Opinion libre : "C’est normal d’avoir peur de l’immigration"

, par  Webmastrer , popularité : 17%

Il n’y avait que lui pour interpréter cette force tranquille, cette sagesse, ce réconfort. Dans le film "La Marche", Olivier Gourmet porte à merveille le costume (ou plutôt la soutane) du curé de la cité des Minguettes, qui soutiendra, moralement et physiquement, cette poignée de jeunes désireux de répondre au racisme avec une marche pacifique. Son personnage est l’un des socles de ce mouvement. Il est l’épaule solide sur laquelle s’appuyer et pleurer si nécessaire.

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"La Marche" est une réussite, Olivier Gourmet en est l’une des raisons. "J’adore le cinéma qui prend en mains des faits de société, pour sensibiliser les gens, les ouvrir au débat", nous confiait-il il y a quelques jours, lors de la présentation du film à Bruxelles. "Pas celui qui moralise, culpabilise ou juge.

Tout dès le départ était porté d’espoir. A la limite même naïvement. C’était l’une des mes craintes : que le message soit trop naïf, qu’on dise que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et que oui, il y a du racisme mais qu’ensemble, en marchant, on va finir par changer les choses.

J’avais peur que les gens viennent au cinéma en se disant : "Je vais voir un film sur le racisme, j’ai fait mon action." J’avais peur que ça s’arrête là. Ca sera peut-être le cas. Mais j’espère que le film fera comprendre qu’on peut accepter les différences à partir du moment où il y a un vrai respect mutuel, de la tolérance. Aux jeunes surtout, parce que l’avenir leur appartient. Si le film peut faire passer ce message, il sera réussi.

La marche, c’était il y a 30 ans et on constate que rien n’a vraiment changé. Ca vous fait peur ?

Je pense que le racisme a muté, comme la grippe a muté. On a essayé des parades, ça a marché un temps et ça s’est transformé. Les attentats du 11 septembre n’ont pas aidé à l’intégration des Arabes puisqu’il y a eu un amalgame terrible.

On s’imagine depuis que tous les Arabes veulent la fin de la chrétienté, la fin d’une culture au profit de la leur. On a assimilé tout ce qui était arabe à cela. Mais quand on a l’habitude de croiser des personnes maghrébines, on se rend compte très vite que c’est très rare de rencontrer quelqu’un qui tient ce discours là.

Je ne veux pas me positionner sur "comment regarder l’islam aujourd’hui". Je ne suis pas compétent pour le faire. Mais il y a beaucoup d’amalgames, il faut en tenir compte. Cet amalgame fait qu’aujourd’hui, l’intégration n’est pas une réussite. Ca et la crise économique...

Une crise dont on parlait déjà à l’époque...

Oui. A un moment, mon personnage dit qu’on ne parle que de crise et de chômage (voir vidéo). Ca s’est aggravé. Aujourd’hui, on pointe du doigt l’immigré qui soi-disant prend l’argent qu’on aurait pu donner au petit artisan qui n’arrive pas à nouer les deux bouts en fin de mois. Je suis d’accord : il ne faut pas prendre au détriment de quelqu’un d’autre.

C’est une politique générale. On a un devoir d’aider les plus faibles, non pas forcément avec de l’argent, mais aussi avec de l’intégration. On a fait des erreurs énormes, il faut savoir comment rectifier le tir. Je pense qu’on est passé à côté de l’intégration sensible. On a fait de grosses erreurs. Il faut aider celui qui en a besoin et aussi le petit artisan. Il faut trouver l’équilibre.

Vous pensez qu’aujourd’hui les gens seraient capables de donner une réponse pacifiste au racisme ? On a l’impression que la violence prime aujourd’hui...

Parce qu’on a essuyé les plâtres. Mais la marche a quand même débouché sur certains résultats. Ils ont réussi à sensibiliser les gens et le pouvoir politique. Quelque part, si on arrivait à sensibiliser les gens au plus profond de leur coeur, on n’aurait pas besoin du pouvoir politique. Je pense en effet que c’est utopique de penser rassembler les gens aujourd’hui et de les faire marcher pour cet idéal-là.

Mais on peut le faire autrement, avec une manière adaptée à notre société, par un film par exemple. Je continue à avoir de l’espoir. Il faut se demander ce qu’on peut offrir aujourd’hui, outre de l’argent. Dire qu’il ne faut pas accepter à tout va, ce n’est pas du racisme. Il faut juste se dire qu’on ne sort pas les gens de la misère en leur donnant de l’argent.

On sort les gens de la misère en leur donnant un travail, en leur donnant un outil pour pouvoir eux-mêmes générer un revenu. Est-ce qu’on est capable de faire ça aujourd’hui ?

Dire qu’il faut revoir l’immigration de manière intelligente, ce n’est pas être raciste. Il faut vraiment se poser la question. On a parqué les gens dans des cités, on les a mis en marge de la société, on leur a donné de l’argent mais ça n’a pas résolu le problème.

Parce qu’il faut être conscient du fait que oui, il y a des problèmes et ne pas dire que l’immigration n’apporte que des choses formidables. Il ne faut pas fermer les yeux : il y a des problèmes, l’immigration a été mal faite et ça a généré de la violence, de la haine gratuite et cette forme de racisme qui veut que "oui, on les acceptés, mais ils ne veulent pas s’intégrer".

Il faut admettre qu’on s’est trompé et trouver la bonne manière d’intégrer les étrangers. Ce n’est pas en faisant un amalgame débile qu’on va résoudre le problème. Je pense que c’est normal d’avoir peur. Il ne faut pas montrer du doigt ceux qui l’expriment tout haut, qui disent : "J’ai acquis certaines choses, j’ai peur qu’on m’en dépossède". Je comprends cette réaction épidermique. Il faut rassurer les gens. Mais j’ai l’espoir que l’homme accepte ce métissage et cette richesse que la différence de l’autre apporte. Faire un film pour aider à ça, c’est important.


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