« Plusieurs soldats noirs préfèrent rester muets car toute personne qui réclame l’insatisfaction de cette situation misérable, est accusée d’être rebelle et finalement elle se retrouve dans la prison sans être jugée par un tribunal », affirme Brahim Sidi Khatry (Interview)

, par  masterEveil , popularité : 10%

Guidumakha : Bonjour Brahim Sidi Khatry, présentez vous aux lecteurs ; combien d’années avez-vous servi l’armée Mauritanienne et où vivez vous actuellement ?
BRAHIM SIDI Khatry :
Je m’appelle BRAHIM SIDI Khatry, Sous-officier, technicien de l’armée de l’air mauritanien, j’ai fait 17 ans dans l’armée de l’air et maintenant, je suis en Europe.

Guidumakha : Avez-vous déserté ou démissionné de l’armée Mauritanienne ? Donnez nous la raison ou les raisons de votre départ ?
BSK :
J’ai fui l’armée suite à l’injustice et comme j’étais visé selon ma race et tout celui qui réclame son droit est accusé d’être rebelle ou putschiste, parce-que cette armée est dominée par une minorité basée sur le racisme, la tribu et ils traitent tous les noirs comme des esclaves.


Guidumakha : Depuis 2005, les démissions d’officiers, sous-officiers Haratine (Noirs) se succèdent, ils se plaignent de la discrimination au sein de cette l’institution sécuritaire qui devrait être républicaine, par exemple : le Lieutenant colonel Ould Kaza, le commandant ingénieur en informatique Jemal Ould Maouloud, l’officier Hadrami Ould Weddad, le colonel Baby Housseinou, Feu le colonel Bah Ould Elbou, la liste est longue, aujourd’hui, c’est vous, le sous-officier Brahim Sidi Khatry ; mais qu’est ce qui se passe au sein de cette armée Mauritanienne ?
BSK :
Comme cette armée est basée sur l’injustice et pratique le racisme envers tous les noirs dans cette société en les traitant comme des esclaves qui n’ont pas droit d’accès aux promotions, formations, nominations et le commandement ; raison pour laquelle ; il n’y a pas d’officier noir qui occupe des postes de commandant de formation ni les chefs d’Etat-major. En plus de ça, le recrutement des officiers aussi se fait dans le sombre qui se base sur le racisme. Par exception, une promotion contenir deux ou trois noirs en raison que leurs pères étaient des ministres ou des chefs de tribus.


Guidumakha : Extrait de témoignages d’officiers qui font remarquer qu’en 2005, 60% des bénéficiaires de promotion, sont issus de la même tribu qui est celle d’El Arbi, le chef d’état major de l’époque. Ils sont tous membres de la tribu Idaouali. Parmi les 40% autre restant, il n’y a aucun noir.. Ce qui veut dire que cette promotion n’a concerné que les Maures blancs. Pourquoi les soldats noirs ne se rebellent pas quand on sait qu’ils sont en première ligne au front pour mourir les premiers ?

BSK : Plusieurs soldats noirs préfèrent rester muets car toute personne qui réclame l’insatisfaction de cette situation misérable, est accusée d’être rebelle et finalement elle se retrouve dans la prison sans être jugée par un tribunal.


Guidumakha : L’effectif des troupes qui composent les bataillons de l’armée mauritanienne est composé essentiellement de soldats Haratine, pourtant, ils sont exclus dans les commandements par le président Mohamed Ould Abdel Aziz, peut-on dire que le président assume son racisme institutionnel en excluant cette majorité au service de sa sécurité ? Que doit faire ces soldats qui souffrent en silence ?
BSK :
Evidemment, le président est le commandant suprême de l’armée, et assume sa responsabilité envers les actes injustes envers les noirs au sein de l’armée nationale et cette politique est faite exprès dans le but d’éviter que les noirs occupent des postes les permettant de réagir sur cette souffrance. Pour le moment, c’est vraiment compliqué pour les soldats noirs car toutes les portes sont fermées pour eux.

Guidumakha : Le président Mohamed Ould Abdel Aziz combat-il réellement le terrorisme ou a-t-il signé un accord avec les chefs terroristes comme le laisse entendre des documents confidentiels retrouvés chez le chef d’Al-Qaïda lors de l’opération commando des Américains pour l’abattre au Pakistan ?

BSK : Apparemment, sa politique au sujet du terrorisme reste floue et je n’en sais rien à propos de cet accord, car, comme sous-officier et technicien de l’armée de l’air, je n’avais pas accès aux documents confidentiels de l’armée.

Guidumakha : L’armée Mauritanienne a-t-elle le moyen d’affronter les groupes terroristes qui sévissent dans le Sahel en sécurisant l’immense territoire Mauritanien, le rendant impénétrable ou imperméable ? Est-il vrai que le régime Mauritanien soutient en douce les terroristes qui agissent dans le Nord du Mali ?

BSK : C’est vrai que tout récemment, l’armée mauritanienne a pu renforcer sa capacité défensive en se procurant du matériel de la reconnaissance mais ce n’est pas une garantie totale pour la rendre imperméable.

Guidumakha : Quand on écoute le discours hyper sécuritaire du président Mohamed Ould Abdel Aziz et ses soutiens, nous avons l’impression qu’ils se vendent comme des agents de sécurité au service de l’occident pour rester au pouvoir, avoir des financements, que pensent les soldats mauritaniens en interne du populisme sécuritaire du président de la république ?

BSK : De cette situation, les soldats mauritaniens pensent que l’égoïsme du président à rester au pouvoir va continuer à les exposer aux problèmes sérieux d’injustice, de racisme et plus de souffrances.

Guidumakha : Pouvez vous nous faire l’état de lieu au sein de l’armée Mauritanienne, est ce que l’armée fait entièrement confiance ou allégeance au président et sa gestion de l’armée ? Si vous rentrez en Mauritanie, vous risquez quoi ?

BSK : Le président a mis au sommet de l’armée (état-major et ministère de la défense) ses hommes de confiance, sans oublier que les généraux et la majorité des officiers supérieurs sont des maures et ce sont eux qui gèrent tous les postes sensibles. Si je rentre en Mauritanie, je risque d’être tué, porté disparu, torturé ou emprisonné sans jugement parce qu’on n’est pas dans un état de droit.

Guidumakha : Votre message à l’armée Mauritanienne ?
BSK :
Je voudrais saluer les officiers, les sous-officiers et les HDT dignes ; en les faisant savoir que la Mauritanie se compose de pas mal de races ; toutes ces races doivent vivre ensembles dans la paix et la dignité dans un pays moderne et prospère. Je tiens à les rappeler que leur mission est de protéger le pays, sa population sans aucune discrimination en préservant la souveraineté de la Mauritanie.

Mes sincères remerciements sont adressés à l’équipe du site internet Guidumakha.com

Votre frère et ami SIDI BRAHIM KHATRY
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