Ouverture de la 2ème session orfinaire du Parlement, sous le signe de l’Initiative Messaoud ?

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Comme si de rien n’était, comme s’il n’y avait pas de « crise politique », comme si le mandat des députés et des sénateurs n’avait pas expiré depuis belle lurette…, la 2ème session ordinaire du Parlement s’est ouverte le plus normalement du monde avec la présence des représentants de la COD qui, pourtant, dénonce cette « situation d’illégalité ». Le président de l’Assemblée Nationale, président de l’APP et, désormais, porte étendard de l’Initiative politique qui porte son nom, M. Messaoud Ould Boulkhaïr, a, néanmoins, au cours du discours prononcé à cette occasion, reconnu que « compte tenu du contexte politique dans lequel se déroule notre rencontre aujourd’hui, cette session revêt une importance qui dépasse celle d’une session parlementaire ordinaire qui se tient comme les précédentes ». Avant d’ajouter que « la présente rencontre devra plutôt être perçue comme une dernière occasion pour réfléchir et prendre les décisions ; occasion que les politiques et acteurs des segments de la société civile doivent saisir parce que tous sont concernés en premier lieu par la situation actuelle de notre pays et par son avenir et parce que tous ne souhaitent pas que perdurent une situation politique paralysante et des dysfonctionnements institutionnels qui durent depuis deux ans entravant notre cher pays et menaçant sa sécurité et sa stabilité ».

Si tout le monde s’accorde pour reconnaitre que l’Initiative Meassoud serait un « bon moyen de sortie de crise », les réponses apportées par les uns et par les autres, laissent penser plutôt que ces prises de position, en apparence favorables, ne sont en fait qu’un moyen de gagner du temps pour les protagonistes qui ne voudraient pas apparaitre aux yeux de l’opinion comme étant à l’origine du blocage. Pourtant, comme l’a rappelé le président de l’Assemblée Nationale dans son discours, « après l’expiration d’un prolongement du mandat dicté par la situation générale du pays et en dépit de la formulation de ce qui peut être considéré comme une proposition de date pour les prochaines élections, il reste impératif que toutes les parties parviennent à un accord ». Avant d’ajouter « nous devons reconnaître que le doute et, parfois, le rejet total, marquent jusqu’ici le climat politique, sans compter les autres défis intérieurs et extérieurs auxquels le pays fait face ».

Dialogue de sourds ou jeu du chat et de la souris

Messaoud aura beau être pacificateur, on craint qu’il ne soit en train de « prêcher dans le désert ». Une crainte qui ne serait pas sans fondement si l’on s’en tient aux réponses apportées à son initiative aussi bien par la majorité que par la COD. Encore une fois, même si les plus optimistes considèrent que le simple fait d’avoir apporté une réponse constitue déjà une avancée dans la forme, sur le fond, le moins que l’on puisse dire est que les positions sont plus qu’inconciliables.
Du côté de la majorité, tout en réaffirmant son attachement au dialogue « comme seule voie équilibrée et responsable pour l’ensemble des acteurs politiques » rejette purement et simplement la proposition relative à la mise en place d’un gouvernement d’union nationale. Elle a en outre expliqué qu’elle demeure « favorable à toutes les proposions de l’initiative, notamment celles qui respectent le texte de la constitution tout en étant favorable aux résultats du dialogue national ». Un dialogue, rappelons-le, organisé en 2011 et boycotté par la COD.
Du côté de la COD, la barre est encore plus haute. En effet, « comme preuve de sa bonne volonté et à titre de contribution à la clarification du débat politique sur les conditions de tenue des prochaines élections », la COD, entre autres exigences, demande que le Chef de l’Etat, le Premier Ministre et les membres de ce Gouvernement s’engagent à ne pas se présenter aux prochaines échéances électorales, ni à soutenir un candidat ! En plus de cette condition, les amis d’Ahmed Ould Daddah souhaitent que la désignation du Président et des membres du Conseil Constitutionnel, du Directeur Général de l’état civil, du Directeur du Fichier Electoral, du Président et des membres de la CENI et des Directeurs des médias publics se fassent de manière consensuelle. Enfin, la COD demande l’élaboration d’une nouvelle loi sur la neutralité de l’Etat dans le jeu politique ; la dépolitisation de l’administration et la nomination, avant les élections prochaines, de fonctionnaires choisis uniquement sur la base de la compétence ; la dépolitisation des marchés publics, agréments divers et services publics de base qui doivent bénéficier, eux aussi, à tous, abstraction faite de leur appartenance à tel ou tel camp ; le plafonnement des budgets de campagne, des contributions individuelles aux budgets et du nombre de sites de campagne par candidat, par moughataa ou circonscription électorale…

Comment pourrait-on éviter l’impasse ?

Cette liste de conditions, inacceptable pour le Président de la République, a fait dire à certains observateurs qu’il y a deux manières de refuser quelque chose : Dire « non » en toute franchise, ou poser des conditions dont on sait qu’elles ne pourraient pas être satisfaites. C’est cette deuxième approche que semble avoir adopté la COD pour justifier un éventuel boycott des futures consultations électorales.
Si ce scénario venait à se réaliser, ce serait alors un véritable saut dans l’inconnu pour l’avenir de notre pays. Surtout, comme l’a souligné le président Messaoud, qu’à cela « s’ajoute la dégradation sans précédent de la situation sécuritaire au niveau de Nouakchott et des villes de l’intérieur, comme la multiplication des meurtres abominables et des différentes formes d’agressions de citoyens innocents qui souffrent de la détérioration de leur pouvoir d’achat du fait de l’extension du cercle de la pauvreté, du chômage et de la hausse des prix des produits de première nécessité dans un milieu alimenté par les nombreuses rumeurs. Parallèlement à cette situation, le nombre des réfugiés maliens ne cesse de s’accroître dans la Wilaya du Hodh Charghi ; ce qui n’est pas sans nous rappeler à chaque instant le danger de cette situation qui prévaut sur nos frontières ». Et le président de l’Assemblée Nationale de déplorer : « Toutes ces données effrayantes, au lieu de constituer un motif de rapprochement des points vues pour défendre la patrie, ont plutôt, au fil des jours, approfondi les divergences entre les acteurs politiques dans leur appréciation de la situation générale du pays, son présent et son avenir ».
Le président de l’Assemblée Nationale se veut pourtant optimiste malgré tout : « Je suis persuadé que l’initiative pour laquelle j’avais travaillé ces derniers mois pour rapprocher les points de vue constitue un terrain propice pour le traitement de la situation sur des bases consensuelles plus globales tout comme elle ouvre des perspectives pour un avenir meilleur pour notre pays et notre peuple ». Et en appelle aux élus « à redoubler d’efforts, chacun à son niveau, pour traduire ce rapprochement actuel au stade théorique en une action concrète ».

Sikhousso


Echos&Confi

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