Opinion : Adieu illustre Colonel, Mon frère

, par  masterEveil , popularité : 8%

Qu’il est difficile de faire l’éloge même funèbre des gens pour qui l’on a une grande estime. Certes "être mort c’est être en proie aux vivants", cependant rare est la personne dont le témoignage à l’égard du défunt Mohamed El Moktar Ould Abdi Ould Vleivoul Ould Zamel, connu sous le nom de Mohamed Ould Abdi, pourrait servir d’ exception à l’unanimité faite autour de son auguste personne.

J’ai vu pour la première fois le sous-lieutenant Mohamed Ould Abdi (paix à son âme) le mois de Septembre 1979, alors qu’il travaillait au B1, à l’ancien camp non loin de l’actuel marché de la capitale.

C’est que les résultats du concours d’élèves officiers de la 4ème promotion de l’EMIA devrait être communiqués incessamment ; l’examinateur- correcteur étant le capitaine Dia El Hadj, un brillant officier, alors directeur des Transmissions. Lorsque le défunt vit mon patronyme, il m’interpella : "tu es bien Ely fils de tel et de telle.....Nous nous retrouverons à l’Emia, car moi aussi je pars faire mon activation".

Depuis cet instant, je n’ai jamais perdu de vue feu Mohamed Ould Abdi jusqu’au jour du vendredi 26 Août 2016 où il décède aux environs de 18 heures à l’Hôpital Militaire de Nouakchott.

Mohamed Ould Abdi m’a dit un jour qu’il a fait l’Armée en 1976 lorsqu’il a appris que son intime ami d’enfance et cousin de surcroît, le gendarme Mhadi Ould Sidélemine avait été fait prisonnier par le Front Polisario, tout au début de la guerre du Sahara, en décembre 1975. Belle initiative, au moment où la Mauritanie avait besoin de ses fils pour la défendre. Illustre perspective qui se soldera par une exceptionnelle carrière d’officier de l’exorde à l’épitaphe et qui aura duré environ quarante ans.

Quoi donc, le colonel Mohamed Ould Abdi n’a-t-il pas été ce monument de générosité, de sincérité, de grandeur, de probité et surtout de fidélité ? A l’heure où les enseignements du sage de Bandiangara n’ont plus preneurs ou ne font plus recettes, au moment où les âmes bien nées rivalisent de fourberies, il germera toujours quelque part la figure de proue qui sauvera l’espèce humaine des méandres de l’ignominie. Le propre de l’être humain est de rester stoïque, humble et surtout fidèle à ses principes de moralité et de déontologie professionnelle.

Toute cette "armoirie" sied bien à la personnalité du colonel Mohamed Ould Abdi. Jugez par vous-même. En 1978, le 10 juillet, jeune sous-lieutenant commandant une unité des blindés à la 6ème région, il refusa de céder à la pression tribaliste voire régionaliste des officiers Mokhtar Ould Salek et feu Tourad Ould Beibakar afin de renverser feu Mokhtar Ould Daddah. Il fût mis aux arrêts de rigueur et faillit y perdre ses galons. En 2003, lorsque les chars du BB amorçaient leur entrée au palais, le Président Maawiya lui téléphona afin de l’informer de la situation. Il vint comme une fusée, proposa à Maawiya le refuge de la Garde Nationale, au lieu de l’Etat-Major de l’Armée ou de la Gendarmerie.

Il dit à Maawiya "si les mutins ont occupé l’Etat-Major National, ils seraient en mesure de prendre de facto celui de la Gendarmerie également,séparés juste par un mur." D’où l’idée d’aller à la garde, ce qui sauva en partie Maawiya et son régime. Malgré tout cela, Maawiya quelques jours après a eu la ferme intention de l’emprisonner ; n’eussent été l’ingéniosité et l’esprit d’amitié entre le colonel Mohamed Ould Abdel AZIZ, alors commandant le Basep et lui.

Difficilement Ould Abdel Aziz parvînt à convaincre Maawiya durant toute une nuit de renoncer à son initiative inopportune. Finalement le défunt a quitté Nouakchott pour la 3ème région militaire d’Atar. Ici Maawiya a été ingrat mais Mohamed Ould Abdi est resté grand jusqu’à sa mort. La mort...c’est elle qui donne un sens à la vie. Enfin quand la retraite et la maladie arrivèrent presque simultanément, le colonel Mohamed Ould Abdi est resté le même : zen.

Certes beaucoup de courtisans ont déserté les lieux. Cependant un pré-carré d’amis n’a pas quitté le navire coulant et a soutenu le défunt jusqu’à son dernier souffle, dont le plus illustre est le Président de la République. Nous prions Dieu de récompenser leur magnanimité manifestée à l’égard d’un illustre homme qui a tant souffert à cause de la maladie. Mes condoléances vont encore une fois à ses enfants, à ses frères et sœurs et surtout à sa jeune épouse Moïné Mint Abdel Aziz qui a pris soin de lui au moment où il en avait tant besoin.

Adieu grand frère. En m’encadrant dans mes premiers pas de sous-lieutenant, en me prodiguant des conseils plus de trente années durant, il m’a été impossible de t’imiter car le calme, l’empathie, le charisme, le professionnalisme, la rigueur morale étaient inscrits dans tes chromosomes. Et moi qui ai toujours essayé (un secret que je divulgue après toi) de me les imprimer à défaut de les avoir peut-être dans mes gênes. Repose en paix grand frère dans ta dernière et vraie demeure./.

Inna liLahi we inna Ileihi Rajioune

Capitaine Ely Ould Krombelé,Vitry, France


Echos&Confi

Les femmes bien loties dans le (...)