Les financements décollent pour le G5 Sahel

, par  masterEveil , popularité : 7%

La mobilisation financière internationale pour la force armée des pays du Sahel a atteint 414 millions d’euros à l’issue d’une conférence à Bruxelles. Mais la question de la pérennisation n’a pas été tranchée.

La mobilisation politique autour de la situation au Sahel a bien eu lieu à Bruxelles le 23 février. A l’occasion de la conférence de haut-niveau sur le Sahel, plus de 60 délégations et 14 pays partenaires étaient présents.

Et l’objectif de rassembler des fonds pour la force militaire conjointe à laquelle participent le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad a été atteint, puisque la conférence a permis de rassembler plus d’argent que prévu, avec une somme mobilisée estimée à 423 millions alors que les attentes françaises en matière de mobilisation tournaient autour de 300 millions d’euros.

Mise sur pied en 2017, la force militaire a l’objectif de repousser les groupes terroristes, trafiquants et mafias qui profitent de l’absence de l’État dans certaines zones de la région.

Une région clé, puisque la pauvreté, le changement climatique et l’effondrement de l’État libyen l’ont transformée en creuset idéal pour toutes sortes de trafics, et pourraient abriter des combattants de Daesh fuyant la Syrie.

La communauté internationale est déjà active sur le terrain, notamment via la MINUSMA (mission de stabilisation du Mali), sous l’égide de l’ONU, et l’opération Barkhane, lancée par la France. Paris est d’ailleurs un des soutiens du G5 Sahel depuis le début.

« L’Europe a bien compris que la menace terroriste n’est pas liée au territoire », a souligné Federica Mogherini, Haute Représentante de l’UE, qui estime par ailleurs qu’il serait déraisonnable « d’imposer des recettes européennes à des partenaires qui savent bien mieux que nous ce qu’il faut faire ».

Le mot d’ordre est en effet que ce sont les pays du G5 Sahel eux-mêmes qui géreront les opérations, avec l’appui financier et logistique de leurs partenaires, et particulièrement de l’UE, qui gère la liste de besoins émise par les pays africains.

L’UE a doublé son financement au G5 Sahel, qui représente donc à présent 100 millions d’euros, en plus des donations individuellement consenties par ses États membres. La liste des pays donateurs inclut également l’Arabie saoudite (100 millions d’euros), les Émirats arabes unis (30 millions) et les États-Unis (49 millions).

L’UE espère récolter plus de fonds pour la coalition militaire du Sahel
La Commission européenne espère que la conférence sur le Sahel, qui aura lieu à Bruxelles cette semaine, permettra de récolter davantage de fonds pour la force militaire conjointe G5 Sahel.

L’engagement européen n’est pas uniquement altruiste, précise Federica Mogherini, qui rappelle que deux des préoccupations les plus importantes des citoyens européens sont le terrorisme et flux migratoire. Or, en soutenant le G5 Sahel, l’UE agit directement sur ces deux facteurs.

Pérennisation

Si la mobilisation financière a été conséquente, la somme ne couvre en réalité moins que la première année d’action de la force conjointe, selon les estimations du G5Sahel, qui table sur 423 millions d’euros. Côté français, la mobilisation de 300 millions était jugée suffisante pour mener à bien les opérations.

De plus, comme le rappelle Mahamadou Issoufou, président du Niger et président en exercice du G5 Sahel, personne ne sait combien de temps dureront les opérations, et la force conjointe nécessitera environ 115 millions d’euros par an pour continuer à exister. Tout l’enjeu consistera donc à trouver des sources plus pérennes de financement.

Pour l’heure, seules les conférences de mobilisation de donateurs à l’image de celle qui s’est déroulée à Bruxelles peuvent assurer un relais de financement au 5 Sahel. « Nous ne sommes pas encore à l’étape de la pérennisation », reconnait-on du côté français.

Le G5 Sahel aura également besoin d’un soutien politique, notamment au sein des Nations Unies. Les cinq pays espèrent en effet faire entrer leur action dans le cadre du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, qui couvre les menaces contre la paix dans le monde, et permettrait un financement plus durable.

« Le combat que nous menons contre le terrorisme, nous le menons non seulement pour le Sahel, mais aussi pour le monde, par conséquent l’Union européenne et la communauté internationale doivent être solidaires avec le Sahel », fait remarquer Mahamadou Issoufou.

Pas de sécurité sans développement

Pour autant, les cinq pays concernés et leurs partenaires mettent l’accent sur une action complète, comprenant également un important pilier « développement », reconnaissant que s’il ne peut y avoir de développement sans sécurité, il ne peut pas non plus y avoir de sécurité sans développement.

« Il ne s’agit pas seulement de la sécurité, mais il s’agit aussi de développement. Parce qu’il n’y a pas de conditions de sécurité réelles sans le développement social, économique, c’est-à-dire des opportunités pour les jeunes, les femmes dans la région », a annoncé Federica Mogherini avant le début de la rencontre.

L’initiative militaire sera donc doublée d’une offensive centrée sur la gouvernance, l’éducation, l’emploi, les services sociaux, l’adaptation climatique, etc., le Programme d’investissements prioritaires, qui organise une conférence de levée de fonds en juin prochain.

À cette fin, neuf partenaires – la France, l’Allemagne, l’UE, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, le PNUD, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni – ont annoncé que l’Alliance Sahel rassemblerait un total de 6 milliards d’euros pour financer des projets de développement dans les cinq ans à venir. Ces fonds seront mis à disposition de plus de 500 projets dans les pays du G5 Sahel et se concentreront sur six secteurs principaux : emploi des jeunes, développement rural et sécurité alimentaire, énergie et climat, gouvernance, décentralisation et accès aux services de base et sécurité.

« Objectif : fédérer et coordonner comme jamais notre engagement commun pour un Sahel prospère, résilient, inclusif, dynamique pour ses populations », souligne Rémy Rioux, Directeur général de l’Agence française de développement. « Le développement est un levier indispensable et complémentaire aux leviers de la diplomatie et de la défense. C’est notre action en 3D – diplomatie, défense, développement – qui va réunir les conditions de la stabilité du Sahel dans les années à venir. »

Là encore, la France est à l’avant-plan, avec une participation de 1,2 milliard, une augmentation de 40 % par rapport aux années précédentes. « Durant cette conférence, on a beaucoup parlé des aspects militaires, évidemment importants, puisque le but était de mobiliser des ressources pour ces aspects militaires. Mais pour la première fois il était également question d’équilibrer le pilier sécurité avec le pilier développement, en plus du pilier diplomatique et politique », se félicite Jean-Marc Gravellini, responsable de l’unité coordination alliance Sahel.

Et il y a du pain sur la planche. « Aujourd’hui parmi les dix pays au monde où les filles ont le moins accès à l’éducation, quatre sont au Sahel et une femme vivant au Mali a 73 fois plus de risques de mourir lors de sa grossesse ou son accouchement qu’une femme vivant en France », explique Friederike Röder, directrice France de ONE. » Il y a urgence à développer les services sociaux de base comme l’éducation et la santé dans cette région, en priorité pour les femmes et les filles. C’est cet objectif que l’aide de la France doit servir, et ceci au plus vite, et non dans cinq ans. »

La responsable de l’ONG n’est cependant pas totalement convaincue par les annonces du gouvernement français. « Est-ce un coup de com’ ou un vrai renouveau du partenariat avec l’Afrique que le président a maintes fois annoncé ? », s’interroge-t-elle. « Pour réussir là où la communauté internationale a pour l’instant failli, cette augmentation de l’aide doit s’inscrire dans un cadre plus large avec les voisins européens, sur la base d’objectifs communs définis avec les partenaires sahéliens et permettant de lancer une véritable dynamique de changement dans la région. »
Cécile Barbière et Manon Flausch
Euractiv.fr


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