Qui a tué le professeur d’université et avocat à la Cour, le docteur Cheikh Ould Hormatallah ? Radioscopie d’une mort mystérieuse

, par  masterEveil , popularité : 20%

D’emblée, la famille tient, tout d’abord, à remercier, du fond de cœur, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz pour la compassion et le soutien qu’il lui a manifesté dans la dure épreuve qu’elle a tra
versée. Alors qu’on pensait encore pouvoir sauver le disparu, le ministre de la justice a pris contact avec l’ambassadeur de France à Nouakchott pour l’obtention rapide d’un visa.

Parallèlement, le président a donné l’ordre d’affréter un avion médicalisé pour transporter l’intéressé à l’étranger avec une prise en charge complète de tous les frais d’hospitalisation. Toutefois, les médecins finirent par déclarer que le patient était intransportable.

Après le décès, le chef de l’Etat, a dépêché trois chargés de mission à la Présidence pour présenter ses condoléances. Pour sa part, la première dame, visiblement émue, s’est rendue au domicile du défunt pour soutenir la famille dans cette douloureuse circonstance.

Le Président a, par ailleurs, au lendemain de cette mort, pour le moins suspecte, ordonné l’ouverture immédiate d’une enquête. C’est ce qui explique que pas moins de cinq commissaires de police ont été chargés d’élucider cette affaire.

Apres ce témoignage de reconnaissance et de gratitude, envers le Président, venons en, à présent, à l’enquête qui, en toute bonne logique, aurait dû avoir pour seul objectif sinon d’appréhender, du moins de rechercher activement , le ou les auteurs de cet horrible assassinat.

A la faveur, probablement, des rapports préliminaires de la police et du medecin de garde à l’hôpital national, on a cru, un moment, à un suicide. Les réminiscences de cette insinuation sont toujours sous-jacentes. On verra, plus loin, que ce constat hâtif, était tout simplement infondé.

Pour la clarté de l’exposé, procédons méthodiquement, en passant en revue, les principales étapes de cette enquête. Bien qu’une année se soit écoulée après ce drame, force est de constater, qu’apparemment, cette enquête est restée au point mort.

En effet, si on excepte l’emballement des deux premières semaines où la famille s’est employée activement à collecter les indices et à rechercher les témoins pour les faire déposer auprès de la police, rien n’a été fait. Absolument rien. Au fil du temps, une chape de plomb semble avoir recouvert cette affaire. Et quand on interroge un responsable, celui-ci, visiblement embarrassé, s’abrite derrière le secret de l’enquête…

Des preuves irréfutables pour étayer la thèse de l’assassinat

Si on ignore les éléments en possession des enquêteurs- si tant est qu’ils existent-, on connait, en revanche, les éléments probants de la partie visible de cette affaire. Lesquels éléments sont parlants et excluent, totalement, la thèse du suicide. Comment ? C’est ce qu’on va voir plus loin, en abordant, avec minutie, les différentes étapes de cette affaire. Mais commençons, d’entrée de jeu, par cette conclusion invraisemblable : le défunt s’est « suicidé ». Soit.

Mais les péripéties de la scène macabre, telles qu’on veut nous les présenter, laissent penser - aussi invraisemblable que cela puisse paraitre -, qu’à chaque fois, le défunt a dû ressusciter, pour passer lui-même, d’une séquence à l’autre dans ce « suicide » à rebondissement. Qu’on en juge ! Le disparu se serait poignardé à l’oreille par un objet contondant, mais cela ne l’a pas empêché, plus tard, de se tirer une balle dans la nuque.

Comment expliquer alors que l’oreille ait été si violemment poignardée au point que le médecin de garde à l’hôpital qui a examiné le corps a, dans son rapport, indiqué que l’impact de la balle se trouvait dans cette oreille ensanglantée. L’autopsie viendra, par la suite, infirmer cette affirmation et préciser que cet impact se situait à la nuque.

Comment peut-on concevoir, que le défunt, après ce terrible coup à l’oreille par un objet pointu et la douleur inouïe qui s’en est suivie, ait pu encore avoir la force et la lucidité de tenter, une deuxième fois, de mettre fin à ses jours en se tirant une balle dans la tête ?

Pourquoi ne pas faire l’économie de tant de souffrances et se servir directement de son arme pour mourir ? D’autant qu’il était fragilisé par une opération chirurgicale mal guérie et qu’il était âgé de plus de soixante-cinq ans.

Du reste, il est fort probable qu’après ce puissant coup à l’oreille qui a, peut-être, atteint le cerveau à travers le conduit auditif, le disparu soit tombé en syncope, voire dans le coma. La seule explication rationnelle est que ce coup à l’oreille a été porté par un agresseur au tout début de cet homicide. A moins qu’après le coup de feu, le défunt se soit poignardé à l’oreille pour être sûr de ne pas manquer son rendez-vous avec la mort…

D’aucuns pourraient penser que cette grave blessure à l’oreille a été occasionnée par un objet pointu sur lequel serait tombé le défunt. Cela est inenvisageable pour trois raisons :

Un frère du disparu, en compagnie d’une autre personne, est allé, le matin même du drame, fouiller, mètre après mètre, le trottoir et le bitume à la recherche du moindre objet, en vain.

Par ailleurs, si cela avait été le cas, la victime aurait été trouvée, couchée sur le côté et non pas dans une position « gracieuse », sur le dos… Et on aurait trouvé du sang partout.

La troisième raison, scientifique, celle-là, exclut aussi cette hypothèse car des gouttes de sang ont été trouvées le long de la largeur du goudron, donc loin de l’emplacement du corps, ce qui explique que le défunt a été transporté jusqu’à cet endroit.

Un policier expliqua, en aparté, à un membre de la famille de la victime, que ces gouttes de sang sur le goudron sont parlantes. Puis, il ajouta : « Quand ces gouttes proviennent d’un corps déjà à même le sol, elles restent denses et unies. En revanche, quand elles s’écoulent, d’en haut, à partir d’un corps transporté et qu’elles tombent sur un sol dur, elles s’éparpillent comme c’est le cas dans cette affaire ».

Ceci, une fois de plus, accrédite la thèse qui soutient que le corps du défunt a été transporté, pour la traversée de la largeur du goudron, vers l’entrée de la mosquée.

Comment expliquer que l’intéressé dans un état de mort clinique, après « s’être tiré » une balle dans la nuque, soit retrouvé, couché sur le dos, le boubou propre et bien arrangé, les bras croisés et sans aucune arme à côté de lui ?

Comment se fait-il qu’au lieu de trouver un corps qui baigne dans des flaques de sang, on n’ait retrouvé sous ce corps que de minuscules gouttelettes ?

Comment expliquer que les habits du défunt ne portaient aucune tache de sang, hormis deux ou trois gouttes de la taille d’une pièce de monnaie ?

Comment expliquer que le député de Tichit qui l’a transporté à l’hôpital ait juré devant de nombreux témoins qu’il n’a pas lavé les sièges de sa voiture car il n’y avait aucune trace de sang.

Comment se fait-il qu’on ait trouvé des gouttes de sang tout au long de la largeur du goudron ? N’y a-t-il pas là une preuve indiscutable que le corps venait d’un autre endroit ?

Comment expliquer que le petit calibre (presque un gadget) qui aurait été à l’origine de la mort n’ait été trouvé, d’après trois témoins dont Bouya Ahmed Ould Chrif,député de Tichit, qu’aux urgences ? Cette arme qui était bien enfouie dans le pantalon est tombée quand le médecin qui procédait à un examen du corps, a soulevé l’une des jambes du disparu, toujours en présence du parlementaire.

Comment se fait-il que les empreintes sur ce pistolet-gadget aient été soigneusement effacées ? Les seules empreintes retrouvées sont celles du député de Tichit qui a eu la présence d’esprit de prendre l’arme par le canon.

L’un des commissaires chargé de l’enquête donnera une version pour le moins surprenante. Pour lui, les empreintes ont été effacées car on aurait commis l’erreur d’envelopper l’arme dans une feuille de papier A4 au lieu d’un mouchoir kleenex.

Une question simple se pose alors : pourquoi les empreintes du défunt ont été effacées et pas celles du député ? De plus, il n’est pas besoin d’être un spécialiste pour savoir qu’une feuille A4 est plus rigide qu’un mouchoir kleenex et est, partant, à même de préserver, sinon la totalité des empreintes, du moins une bonne partie de celles-ci.

En revanche, le papier kleenex très mou, va épouser tous les contours de l’arme et, avec la manipulation, effacer les empreintes en question. Mais a-t-on pensé que ces empreintes ont, peut-être, été déjà soigneusement effacées par le ou les auteurs de cet assassinat ? C’est pourquoi, on n’a retrouvé que les seules empreintes du député.

Pourquoi l’emplacement du corps, devant la mosquée, a été entièrement recouvert, après seulement deux ou trois heures, par un chargement de sable déversé par un camion ?

Pourquoi n’avoir pas établi, autour de la scène du crime un périmètre de sécurité- comme c’est toujours le cas – pour laisser tout le temps nécessaire aux enquêteurs de faire leur travail ?

Pourquoi les échantillons prélevés pour être analyser à l’étranger ont fini par pourrir à l’hôpital national et n’ont donc jamais quitté cet établissement hospitalier ?

Pourquoi le ministre de la justice a-t-il dit, dans son bureau, en présence de l’un des frères du défunt et devant les deux procureurs de la république (l’ancien, El Khalil et le nouveau, Mohamed Ould Bakar) : « on parle de suicide. Au mieux, il s’agit d’un meurtre et, au pire, d’un assassinat ».

Pourquoi, un médecin neuro-psychiatre qui était à l’hôpital et qui a vu le scanner a conclu sans l’ombre d’une hésitation : « Il s’agit d’une exécution ».

L’assassinat n’a pas eu lieu devant la mosquée

Les développements qui précèdent montrent, à l’évidence, que le suicide est exclu. Dès lors, la question qui se pose est de se demander pourquoi le corps (après une mort clinique) a été retrouvé à l’entrée de la mosquée ? Il est hautement probable pour ne pas dire certain, que le ou les assassins ont dû tuer le disparu à proximité de la mosquée et l’ont transporté à cet endroit précis, c’est-à-dire, son entrée. Car, il est invraisemblable, que l’exécution ait eu lieu à cette entrée de la mosquée. Pourquoi ? Pour deux raisons :

Première raison : Les assassins n’avaient pas le temps de le tuer, de mettre le corps dans la position décrite par les témoins, c’est-à-dire, de le faire coucher sur le dos, les bras croisés, d’arranger son boubou, d’enfouir son arme dans les plis de son pantalon…

Deuxième raison : La détonation de la balle a été entendue à la fin de la deuxieme Rakâa de la priére de l’aube qui en compte seulement deux. Or, les gens pouvaient sortir de la mosquée, à tout moment. Sans parler des prieurs retardataires qui pouvaient surgir, à chaque instant, des petites ruelles attenantes à la mosquée pour ne pas rater la fin de la priére. De plus, la portion du goudron devant la mosquée était éclairée, comme en plein jour, par de puissants lampadaires publics.

Le disparu a donc, vraisemblablement, été tué ailleurs et transporté à l’endroit où on a trouvé le corps. La balle qui a été tirée dans sa nuque provient, probablement, de son arme ou d’une autre arme, mais après qu’il fût, déjà, été dans un état de mort clinique. Il s’agit, sans doute, d’une opération de diversion pour maquiller l’assassinat en suicide.

A la sortie de la mosquée, le rapport est vite fait. Car la corrélation semble évidente : une balle tirée et un corps presque sans vie, gisant par terre. Une fausse piste toute trouvée pour induire en erreur les enquêteurs.

Mais un témoignage capital, fait aux enquêteurs, vient jeter un éclairage particulièrement édifiant sur la tournure qu’aurait dû prendre l’enquête. Un peu avant le drame, l’épouse du défunt, regardait par la fenêtre son époux se rendant, comme à l’accoutumé, à la mosquée. Les policiers ont mesuré la distance entre la maison du disparu (située dans une impasse) et l’édifice religieux. La distance en question est de 72 (soixante-douze) mètres.

Alors que le muezzin était entrain de faire son dernier appel pour le début imminent de la prière (( الإقامة), l’épouse a vu son mari s’arrêter au niveau d’une voiture garée dans la ruelle à une vingtaine de mètres de la mosquée. Il se pencha alors côté chauffeur pour parler avec le ou les occupants du véhicule. Dans la pénombre, elle ne put distinguer la ou les personnes qui étaient à l’intérieur de la voiture.

Fin du témoignage. La femme a commencé à faire sa prière.

Huit minutes pour parcourir une vingtaine de mètres ?!

Il faut maintenant considérer, avec attention, le laps de temps compris entre la discussion du défunt avec le ou les occupants du véhicule et la détonation de la balle devant l’entrée du lieu de culte.

Si l’intéressé s’était suicidé, les gens qui s’apprêtaient à prier auraient dû entendre la déflagration de la balle avant que l’imam commence son office ou, tout au moins, au début de celui-ci.

Car le disparu n’avait à parcourir que la vingtaine de mètres qui le séparait de la mosquée. Soit un trajet d’une minute, au grand maximum. Or, il n’en fut rien. Les gens à l’intérieur du lieu de culte entendirent la détonation de la balle seulement à la fin de la deuxième rakâa.

Un petit calcul, à la portée de tout le monde, permet, rapidement, de savoir, approximativement, le temps que les prieurs ont mis avant d’entendre la balle. L’imam de la mosquée en question est connu pour sa récitation posée du Coran. Pour cette prière de l’aube, il a récité dans les deux rakâas, outre la fatiha, les deux dernières sourates de l’avant dernier chapitre (hazb) des soixante que compte le Saint Coran. Dans la première rakâa, l’imam a récité la sourate intitulée Les Zodiaques ( ). Dans la deuxième, la sourate intitulée : Le Visiteur Nocturne ().

Combien de temps a donc duré, approximativement, cette prière ? Après l’ultime appel à la prière (), l’imam passe environ une à deux minutes pour l’alignement des rangs des prieurs. Puis, chaque rakâa avec les sourates précitées, lui prend entre 3 et 4 minutes. Soit au total, au minimum 7 à 8 minutes.

Comment expliquer dès lors, une fois de plus, que le défunt ait mis 7 à 8 minutes pour parcourir une vingtaine de mètres ? La seule explication plausible est que ce temps a, peut-être, été mis à profit pour le poignarder sauvagement à l’oreille, au point que le médecin de garde à l’hôpital a écrit, par erreur, dans son rapport que l’impact de la balle se situait, précisément, à l’oreille. On peut deviner la suite : assassinat suivi du dépôt du corps devant la mosquée.

Des témoignages concordants accréditent la thèse du scénario décrit plus haut .En effet, des témoins, ont vu une voiture (Avensis) grise, sans plaques d’immatriculation, passer devant la mosquée à la même heure. La police a été informée de ces témoignages.

En résumé, tous les faits et arguments développés plus haut, infirment totalement la thèse du suicide. Sauf, si, par extraordinaire, le défunt après s’être poignardé à l’oreille avait jugé que cela n’était pas suffisant pour lui donner la mort et a pris son pistolet pour se tirer une balle dans la nuque. Mais ce n’est pas tout : Dans un état de mort clinique, il aurait trouvé la force et la présence d’esprit pour se coucher sur le dos, arranger ses habits, croiser les bras et enfouir son arme dans les plis de son pantalon.

Sans oublier qu’il a pris la précaution de bien réguler le flux de son sang pour ne laisser sur place que deux ou trois gouttelettes. Soyons sérieux ! Tout cela n’est, ni plus ni moins, qu’une simple vue de l’esprit.

Quatorze cas de ce type de « suicide », ont été recensés dans le monde

Soit dit en passant, imaginons un instant que quelqu’un veille se suicider par balle. Le moyen le plus simple et le plus courant est de se tirer cette balle dans la tempe ou au front. Le disparu a, apparemment, opté pour l’endroit le plus difficile d’accès : la nuque.

A moins d’être un acrobate d’une souplesse exceptionnelle, ce geste n’est pas à la portée de tout le monde. Imaginons la difficulté de la contorsion : La main ramenée derrière le dos, puis « allongée » par la longueur du pistolet et le tout porté haut vers la nuque. A ce sujet, un des enquêteurs a confié au Colonel Dahane Ould Ahmed Mahmoud, qu’il a fait des recherches sur Internet et que seuls 14 cas de ce type de suicide, ont été recensés dans le monde.

Comment un homme âgé de plus de soixante-cinq ans, affaibli par les séquelles encore vivaces d’une opération chirurgicale aurait- il - pu avoir l’agilité pour réussir un tel tour de force ?

Enfin, un constat : on ne peut se suicider, en l’occurrence par balle, que dans trois positions : debout, assis ou couché. Dans les trois cas de figure ainsi considérés, le pistolet après le coup de feu, est automatiquement éjecté de la main. Comment expliquer, une fois de plus, qu’on n’ait trouvé l’arme en question que lors de l’examen du corps à l’hôpital. Cette arme était bien enfouie dans le pantalon du défunt.

Un autre élément, pour le moins troublant, vient corroborer cet ensemble de faits et d’indices qui militent clairement pour appuyer l’hypothèse de l’assassinat.

Durant les jours qui ont suivi le drame, une voiture suspecte, tous feux éteints, venait, chaque fois, à une heure avancée de la nuit, se garer dans un petit parc devant la maison du disparu. L’épouse du défunt qui observait régulièrement la scène de l’étage, prit peur.

D’autant qu’un habitant de la maison – une courageuse nièce du disparu – aperçut un homme rôder autour de la porte d’entrée. Elle l’interpella en ces termes : « Que fais-tu ici ? » L’homme tourna immédiatement le dos, visiblement, pour éviter d’être dévisagé.

En revenant sur ses pas, il finit par dire, toujours en tournant le dos : « j’habite en face dans les appartements meublés de l’ex - Ministre Bâ Mamadou Racine. La femme rétorqua : « Ce n’est pas vrai, les appartements en question sont actuellement occupés par des étrangers, des Sénégalais…

Une psychose s’empara alors de la maisonnée.

Un frère du défunt en fit part au ministre de la justice. Lequel appela, par téléphone, devant lui, le directeur général de la Sureté Nationale. Peu de temps après, le commissaire de police de TVZ 2, se présenta à la maison pour s’enquérir des faits. Puis, il dit : « Je vais mettre, ce soir, un piquet ».

On comprit, que le mot « piquet », dans le jargon policier, veut dire, probablement, « une sentinelle ».

Trois pistes possibles pour élucider cette affaire

Avant de clore ces passages sur ce suicide présumé, voyons, rapidement, les trois pistes possibles pour élucider cette affaire. On dit souvent qu’un problème clairement posé est à moitié résolu. Le bon sens aurait voulu qu’on procédât par élimination. Ainsi les hypothèses de travail clairement invraisemblables et, de surcroit, avec preuves à l’appui, auraient dû être écartées.

Dans le cas d’espèce, il y a trois pistes possibles : le suicide, le crime crapuleux et l’assassinat. On vient de voir, plus haut, que le suicide, en toute bonne logique, ne peut être envisagé. Le crime crapuleux, non plus. Pourquoi ? Le défunt n’avait pas d’argent sur lui.

En revanche, le meurtrier aurait pu dérober sa montre et surtout, son pistolet pour le brader, par la suite, à 20.000 ou 30.000 ouguiyas. Ce sera toujours ça de gagné, au lieu de tuer gratuitement quelqu’un et de repartir bredouille. Reste la piste de l’assassinat. Le problème, tout le problème est là.

Le Colonel Dahane Ould Ahmed Mahmoud, en homme d’armes, qui fut parmi les tous premiers prieurs à découvrir le corps, confiera à des amis, notamment à un ingénieur minier à la retraite, ancien haut responsable de la SNIM, qu’il était, personnellement, convaincu de 3 choses :

« L’intéressé ne s’est pas suicidé ;
Il n’a pas été tué devant la mosquée ;
Et que son pistolet n’est pas la cause de sa mort. »
On ne pouvait mieux résumer la situation.

Dahane, avait déjà, auparavant, tenu les mêmes propos à un membre de la famille du disparu, dans la mosquée, lors de la prière surérogatoire en commun du Ramadan.

Le Colonel Dahane affirme que le pistolet n’est pas à l’origine de sa mort. Ce constat ne doit pas être pris à la légère. C’est pourquoi, une remarque s’impose à propos de ce pistolet. Il s’agit d’une espèce de petit pistolet gadget avec des balles sous forme de petites billes métalliques enrobées dans du caoutchouc.

C’est un peu l’équivalent, en miniature, du fusil à plomb avec lequel les enfants jouent au tir à la cible. Et comme l’a noté le Colonel Dahane, il est exclu qu’il soit à l’origine directe de la mort. Il a, probablement, joué un rôle de diversion. Car on ne peut imaginer, un seul instant, qu’une petite bille métallique ait sectionné le cerveau du défunt en deux parties parfaitement séparées comme le montre très nettement le scanner.

Un ancien officier (artilleur) - prêt à témoigner- et qui se trouvait, lui aussi, dans la mosquée a affirmé que la détonation de la balle qu’il a entendue ne provenait pas du petit pistolet du disparu.

Un autre témoin, lui aussi, prêt à témoigner, qui sortait d’une autre mosquée (mosquée Ould Mahmouden), distante de plusieurs centaines de mètres, affirme avoir entendu la détonation de cette balle. Tout expert en balistique confirmera qu’à cette distance, il est quasiment impossible d’entendre cette détonation. Ce qui, une fois de plus, exclut que cette détonation ait le moindre rapport avec l’usage de ce pistolet-gadget.

Un autre témoin, Bouya Ahmed Ould Chérif, le député de Tichit qui fut également l’un des tous premiers prieurs à découvrir le corps et à le transporter à l’hôpital, déclara, sans embage, devant des témoins : « Cet homme a été assassiné ! Il serait impardonnable de coller à sa mémoire cette infamie du suicide. Personnellement, et quelles qu’en soient les conséquences, je le proclamerai haut et fort ! ».
Enfin, une question banale : Pourquoi l’intéressé ne s’est - il pas suicidé, tout simplement, chez lui !? Pourquoi faire ses ablutions, partir à la mosquée pour la prière de l’aube avec l’intention de jeûner ce jour, pour se faire sauter la tête, quelques mètres plus loin, à l’entrée du lieu de culte ?

La santé mentale du défunt

La théorie du suicide repose sur ce qu’on pense, à tort, être deux éléments concordants. Deux éléments qui seraient nécessaires et suffisants pour arriver à la conclusion du suicide. A savoir l’usage du pistolet et la santé mentale du défunt.

Nous pensons, dans les développements qui précèdent, avoir battu en brèche la thèse du petit pistolet.

En ce qui concerne la santé mentale du disparu, celle-ci n’a jamais été pour lui, pour sa famille, ses amis et son entourage professionnel, l’objet d’aucune suspicion. Nous disons bien aucune.

Mais comme la question se pose et qu’elle devient, pour certains, un élément constitutif du « suicide », alors abordons là. Le défunt a subi en Tunisie une importante opération chirurgicale en rapport avec une hernie.

Depuis son retour de Tunisie, il s’est aperçu que les séquelles de cet acte chirurgical n’ont pas disparu et que, au contraire, elles l’ont un peu affaibli sur fond d’un état pré-diabétique. Il en souffrait beaucoup. Il n’arrivait plus à dormir que deux ou trois heures par nuit. Pour l’aider à retrouver un sommeil profond, il a continué à prendre, comme il le faisait, déjà, depuis trente-cinq ans, alors qu’il était encore étudiant en France, des tranquillisants.

Il faut bien noter qu’il s’agissait bien de combattre non pas un stress psychiatrique mais physique. Comme il s’est aperçu que le dosage qu’il prenait d’habitude n’avait plus beaucoup d’effet, il se rendait parfois, chez le Docteur Dia pour un ajustement du dosage ou la prescription d’un médicament de substitution.

Ses rares visites chez ce médecin ont, apparemment, contribué à transformer un assassinat en suicide : car les deux fameux éléments étaient réunis : la balle du petit pistolet et le Docteur Dia. Que cherche-t-on de plus ? En somme, il s’agit bien d’un acte de démence.

Car en Mauritanie, consulter le Docteur Dia, est souvent, pour ne pas dire toujours, associé à un état de démence.

Ce qu’on ne sait pas, en revanche, c’est que le disparu appartenait à l’ancienne école où les gens ne voulaient être consultés que par des praticiens qui ont pignon sur rue avec l’expérience et les compétences requises. Ils s’accommodaient difficilement des jeunes médecins frais émoulus.

Face au stress de la vie de tous les jours, nombre de mauritaniens prennent, quotidiennement, des tranquillisants (anti-dépresseurs, anti-anxiolitiques) ! En France, le pourcentage officiel des français qui font usage de ce genre de médicaments est de 45% de la population. C’est dire que la prise de ces tranquillisants n’a rien à voir avec la psychiatrie.

La lucidité du défunt était totale et ses facultés de discernement intactes. Totalement intactes.

D’ailleurs, il suffisait d’observer son comportement au quotidien, d’interroger sa famille, ses étudiants, ses collègues et toutes les personnes qu’il fréquentait pour s’en rendre compte. La veille de son assassinat, il donnait non seulement, le plus normalement du monde, son cours à la Faculté de droit, mais en plus, il prolongea celui-ci d’une heure supplémentaire pour rattraper un cours perdu.

Il était connu pour être l’un des très rares professeurs qui terminait toujours leur programme et ne s’absentait presque jamais. Une enquête objective, recouperait, point par point, toutes les affirmations qui précédent.

Professeur émérite, il venait, tout juste à la veille de son assassinat d’accepter une responsabilité qu’il a toujours refusée : la supervision d’un troisième cycle en droit (master). Le jour de son assassinat, il avait un programme chargé : rendez-vous avec des amis, avec des libraires… Tout cela pourra, facilement, être vérifié et recoupé. C’est dire que le suicide n’était pas, loin s’en faut, à l’ordre du jour.

Après cette longue entrée en matière et au risque de verser dans la redondance et autres redites voyons, à présent, la chronologie des différentes étapes de cette sombre affaire.

Le Procès-Verbal de la Police

L’épouse du défunt a été entendue par la police en tant que témoin. Voici, en résumé, sa relation des faits : « Je faisais face à quatre ou cinq commissaires qui se relayaient pour poser les questions. L’interrogatoire devenait de plus en plus musclé.

Puis, très vite, le ton monta. J’avais l’impression qu’on voulait classer ce dossier au plus vite et « prouver » qu’il s’agit de suicide. A toutes les questions qui tendaient à accréditer la thèse du suicide, je répondais, chaque fois, par la négative.

Cet interrogatoire se déroula sur fond de menaces et d’intimidation : « Avoue que ton mari se droguait ; qu’il s’est suicidé et tu seras libre tout de suite et on gardera tout cela secret. » Mes réponses étaient entrecoupées par des « tu ments ! ».

Après près de cinq heures d’un interrogatoire exclusivement à charge, on me présenta un papier à signer. Je répondis que je ne pouvais pas signer un papier dont j’ignore le contenu. On me répondit qu’il s’agit d’un « brouillon » et qu’on vous appellera pour la signature de la version définitive.

Ce qui n’a jamais été fait par la suite. Je tiens à préciser que j’ignore totalement ce qu’on m’a forcé de signer ». Est-il besoin de rappeler que ce PV, obtenu, apparemment, dans des conditions particulières sur fond de menaces et d’intimidations, ne peut avoir aucune valeur juridique ?

Scène du crime

Position du corps selon les témoins : Le défunt était couché sur le dos, le boubou bien arrangé et les bras croisés et quasiment aucune trace de sang sur le sol. Pour de plus amples détails sur la scène du crime se reporter aux développements qui précédent.

Le disparu a été transporté aux urgences par le député de Tichit et par l’ancien Wali de Nouakchott, Mohamed Lemine Ould Moulaye Zeine.

Arrivé aux urgences, le défunt a été placé sur un chariot et amené dans une salle d’examen. Lors de cet examen, le médecin, en soulevant l’une des jambes du disparu a fait tomber le petit pistolet qui était caché dans son pantalon.

Les empreintes sur le pistolet ont été soigneusement effacées avant son arrivée à l’hôpital. Les seules empreintes qui ont été retrouvées sont celles du député de Tichit qui a eu la présence d’esprit de prendre l’arme par le canon.

Dans son rapport – ce qui a, probablement, poussé certains à parler de suicide-, le médecin de garde a fait mention d’informations pour le moins surprenantes : Il a conclu que l’impact de la balle (ou plutôt de la petite bille métallique) est entrée dans le cerveau par l’oreille car celle-ci était ensanglantée.

Il n’a pas eu la présence d’esprit de retourner le corps pour s’apercevoir que l’impact de la balle se situait à la nuque, ce que l’autopsie confirmera, par la suite. Le sang qui se trouvait à l’oreille est dû à un objet contondant (pointu) avec lequel on a poignardé sauvagement cette oreille.

Dans ce rapport, le médecin de garde a affirmé, par ailleurs, que le défunt prenait des psychotropes.

Or, les mots ont un sens. Quand on parle de psychotropes, on parle de drogue (cocaïne, héroïne) ou d’alcool très fort qui font perdre à celui qui les prend toute lucidité. Ces affirmations sont totalement infondées pour deux raisons : Car pour établir la véracité de ces affirmations, il faut des analyses de laboratoire très poussées ce qui, naturellement, n’a pas été fait dans le cas d’espèce car le medecin en question n’avait ni le temps ni les moyens pour arriver à une conclusion aussi hâtive qu’infondée.

On ne peut, ici, que relever une similitude étonnante entre le PV de police et ce rapport du médecin de garde. Car tous les deux semblent vouloir conclure, un peu rapidement, à un suicide.

Balle tirée dans l’oreille et psychotropes –ces deux erreurs inqualifiables de ce médecin- ont, sans doute, une fois de plus, laissé penser à un suicide, ce que l’autopsie va infirmer, à moins que celle-ci, n’ait été, entretemps, « revue et corrigée ». Mais quoi qu’il en soit, des témoins (médecins) ont assisté à cette autopsie et sont prêts à témoigner.

L’autopsie

L’autopsie a été, précisément, effectuée en présence d’un medecin de la famille du défunt. Le légiste a affirmé à ce dernier qu’il s’agissait bien d’un crime. Un autre médecin de la famille a vu le rapport du légiste qui concluait également à une affaire criminelle. Ces deux médecins sont prêts à témoigner. Un troisième médecin, neuro-psychiatre, qui se trouvait à l’hôpital et qui a vu le scanner a conclu, sans hésiter, qu’il s’agissait d’une exécution.

Le rapport d’autopsie a-t-il été, par la suite, « revu et corrigé » ? Dieu seul, puis la police le savent.

Les témoins

Certains témoins n’ont pas été entendus. D’autres se sont rétractés. Deux exemples. Un ancien ministre de l’Intérieur a fait part, aux gens de la mosquée, d’une étrange confidence, la nuit qui a précédé l’assassinat. Alors qu’il s’apprêtait à entrer dans le lieu de culte, il dit avoir vu deux ou trois individus qui se tenaient en retrait à la porte d’entrée.

Il a entendu l’un d’eux dire : « Ce n’est pas lui ». Sur le coup, il n’a prêté aucune attention à ces paroles. Mais après le drame, la nuit suivante, il fit un rapprochement entre les deux faits.

Ce témoignage est d’autant plus crédible que la ressemblance – de loin- entre l’ancien ministre et le défunt est frappante : A peu prés la même taille, cheveux poivre sel, tirant sur le blanc, même teint basané et tous les deux avec des lunettes. Plusieurs jours après le drame, l’ancien ministre en question, interrogé par la police s’est rétracté, niant avoir jamais tenu de tels propos.

Un autre témoin, un médecin neuro-psychiatre a dit à l’un des frères du disparu, qu’il a vu le scanner et que pour lui, il n’y a aucun doute, le défunt a été assassiné. Le terme qu’il a utilisé est « exécuté ». Puis, il est rentré dans des explications techniques pour appuyer son affirmation. Le frère du disparu lui demanda de lui donner tout cela par écrit.

Peu de temps après, le medecin lui téléphona pour lui dire qu’il a demandé conseil à un parent au ministère de la justice et que ce dernier lui a dit de ne pas se mêler de cette affaire d’autant qu’il ne fait pas partie des médecins directement concernés.

Ce témoin a longtemps rusé avec les enquêteurs pour se dérober à leur convocation, prétextant, chaque fois qu’il s’apprêtait à rentrer au bloc opératoire. Il finit, toutefois, par répondre à la convocation de la police et nia, en bloc, tout ce qu’il avait dit auparavant.

Un témoin clé, n’a pas été entendu par la police. Celle-ci a déclaré, curieusement, ne pas l’avoir retrouvé. Il s’agit en l’occurrence de Cheikh Ould Baha, avocat et ancien ambassadeur, lequel a affirmé à maître Yarba Ould Ahmed Saleh et, par la suite, à un des frères du défunt, que deux semaines avant la mort du disparu, il s’est retrouvé avec lui au guichet des services de l’ambassade de France pour la délivrance de visa.

Cheikh Ould Baha affirme avoir entendu le regretté dire au préposé au visa de faire preuve de célérité pour l’obtention de ce visa car, dit-il, j’ai un exéquatur en France. Pour mémoire, l’exéquatur est un jugement rendu dans un pays, et qui va être exécuté dans un autre pays, en l’occurrence la France, en vertu de la coopération judiciaire internationale.

Le ministre de la justice a été saisi par la famille du disparu pour avoir des informations sur cet exéquatur. Parallèlement, elle a demandé aussi que l’ambassade de France soit saisie par le biais du ministère des affaires étrangères pour de plus amples informations sur cette demande de visa. Plusieurs mois après, force est de constater que rien, absolument rien, n’a été fait. Pourtant, cette affaire d’exéquatur, peut constituer un réel mobile pour l’assassinat…

Un autre témoignage important, celui de Mint Ahmed Louly (cousine de l’ancien chef de l’Etat), fonctionnaire à la direction générale de la Sûreté Nationale, n’a été suivi d’aucune investigation digne de ce nom. L’intéressée a parlé de deux jeunes qui ont vu deux personnes suspectes à bord d’une voiture garée non loin de la scène du crime.

La famille du disparu a informé la police de ce témoignage. Les enquêteurs, à la lumière des renseignements donnés par la policière (Mint Ahmed Louly) ont déclaré avoir rencontré la mère de l’un de ces jeunes qui leur a donné un faux numéro à l’étranger. Car les deux jeunes en question auraient voyagé, l’un en Angola et l’autre au Congo.

Pourtant, la description que l’un de ces jeunes a donné du conducteur de la voiture suspecte est très précise : teint foncé, moustache et barbe réunies en « zéro », excroissance au niveau du visage, la quarantaine, aspect lugubre…

Ce témoignage est recoupé, par deux autres. Ceux de deux personnes qui ont rencontré, elles aussi, le même individu, à l’hôpital. Elles en ont donné, très exactement, la même description faite plus haut, mais en plus, ils l’ont vu debout. Il est, plutôt, de petite taille. Cet individu arborait une blouse blanche, probablement pour ne pas attirer l’attention.

Le premier témoin, membre de la famille et médecin lui-même a dit que son confrère de garde lui a fait part, dés l’arrivée du corps à l’hôpital, d’un homme qui répond aux descriptions précitées, lequel est venu le voir pour lui dire qu’il fait partie de la famille du défunt et que, malheureusement, le disparu se droguait, qu’il a subi une opération chirurgicale en Tunisie, qu’il était fou et qu’il s’est suicidé.

Le parent répondit au médecin que cette description ne correspond à aucun membre de la famille et que ces derniers ne peuvent pas tenir de tels propos mensongers.

Pour certaines personnes, cet individu serait venu, en reconnaissance, pour bien s’assurer de la mort de la victime.

Le deuxième témoin est Mariém Mint Hemdane, l’épouse d’un neveu du disparu. Elle et sa mère ont croisé, dans les escaliers de l’hôpital, le même individu qui dévalait ces escaliers en sens inverse, vers la sortie. Il a failli les renverser. Elles en ont donné la même description faite par les témoins précédents. L’homme leur parla du défunt dans les mêmes termes tenus, un peu plus tôt, au médecin de garde. La jeune femme lui répondit : « Tu ments ! » Il s’agit d’un membre de la famille et on le connaît bien. Sur ce, l’homme tourna le dos, puis disparut.

Mariem Mint Hemdane fera, par la suite, une déposition à la police.

Il faut bien noter, qu’à notre connaissance et malgré l’insistance de la famille, aucun avis de recherche n’a été émis par la police contre ce suspect. Pourtant, tous les éléments, pour faire un portrait robot, étaient réunis.

Sur un autre plan, il faut bien noter que le jour de sa mort, le disparu, avait un rendez-vous à seize heures avec sa sœur, Mahjouba, pour déposer certains de ses ouvrages dans plusieurs librairies de la capitale. Il avait aussi convenu, avec son ami, Mohamed Ould Mohamed Horma, de rendre, ensemble, une visite, le soir, à un parent et ancien promotionnaire de Faculté, Moussa Ould Cheikh Sidiya. Tout cela pourra facilement être recoupé.

Qui était cet homme qu’on a assassiné ?

Le défunt est mort à l’aube, un vendredi, alors qu’il jeûnait et se rendait, comme à l’accoutumé, à la mosquée. Les jours précédents, il avait déjà accompli les formalités pour se rendre, lui et son épouse, au pèlerinage. Les billets seront remboursés, après sa mort, à son conjoint par l’agence de voyage.

Le disparu était un homme qui menait une vie sobre, austère même. Un homme qui fuyait le luxe, les honneurs et la facilité. Un homme parmi les rares hommes qui n’était pas habité par la boulimie matérielle ambiante et qui n’a jamais cédé aux sirènes de la corruption ou de la compromission. Un homme qui malgré son rang social, vivait comme un simple citoyen. Sans portable, s’habillant toujours en percale, faisant lui-même les courses de la maison et aidant les domestiques dans leur travail.

Un homme exemplaire aussi de par son éducation, sa piété, sa dévotion, son intégrité, sa droiture et ses qualités morales inégalables.

Un homme dont de nombreux témoignages posthumes mirent en exergue les innombrables et discrètes actions de bienfaisance.

Conscient que la seule vie qui vaille est celle d’outre- tombe, il ne s’est jamais laissé subjuguer par le charme et les délices de ce bas-monde. Il a été rappelé auprès du Tout- Puissant en n’ayant jamais perdu de vue l’essentiel. La quasi-totalité de son temps était consacré à la mosquée, à l’écriture et à ses étudiants à la faculté de droit.

Il avait une vie rangée. Ses sorties se limitaient à des visites familiales. Ses amis se comptaient sur les doigts d’une seule main. Il ne cherchait jamais à être remarqué et abhorrait le devant de la scène. Sa seule obsession était le travail bien fait.

La nuit, bravant le danger, il se faufilait, souvent, dans les ruelles étroites et mal éclairées des quartiers populaires pour distribuer vivres et habits aux pauvres et aux nécessiteux.

Le muezzin de la mosquée (Youssef) révélera ce que sa propre famille ignorait, à savoir qu’il participa financièrement de façon conséquente, dans la plus grande discrétion, à la construction et à l’équipement de ce lieu de culte devant lequel on a trouvé son corps.

Un homme aussi pieux, conscient, en bon musulman, que tout suicidé va directement en Enfer, pouvait-il être l’auteur d’un pareil acte ? Nullement.

La Famille

Au terme de ces développements, un constat mérite d’être mis en exergue. Après de longs et pénibles mois d’un silence assourdissant, il s’avère que l’enquête – si enquête il y a – est toujours au point mort.

Le défunt est issu de deux puissantes tribus qui comptent beaucoup de notables, d’intellectuels et de hauts cadres qui n’entendent nullement se satisfaire d’un classement, sans suite, de ce dossier. Sans compter nombre d’avocats, d’universitaires, d’étudiants et d’ONG qui tiennent à ce que cette affaire soit élucidée. La famille, soucieuse du respect de l’ordre public, essaie de refreiner les velléités des uns et des autres.

L’ultime recours qui reste à cette famille est de s’adresser directement au Président de la République pour lui demander, de vouloir bien, donner ses hautes instructions pour recommencer l’enquête. Une enquête qui devra, naturellement, avoir pour seul ressort la manifestation de la vérité.

Nouakchott le 29/4/2018

Pour la famille, les frères du défunt :

Moussa Hormat-Allah, professeur d’université, lauréat du Prix Chinguitt ;Mohamed El Khamess Sidi Abdallah, juriste, Conseiller du Ministre de l’Economie et des Finances et Conseiller du Président du Parti / Union Pour la République (U.P.R).

Le Calame


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