillite morale totale. Les leaders de ces organisations, s’ils ne sont pas politisés, passent plus de temps à chercher un profit personnel grâce à leur statut que de défendre les intérêts des travailleurs. Ajoutée à cela l’absence d’associations de consommateurs, le champ est ainsi laissé libre aux commerçants et autres spéculateurs.

Résultat, depuis plus de deux mois, bon nombre de ménages, surtout les plus pauvres, font face à une augmentation sans précédent du prix des produits de première nécessité.

Le pouvoir d’achat s’étiole les ventes baissent

Une situation qui a des répercussions négatives tant sur le budget qu’ils allouent à l’alimentation des membres de leur famille que sur leur niveau de vie. S.L, mère de 3 enfants et âgée de 47 ans, a ainsi fait savoir que de nos jours elle doit augmenter de près de 40% le budget qu’elle consacre à l’alimentation pour tenir la même ration alimentaire à ses enfants. Une déclaration soutenue par M.E une jeune vendeuse au niveau du marché de Sebkha qui a fait le même constat. Elle a expliqué que le sac de riz de 50 kilos qui se vendait entre 8 500 UM et 9 500 UM se négocie aujourd’hui entre 11 000 UM et 12 500 UM ; le kilogramme de viande est passé de 1 500 UM pour les ovins et les caprins à 1 900 UM, tandis que pour le bœuf et le chameau il faut compter entre 1 400 UM et 1 600 UM contre 1 000 UM à 1 200 UM il y a quelques semaines. Même constat pour le lait en poudre – dont la qualité laisse d’ailleurs de plus en plus à désirer – dont le kilogramme varie entre 1 700 UM et 2 000 UM, alors qu’on pouvait le trouver à 1 400 UM.

Cette envolée des prix a engendré une situation de mévente chez les vendeurs. « Avant la hausse des prix, la vente était déjà faible, cependant le cas s’est empiré depuis quelques jours », a fait savoir A.S, Commerçant au Marché SOCIM. « Depuis deux jours, mes produits ne trouvent plus de preneurs et je sais que l’augmentation des prix y est pour beaucoup. Avant, on avait l’habitude de vendre quelques sacs de riz et d’autres produits quotidiennement mais aujourd’hui, vendre un seul sac devient un grand défi difficile à relever pour les marchands », a-t-il ajouté.

Des lendemains incertains 
Cette augmentation du prix des biens risquent de continuer, vu le contexte prévalant sur l’échelle mondiale. D’abord il y a le climat politique qui ne cesse de se détériorer au niveau du monde arabe, grand producteur de pétrole. Ce qui pourrait contribuer à hausser le prix du baril de pétrole et rendre plus chers les produits importés. Deuxièmement, il est coutumier en Mauritanie, qu’à l’approche des grandes vacances et surtout du mois de Ramadan, on enregistre une montée en flèche du prix de certains produits. 

Face à cette situation, les pouvoirs publics ont choisi – comme toujours - des solutions conjoncturelles et surtout populistes : La distribution de vivres à des « familles nécessiteuses ». Non seulement cette mesure est loin de constituer la panacée, mai en plus le choix des « familles nécessiteuses » se fait sur des critères dont l’objectivité est sujette à caution. En effet, parmi les éléments d’appréciation, on trouve la nature de l’habitat. Ainsi, sont exclues de la distribution, toutes les familles qui logent dans une maison en terrasse ! Peu importe si elles louent ou si elles sont propriétaires. Par contre, une maison en zinc est automatiquement éligible. Ces hausses de prix se font pourtant dans un contexte particulier de crise et de baisse des prix des matières premières agricoles depuis l’été 2008. Quand le prix du blé a retrouvé son niveau de début 2007, quand le prix du riz retrouve le niveau de janvier 2008, quand le prix du lait a baissé de 13% en janvier et quand enfin le prix du brut a été divisé par 3, les prix des produits de grande consommation eux ne baissent pas, bien au contraire. Pourquoi ? Une concurrence insuffisante entre les grands distributeurs et entre les différentes formes de distribution ainsi qu’un manque flagrant de transparence quant à la formation des prix. La régulation ne doit pas se cantonner dans certains secteurs (transport, télécommunications…) mais doit devenir une réalité dans l’ensemble de notre tissu économique. C’est seulement ainsi que les prix aux consommateurs baisseront.

Sikhousso