Mali : Esclavage sexuel : Le trafic des jeunes filles mauritaniennes vers l’Arabie Saoudite (1ère Partie)

, par  masterEveil

La pauvreté invite certains vices dans une société. En Mauritanie, des jeunes filles pré-pubescentes sont « mariées » à des riches saoudiens pour leurs seuls plaisirs sexuels.
Aminetou Mint El Moctar est une activiste mauritanienne pour les droits des femmes. Lors d’une réunion en 2009, elle dénonça la pratique des mariages des mineurs en tant que principale source du trafic des enfants.
Les trafiquants abordent les familles pauvres et sans éducation. Ils proposent d’épouser leurs filles avec des riches saoudiens. Une somme de plus de 14 millions de F CFA et les promesses de meilleures opportunités pour les filles poussent les familles à accepter, avait révélé Mint El Moctar.
Les intermédiaires sont habituellement associés à des agences de voyages locales. Mais en réalité, ce sont des réseaux de trafic d’êtres humains. Les filles sont emmenées en Arabie Saoudite par un membre de la famille ou par un agent désigné « tuteur ».
L’intermédiaire de l’agence obtient une commission du mari pour avoir arrangé le contrat de mariage. Les montants varient en fonction de la beauté et de la jeunesse de la fille. Aminetou Mint El Moctar a souligné qu’une fois arrivées en Arabie saoudite, ces jeunes mariées deviennent des esclaves sexuelles. Elle a expliqué que les filles pré-pubescentes sont très appréciées par les hommes saoudiens mais, une fois qu’elles atteignent la puberté ou tombent enceintes, elles ne présentent aucun intérêt pour leurs maris. Selon Mint El Moctar, les filles sont ensuite répudiées et jetées dans la rue. Sans un réseau de soutien, elles n’ont d’autre choix que de devenir des prostituées.
Sy Lalla Aisha de FONADH, une organisation des droits humains, avait fait cas de plusieurs rapports sur la pratique de l’esclavage sexuelle. Aisha déclara aux autorités américaines qu’elle avait rencontré une fille mauritanienne qui avait passé trois ans en Arabie Saoudite enfermée dans une pièce sans voir personne sauf son mari et une servante qui s’occupait d’elle.
Le trafic et les abus ont également été dénoncés par Radio France International (RFI) dans un reportage du 4 janvier 2009. Le reportage a diffusé les témoignages de Mulheri, une fille de 7 ans victime d’esclavage en Arabie Saoudite et d’Aminetou qui, après avoir divorcé, fut obligée d’abandonner ses enfants en Arabie Saoudite. Mint El Moctar a également dénoncé les réseaux de prostitution des femmes adultes en Arabie Saoudite. Elle déclara que les agences de voyage offraient aux femmes pauvres de payer leurs billets d’avion et leur visa pour rechercher des opportunités de travail dans le royaume.
Les femmes acceptent de rembourser l’agence une fois arrivées à destination. Mais sur place, elles sont alors forcées de se prostituer pour payer leur dette. Selon Mint Moctar, en 2009, une trentaine de femmes mauritaniennes auraient été condamnées en Arabie Saoudite pour prostitution et y purgeraient des peines de prison. Dans le royaume, les victimes de trafic humain sont punies pour le crime d’avoir été victime de trafic.
Le gouvernement mauritanien ne reconnaît pas le trafic humain comme un problème, selon Mint El Moctar. L’article 332 et 335 du Code pénal prévoient des dispositions contre cette pratique ; mais les lois ne sont pas respectées. Elle avait envoyé une lettre à M. Abdel Aziz, président du Haut Conseil d’Etat, pour dénoncer l’inaction du gouvernement mauritanien, mais elle n’a reçu aucune réponse.
En conséquence, elle commença sa propre campagne de sensibilisation et s’est battue pour la création d’un projet de loi visant à criminaliser et à combattre le trafic humain.
En février 2009, les autorités américaines rencontrèrent un représentant du gouvernement au ministère de la Justice de Mauritanie. Le représentant déclara que le trafic des femmes mauritaniennes n’existait pas d’autant plus que la traite d’êtres humains vers l’Arabie saoudite est impossible par l’existence d’une loi gouvernementale qui obligeait les femmes à voyager avec un homme de la famille. Bien entendu, ce raisonnement est absurde.
Mint El Moctar souligna que le système judiciaire blâme les filles qui sont victimes de trafic. Elle mentionna qu’une fille qui ose dénoncer son trafiquant est accusée d’être une femme dépravée et pécheresse. Elle se bat sans relâche contre cette injustice.

Amadou O. Wane
Collaborateur externe,
Floride, Etats-Unis
amadou@amadouwane.com
Source : Inf@sept