Présidentielle 2019 : quel candidat pour l’opposition ?

, par  masterEveil , popularité : 23%

A près d’une année de la présidentielle et à quelques mois des législatives et municipales, l’opposition mauritanienne semble encore amorphe, incapable de peser de son poids sur l’échiquier politique national et d’offrir une alternative au pouvoir du président Ould Abdel Aziz. Pourtant l’opposition dite radicale réunie sous le label FNDU ou G8, avait semblé capable de faire obstacle au pouvoir notamment après le fiasco du référendum d’aout 2017. C’est donc une opposition sans grande imagination qui s’apprête à en découdre avec un régime à bout de souffle.

Alors qu’une candidature consensuelle de l’opposition ne semble plus à l’ordre du jour, quelques noms de potentiels candidats se dégagent dont Birame Dah Ould Abdeid, Ould Maouloud, Ould Babamine, Ibrahima Moctar Sarr…

Fortement critiquée pour son apathie, le Forum National pour la Démocratie et l’Unité (Fndu) tente de se réorganiser en appelant à deux marches de protestation pour les mercredi 07 et samedi 09 février 2018.
Ces manifestations parait-il, visent à dénoncer la situation politique, économique et sociale dans laquelle le pouvoir actuel aurait plongé le pays.
Dans sa déclaration le FNDU souligne « une poignée de proches du régime accapare les richesses du pays, accumule les fortunes à l’intérieur et à l’étranger, se soigne et soigne les siens dans les plus grands hôpitaux européens et américains, envoie ses enfants dans les plus prestigieuses universités du monde et leur assure emplois et hautes fonctions ».

Le forum d’ajouter : « il est établi que le régime n’a plus à offrir au peuple mauritanien que davantage de hausse de prix, d’impôts, de taxes et de répression… ».

En fait jusqu’ici, cette opposition a paru en panne d’inspiration, laissant un boulevard au pouvoir qui agit encore en l’absence de véritable contrepoids. Pis le FNDU avait connu une crise qui avait failli mener à son implosion lorsque la présidence tournante devait revenir au pôle des indépendants. Heureusement un consensus avait été trouvé en la désignation de Ould Maouloud de l’UFP comme Président de ce forum pour 6 mois. Mais cette crise avait montré au grand jour les difficultés à réunir les positions des acteurs composant cet ensemble. C’est ainsi qu’une candidature unique de ce front ou de toute l’opposition mauritanienne semble exclue. La limitation d’âge qui frappe pourtant deux grands ténors de l’arène politique mauritanienne (Ould Daddah et Ould Boulkheir) auraient pu favoriser un rapprochement de l’opposition modérée et celle dite radicale en vue d’une large union pour la présidentielle. Jusque là rien ne laisse présager cette éventualité. D’ailleurs la précoce déclaration de la candidature de Birame Dah Ould Abeid ne milite pas encore à cette candidature unique. Ce dernier qui vient de rencontrer les principaux responsables de l’opposition (Ibrahima Sarr, Ahmed Ould Daddah, Bodiel Ould Houmeid, Messaoud Ould Boulkheir, Abdessalam Ould Horma…) pourrait difficilement fédérer l’opposition autour de sa personne. Il faut dire que la féodalité tant dans le milieu arabe que négro-africain a la dent dur. Certains ont encore du mal à accepter de se ranger derrière un candidat hartani qui en plus se déclare le pourfendeur justement du système féodal. Mais encore le discours de Birame fait peur . Cet homme a pourtant l’avantage d’être relativement jeune et de jouir d’un solide carnet d’adresses internationales. Encore, c’est le champion de milliers de hartanis et négro-africains qui voient en lui un homme téméraire qui pourrait apporter un changement en faveur des démunis et « laisser pour compte ». « C’est le seul qui ose faire front au pouvoir et cracher ses vérités » note souvent ses partisans. Une chose est sur, c’est que l’opposition devra compter avec cet homme, après la non éligibilité du tribun Ould Boulkheir ou du virulent opposant Ould Daddah.

Ould Maouloud de l’UFP ferait également bon candidat. Mais toutefois, on a l’impression que la base lui fait défaut. Son parti de cadres peine encore à rameuter les foules. L’audience d’un Ould Bedredine, d’un Lô Gourmo ou d’une Kadiata Malick Diallo n’en font rien. Mieux, il a perdu une certaine audience due son dernier boycott des élections, car les prises de position de ses députés avaient suscité une grande admiration et éclairé l’opinion sur certaines questions fondamentales. Dans certains milieux populaires on regrette encore l’absence de bedredine et de kadiata diallo à l’assemblée nationale. L’UFP reste un parti élitiste et une éventuelle candidature de leur président, quand bien même salué pour son caractère apaisé et réfléchi, ne risque pas d’infléchir la tendance.

Par ailleurs un autre candidat potentiel, Ibrahima Moctar Sarr qui avait créé la surprise en 2007, ne semble plus avoir le vent en poupe. Son ralliement pour un temps à la majorité présidentielle, passe encore mal. L’homme qui a pourtant été de tous les combats de l’opposition mauritanienne et qui reste un farouche animal politique, semble être en perte de vitesse. Ni du FNDU, ni de la majorité ou même de la CAP, la position de l’AJD/MR semble confuse. Mais encore Ibrahima Sarr doit faire face à l’éclosion du tonitruant Birame mais surtout du retour des Flam(FPC) qui partagent avec lui les mêmes thèmes.

La candidature de Cheikh Sid’Ahmed Ould Babamine, une des figures de proue du FNDU est également évoquée. Il faut dire que cet ex officier supérieur qui fut président de la CENI (qui a piloté avec un certain brio l’élection présidentielle de 2007), garde une certaine renommée depuis cette période. Homme de consensus dit-on, il a le désavantage de ne pas disposer de base populaire. Et Sa candidature passe par un adoubement de forces politiques avérées.

L’on aura noté que l’une des grandes forces de l’opposition Tewassoul est absente de cette analyse. Ce parti avait clairement annoncé qu’il ne présenterait pas de candidat pour la présidentielle mais il est sur que son soutien va être déterminant. Ce parti pourrait bien booster une candidature indépendante qui épouserait une partie de son programme. Birame Dah Ould Abeid ou Ibrahima Moctar Sarr semble difficilement partis pour bénéficier de ce puissant parti du fait d’antagonismes profonds difficilement joignables.

En tout état de cause, malgré la crise profonde qui secoue le pays, l’opposition dans l’état actuel pourra péniblement faire face au pouvoir si elle ne revoit pas sa stratégie et son positionnement. Même en cas d’un éventuel 2e tour. La victoire non plus, ne sera pas pour autant facile pour un régime en proie à des luttes intestines inquiétantes qui frisent la déconfiture.

AOB


Echos&Confi

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