Le Sénat patriote : acte I

, par  masterEveil

Malgré de nombreuses tentatives menées par des jeunes acteurs, le théâtre n’a jamais vraiment décollé en Mauritanie, jusqu’à l’avènement de la pièce intitulée "le sénat patriote" jouée par 33 membres de la chambre haute.
La réalisation de la pièce dont la production revient à des mains auto-exilées, a été confiée à l’opposition qui jouit d’une plus ou moins bonne expérience dans le sixième art, et a présenté de nombreuses pièces sur la place Ibn Abass.
Le scénario de la pièce théâtrale commence par un retour brusque de la conscience, après 10 ans de sommeil ; un sommeil sans rêves.
Dans le premier acte, les acteurs essayent vainement de faire croire au public qu’ils s’intéressent aux affaires publiques et aussi étrangères. aIls créent des commissions, posent des questions, et font des conférences de presse débordant d’expressions supposées être patriotiques.
À l’arrière plan de la même scène, on voit apparaître de temps à autres, un groupe de ministres de souveraineté de la dictature réuni dans un club dénommé FNDU et dont les membres pensent que l’opinion publique a déjà oublié le débat sur la légitimité du Sénat, et surtout leur changement brusque de direction dans ce sujet.
Sur la scène où se bousculent 33 acteurs, on voit surgir avec une fréquence aléatoire, l’acteur de Fast and Furious de Rosso parlant tantôt de téléphones et de gendarmes, et tantôt de Doha et du Golfe, mais sans mentionner nulle part l’absence d’assurance, ni les victimes ou les orphelins, et encore moins la Mauritanie et son grand peuple.
Quelque part sur la même scène, on entend les chants d’une sénatrice qui ne sait plus de quel parti est-elle issue, et qui hier dans un meeting expliquait aux militants de l’UPR à Arafatt, l’importance de la suppression du sénat.
Non loin se tient, Narcisse dans une blouse blanche et qui murmure dans un micro devant un miroir pour évaluer sa capacité de persuasion et priant pour trouver une réponse à son dilemme de bachelier : "que serais-je quand je serai grand ? Médecin ou politicien ? Politicien ou médecin"
Entre les trois tourne une pléthore d’acteurs dont le nombre n’est pas fixe, car quelques uns profitent des moments d’inattention du réalisateur pour quitter la salle de spectacles, et faire un saut dans une initiative de soutien aux reformes (comme si une seule trahison ne suffisait pas, ndlr).
Malgré son scénario angélique, cette pièce théâtrale qui a fait couler beaucoup d’encre reste peu admirée par les critiques artistico-politiques suite à son échec à attirer l’attention du public dont le regard est tourné vers le scrutin du 5 août et la fermeture définitive de la salle de spectacle.
Deddah Fadel