Racisme en politique : en colère, Christiane Taubira met fin à une interview

, par  masterEveil , popularité : 42%

« La colère. » C’est ainsi que France 2 résume la séquence avec Christiane Taubira qui sera diffusée ce jeudi soir dans le magazine d’information Complément d’enquête, présenté par Thomas Sotto. Venue parler du racisme en politique (l’un des reportages s’intitule Noirs de France : l’impossible élection), l’ex-garde des Sceaux n’a pu contenir sa vive émotion lorsque le journaliste qui l’interviewait lui a fait visionner un montage vidéo des nombreuses attaques dont elle a été victime, notamment lors des débats sur le mariage pour tous. « Ça dure combien de temps, cette cochonnerie ? » commente dès le début du visionnage l’ancienne garde des Sceaux, visiblement agacée.

Dans ce montage de 45 secondes, on retrouve les propos d’une candidate Front national aux élections municipales commentant un photomontage qui comparaît Christiane Taubira à un singe. « C’est une sauvage. [...] Franchement, moi, je préfère la voir dans un arbre après les branches que comme ça au gouvernement », déclarait l’élue FN, condamnée depuis pour ces propos.

La colère de Christiane Taubira

Dans cette séquence, mise en ligne sur le site de Franceinfo, on observe la réaction de Christiane Taubira. Le visage fermé, elle commente : « Ça va, là », avant la fin de la vidéo qu’elle ne souhaite pas regarder en entier. « Quand on subit une telle violence, c’est à moi de venir  ? Face à cette dame-là  ? s’emporte-t-elle. Ce qu’elle dit  ? Je vais venir et faire de grands développements philosophiques  ? Enfin, où sommes-nous ? Elle attaque juste une personne  ? Elle attaque un pays, des valeurs, une histoire  ! Et vous m’interrogez, moi  ?  » réagit l’ex-ministre. « Oui, parce que je veux savoir si, par rapport à cette gravité de situation, vous avez le sentiment que la classe politique dans son ensemble a été à la hauteur », lui répond alors le journaliste.

« Mais ce n’est pas un sujet pour moi  ! s’insurge Christiane Taubira. Vous posez la question de la violence que ça représente pour des gamines de 3 ans, de 5 ans, de 13 ans, de 20 ans  ! ? Et vous voulez que je vienne faire quoi  ? Des mondanités  ? Des discussions philosophiques  ? Politiques  ? Vous vous rendez compte de ce que c’est  ? » déclare-t-elle très en colère, avant de mettre fin à l’interview. À la fin de l’extrait, la voix off conclut : « Il faut être honnête, en lui montrant ces images, nous n’avions pas mesuré combien ces paroles de haine pouvaient blesser, même cette ministre pourtant habituée à encaisser. »

Il faut dire que le sujet est plus que sensible pour l’ex-ministre qui a subi durant toute sa carrière de nombreuses attaques racistes. Mais ce n’est peut-être pas la seule explication à la réaction épidermique qu’elle a eue dans Complément d’enquête. En 2015, pour la sortie de son livre L’Esclavage raconté à ma fille, elle expliquait à Paris Match : « C’est en 2005, après les émeutes en banlieues que je suis devenue noire. Sans arrêt, on m’invitait sur les plateaux de télévision pour parler des Noirs. Je ne savais pas quelles compétences particulières j’avais, je n’ai pas fait des études spéciales sur les Noirs... À cette époque, je travaillais sur les mines antipersonnel, sur les essais nucléaires, sur la dette des pays du Sud, mais on ne me sollicitait pas pour cela. Le système médiatique m’a enfermée dans ma couleur. »

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