Procès des jeunes : la démocratie en panne

, par  masterEveil , popularité : 38%

Après le forcing de l’article 38 et la décision de d’organiser un référendum le 15 juillet prochain, le pouvoir, en réprimant sévèrement la marche de la jeunesse et organisant un procès express contre 10 jeunes manifestants, a démontré encore une fois le peu d’intérêt qu’il accorde à la démocratie et au respect de la constitution.

Aux marches, sit-in, et autres manifestations pacifiques ; le pouvoir a toujours répondu par la violence. Le moins que l’on puisse dire est que le deuxième mandat de Ould Abdel Aziz a été rythmé par de nombreuses atteintes au droits de l’homme (arrestations, procès expéditifs, et emprisonnements).

Le dimanche 16 avril 2017 le mouvement citoyen "Marche pacifique de la jeunesse mauritanienne » s’était donné rendez-vous au carrefour BMD pour organiser une marche placée sous le thème « une logique de contestation citoyenne ».

Ces jeunes revendiquaient entre autres l’allègement des conditions d’enrôlement à l’état civil biométrique, une enquête sur les hépatites qui toucheraient 20% de la population mauritanienne, l’insertion des jeunes diplômés et la transparence dans les concours nationaux et l’enregistrement des taxis au niveau de la capitale Nouakchott pour lutter contre les viols.

Mais en dépit du caractère non violent de cette marche, la police a violemment réprimé cette manifestation, occasionnant de nombreux blessés. Mais également une dizaine de jeunes avaient été arrêtés et déférés à la prison en attenant leur procès qui s’est tenu le jeudi dernier.

Le pouvoir tentait alors de condamner les 10 jeunes sous le fallacieux motif de délit de flagrance comme c’était le cas des militants de l’IRA l’année dernière. Ainsi le Parquet avait requis 5 ans de prison ferme pour 5 membres du mouvement citoyen "Marche pacifique de la jeunesse mauritanienne" et 2 ans pour les 5 autres.

Finalement, 9 de ces jeunes seront acquittés et seule Oumou Kane, présidente de l’Association Multiculturelle pour un Avenir Meilleur (AMAM), a écopé une peine de 3 mois de prison avec sursis.

En dépit de la clémence du juge, les réactions ont été nombreuses depuis la répression de la marche de la jeunesse, jusqu’à la prononciation du verdict. Des partis politiques, organisations des droits de l’homme, organisations syndicales, Ong internationales ont tous condamné l’utilisation disproportionnée de la force et surtout l’organisation d’un procès qui n’avait pas de sens.

Ainsi, Amnisty International (AI), une ONG de défense des droits humains, a dénoncé la condamnation d’Oumou Kane, et a invité les autorités mauritaniennes aux respects des libertés, dans une déclaration publiée vendredi dernier.

Par ailleurs AI a demandé aux autorités mauritaniennes « l’ouverture d’une enquête sur le recours à la force dont les forces de police ont fait usage pour disperser les jeunes manifestants le week-end dernier, et les arrestations arbitraires qui ont suivi la manifestation.

Les responsables présumés de ces exactions doivent être présentés devant la justice dans le cadre d’un procès équitable ».
Ce que l’on peut retenir de ce nouveau raté de nos autorités, c’est que le pouvoir accumule les erreurs sans donner le signe d’en prendre conscience. Hier, c’était les militants et cadres de Ira, puis les jeunes du mouvement 25 février et encore aujourd’hui d’autres jeunes de gouter aux affres d’une répression injustifiée mais encore d’assister à des parodies de procès téléguidés depuis les salons feutrés de l’exécutif.

Selon certains analystes la brutalité de la répression de la manifestation des jeunes s’expliquerait par le courroux du Président Aziz qui n’aurait pas du tout apprécié une manifestation de jeunes mauritaniens devant son domicile à Paris.

Des mauritaniens qui auraient proféré des insultés et insanités au Président. Alors les jeunes qui auraient eu le malheur d’organiser leur marche juste au retour du Président en ont pris à la place des manifestants de Paris.

Ce qu’a rejeté Khali Diallo, coordinateur de ce mouvement de jeunes qui a nié tout lien avec des mauritaniens de l’étranger et qui a tenu à préciser que : « Dans notre marche, il n’y avait pas seulement des Peuls. Pas seulement des Soninkés. Pas seulement des Wolofs.

Pas seulement des Maures. Dans la marche pacifique de la jeunesse mauritanienne, Il y avait toutes les ethnies et toute la jeunesse mauritanienne…. « Vous savez, en Mauritanie, les gens ont peur de voir les jeunes se retrouver ensemble. Pendant des années, le discours de division a été servi en Mauritanie par tous les politiques pratiquement. Même si certains n’ont jamais explicitement porté ce discours, il a été à un moment devenu un sujet de discussion et un sujet politique chez eux ».

Dans la même foulée cinq jeunes activistes affilés au mouvement « Impossible de modifier la constitution » auraient été interpelé à Nouadhibou. Ces derniers avaient écrit des slogans hostiles à la visite qu’a entamée le président M. Mohamed Ould Abdel Aziz le lundi 24 avril, à Nouadhibou.

Non content de fouler au pied la constitution en organisant son référendum, le Président Aziz montre le peu d’intérêt qu’il accorde à la démocratie, en refusant aux citoyens le droit de manifester et d’exprimer leurs opinions. Des signes inquiétants qui montrent la frilosité du pouvoir surtout à la veille de la consultation électorale du 15 juillet. La peur de perdre est bien là en dépit des démonstrations de soutien au référendum.

AOB