Opinion : Les conseils régionaux sont-ils viables en Mauritanie ?

, par  masterEveil , popularité : 11%

Les mauritaniens viennent d’approuver par une écrasante majorité le projet de révision constitutionnel qui consacre essentiellement la mise en place de conseils régionaux, la dissolution du sénat et le changement du drapeau national.
La question qui mérite donc d’être posée est de savoir si les conseils régionaux sont viables dans le contexte socio-politique mauritanien aujourd’hui.
En effet, ces conseils régionaux entrent dans le cadre de la politique de décentralisation entamée il y a plus de trente ans en Mauritanie. Cette politique consistait à donner plus d ’autonomie aux collectivités locales en matière de gestion économique ,sociale et politique etc...
Elle vise ainsi à stopper les flux migratoires de la campagne en direction des villes que connaît le pays depuis les années soixante-dix, en mettant en place toutes les structures nécessaires en matière de santé, d’éducation et d’emploi.
Certes, cette politique volontariste marche dans nombre de pays ,on pense en particulier à la France et au Canada, mais peut elle l ’être en Mauritanie ?
En théorie oui, car les textes qui sous-tendent cette politique de décentralisation sont on ne peut plus ambitieux en terme démocratique , l’État ne jouant qu’ un rôle d’arbitre laissant aux populations locales le loisir de gérer comme bon leur semble leurs affaires locales suivant la spécificité de chaque région.
Seuls les domaines régaliens relatifs à la souveraineté, aux affaires étrangères et à la sécurité resteront sous le contrôle du pouvoir central.
Or, on sait malheureusement tous ou presque que le système social mauritanien est empreint de tribalisme ou de régionalisme et même parfois de particularisme, en particulier dans la Mauritanie profonde.
La tribu est bien implantée d’ abord sur le terrain car, schématiquement chaque région est dominée par une ou deux grandes tribus, ensuite dans les mentalités des individus.
Pour bon nombre de mauritaniens, on sert d’abord sa tribu avant de servir l’État.
D’où la crainte d’un effet boomerang de ces réformes chères à l’establishment politique mauritanien.
En effet qui nous garantit qu’une fois élus ,ces conseils ne se transformeront ils pas en de véritables officines tribalo-régionalistes au service de telle ou telle tribu,fraction ,race ou communauté, faisant donc le lit du clientélisme politique que l’on connaît aujourd’hui d’autant plus que le pouvoir central n’ayant pas de contrôle direct sur ces structures élues, ne pouvait donc les destituer dans l’hypothèse où elles s ’avéreraient incompétentes ou corrompues ,ce qui peut bien arriver si l’on ne mettrait pas des garde-fous.
Par ailleurs, si il est vrai que cette expérience a donné de bons résultats à l’étranger en France, au Canada par exemple, où la démocratie est bien implantée et où le citoyen lambda est suffisamment mûr politiquement pour choisir à bon escient .on ne pense pas que cela soit le cas chez nous pour les raisons précitées.
A cet égard, pour que ces importantes réformes puissent donner les résultats escomptés l’État doit d’ores et déjà mettre en place des garde-fous, en l’occurrence par rapport à l’age des élus ,leurs niveaux intellectuels, leurs diplômes, leurs expériences administratives et non politiques , leurs rapports à la tribu etc..
Autre point important ,le conseiller doit s s’abstenir de résider à Nouakchott sauf en cas d’extrême urgence , car on sait que une fois élu ,le conseiller régional aurait tendance à vouloir s’installer a Nouakchott pour pouvoir bénéficier pleinement de ses nouvelles prérogatives et ce faisant gérer ses affaires personnelles en oubliant totalement sa région comme ce fut le cas malheureusement de bon nombre d’élus municipaux auparavant et dans ce cas de figure , on ne sera donc pas sorti de l’auberge.

Ahmed salem ould brahim


Echos&Confi

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