Lutte contre le terrorisme : le G5 Sahel sur orbite

, par  masterEveil

Lancé par le Mali, le Tchad, la Mauritanie, le Burkina Faso et le Niger, le déploiement d’une force anti-djihadiste dans le Sahel se concrétise avec l’appui du Conseil de sécurité de l’ONU.
Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté ce 21 mai à l’unanimité une résolution saluant le déploiement d’une force africaine, le G5 Sahel (Mali, Mauritanie, Niger, Tchad et Burkina Faso) pour combattre les djihadistes dans la région du Sahel. Seul bémol : le texte ne délivre pas un mandat de l’ONU à cette force de 5 000 soldats.
Le projet de résolution élaboré par la France a été accepté par la totalité des quinze membres du Conseil, après que Paris et Washington sont parvenus à trouver un accord sur son contenu.

Quelle est la genèse de cette force ?

La décision initiale remonte au sommet du G5 Sahel en novembre 2015 à N’Djamena, mais le projet a été réactivé récemment, en raison notamment de la dégradation de la situation dans le centre du Mali, limitrophe du Burkina Faso et du Niger, gagnés à leur tour par les violences djihadistes.
En janvier, ces trois pays ont décidé de créer une force de sécurisation du Liptako-Gourma – zone à cheval sur leurs frontières communes, qui n’a pas encore vu le jour. En février, à Bamako, les chefs d’État du G5 Sahel ont annoncé la « création immédiate » de cette force conjointe, avec comme « composante » la force tripartite Niger-Burkina-Mali.

Quels seront les missions et les effectifs de cette force ?

Le projet de résolution « salue le déploiement » de ces troupes « en vue de ramener la paix et la sécurité dans la région du Sahel ». Mais il n’invoque pas le chapitre 7 de la charte des Nations unies autorisant le recours à la force.
Une précédente version présentée par la France visait à lui permettre d’« utiliser tous les moyens nécessaires », mais les États-Unis s’y sont opposés, jugeant cette formulation trop vague. « C’est une force qui a vocation à combattre les groupes terroristes », a expliqué en mai le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Jean-Pierre Lacroix, en visite au Mali.
Son « concept d’opération », a-t-il indiqué, prévoit dans un premier temps « une concentration des efforts sur certaines zones frontalières », voisines du centre du Mali. Les chefs d’état-major du G5 Sahel ont approuvé en mars un plan prévoyant des effectifs de 5 000 militaires, policiers et civils. Les chefs d’État de l’organisation ont récemment exprimé leur ambition de le porter à 10 000, sans autre précision.

Remplace-t-elle la force de l’ONU ou l’opération française Barkhane ?
Cette force sera basée à Bamako, comme celle de l’ONU, la Minusma, mais sous un commandement séparé, dirigé par le général Didier Dacko, précédemment chef d’état-major de l’armée malienne.
M. Lacroix a insisté sur la nécessité de « bien organiser l’articulation », non seulement entre cette force et la Minusma, mais aussi avec l’opération française Barkhane, basée à N’Djamena, qui traque les djihadistes dans le Sahel, ainsi que l’armée malienne en reconstruction. L’ONU a appelé les pays du G5 Sahel, en particulier le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, qui à eux trois représentent environ le tiers des quelque 12 000 militaires et policiers de l’ONU au Mali, à y maintenir leur contribution.
Un succès de cette force pourrait permettre d’envisager à terme un retrait des quelque 4 000 militaires de Barkhane. « Barkhane, c’est une mission compliquée mais qui donne des résultats », affirmait en février Jean-Yves Le Drian, alors ministre français de la Défense. Il faudra partir « non pas au gré des humeurs » mais quand les pays du Sahel assureront eux-mêmes leur sécurité, estimait-il.

Qui la financera ?

En retrait par rapport au texte initial, la résolution actuelle demande au secrétaire général de l’ONU de rendre compte au Conseil des « défis rencontrés et de possibles mesures à prendre en considération » ces prochains mois, qui pourraient inclure un éventuel financement.
L’Union européenne a annoncé le 5 juin une aide de 50 millions d’euros, disant vouloir montrer l’exemple aux « autres partenaires du G5 Sahel ». « Ce que nous voulons, c’est que les pays européens nous donnent les moyens », avait déclaré, en février à Bamako, le président tchadien Idriss Déby Itno. « Comme ça, ils vont faire l’économie des vies de leurs soldats », avait-il ajouté.
« Nous avons les hommes et la volonté, il nous faut maintenant des ressources financières pour la supporter », a renchéri, le 6 juin à Bamako, le ministre nigérien des Affaires étrangères, Ibrahim Yacouba.

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