Mali : Des lendemains incertains

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Le président par intérim du Mali, M. Diocounda Traoré, a réitéré son intention d’organiser des élections présidentielle et législatives au mois de juillet prochain « sur l’ensemble du territoire malien ». C’était à l’occasion du dernier sommet de l’Union Africaine tenu à Addis-Abeba, fin mai. Une « certitude » pourtant nuancée par son ministre de l’Administration territoriale (Intérieur), qui a indiqué que le délai de fin juillet évoqué par le président « peut être révisé si nécessaire », avant d’ajouter : « Notre objectif n’est pas de tenir des délais mais de sortir de la crise ». Il faut reconnaitre que les défis qui attendent les autorités maliennes – et la communauté internationale qui les appuie – sont très nombreux.

Fin janvier dernier, l’Assemblée nationale malienne a voté, à l’unanimité, une « feuille de route politique » qui prévoit notamment la tenue d’élections générales mais ne fixe aucune date. Ces élections devraient mettre fin à la transition entamée à la suite du coup d’Etat militaire du 22 mars 2012 contre le régime d’Amadou Toumani Touré, putsch qui avait précipité la chute du nord du Mali aux mains des groupes islamistes armés liés à Al-Qaïda qui y ont commis pendant dix mois de nombreuses exactions. Ces groupes, chassés de deux des plus grandes villes du Nord – Tombouctou et Gao – par l’opération militaire en cours, avaient éliminé du terrain les rebelles touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) auxquels ils étaient alliés quand le MNLA a lancé son offensive en janvier 2012.

Isoler et marginaliser le MNLA
Aujourd’hui encore, c’est la place du MNLA qui pose problème. Ce mouvement qui contrôle Kidal, avec la complicité – ou du moins avec la bienveillance - des français, refuse de rendre ses armes. De fait, les trois régions du nord (Kidal, Gao, Tombouctou) représentent 70% du territoire malien et 9% de la population. Et les Touaregs y sont minoritaires, vivant avec des Peuls, des Songhais, des Arabes. En outre, beaucoup de Touaregs disent que le MNLA ne les représente pas. Mais, certes, cela fait 50 ans qu’il y a des revendications identitaires touarègues, plus ou moins fondées. Les Touaregs sont donc eux-mêmes divisés. Ce qui a conduit à la création récente d’un nouveau mouvement touareg indépendant qui entend se poser comme une alternative aux indépendantistes du MNLA. La Plateforme des cadres et des leaders kel-tamasheks, c’est-à-dire Touaregs, prétend représenter la majorité des Touaregs, tous ceux qui n’ont pas pris les armes et qui se sentent Maliens. Les principaux objectifs de cette nouvelle plateforme tamashek - c’est-à-dire touarègue - sont de réaffirmer l’attachement de la communauté à la République du Mali et à la laïcité et exiger la neutralisation de tous les groupes armés. Cela signifie que ce mouvement veut se démarquer des indépendantistes du MNLA. Son président, le député de Menaka, Bajan Ag Hamatou l’affirme lui-même : « Tous les Touaregs sont loin d’être avec le MNLA. Ils se trouvent que ce sont des hommes qui ne nous ont jamais représenté, qu’on n’a jamais mandaté et qui parlent en notre nom, ce n’est pas normal. Nous sommes là pour dire, voilà ce que sont les Touaregs du Mali ».

Désarmement par la « négociation » ou par la « force »

En effet, il n’y a aucune raison qu’il reste des groupes armés au nord du pays. Une des missions de Serval et de la force internationale, c’est de désarmer les groupes non étatiques. D’autant que le fait que le MNLA garde ses armes profite à d’autres factions comme le Mouvement islamique de l’Azawad et Ansar Dine. Il faudrait donc essayer de négocier de manière pacifique. Dans un premier temps, il faut privilégier une approche technique : se demander quelles sont les modalités du désarmement ? Quelles garanties doivent accompagner ce désarmement ? Il est fondamental que l’État malien soit représenté mais pas nécessairement par une force militaire, dès lors qu’il y a des forces internationales. Il faut privilégier les services sociaux de base : éducation, sécurité alimentaire, santé…
Toujours est-il que le ministre malien de la Défense et des anciens combattants, le Général de brigade Yamousssa Camara, a déclaré que l’armée malienne est prête à agir en cas d’échec des négociations avec le MNLA. « L’étape de Kidal ne pose aucun problème, si les Français estiment que Kidal peut être récupérée sans effusion de sang, c’est une bonne chose. L’armée malienne est en tout cas en ordre de bataille pour reconquérir Kidal », a souligné le Général Yamoussa Camara.
Comme on le voit à travers les positions des uns et des autres - et compte tenu de la situation sur le terrain - évoquer l’organisation d’élections dans ces conditions en moins de deux mois, s’apparente à de l’utopie.

Sikhousso


Echos&Confi

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