Sahel Sahara les mêmes incertitudes.

, par  masterEveil , popularité : 9%

Fin de 2018. L’année 2019 hérite des mêmes problèmes structurels : encore des conflits et des migrations. Les résultats d’incuries des radicaux armés et de réponses ambiguës des pouvoirs publics. Indispensable, la présence militaire extérieure est maintenant en question.

Bon plan et plan parfait.

Karl van Clausewitz conseillait : ‘’l’ennemi d’un bon plan est le rêve d’un plan parfait’’. Ceci est encore plus vrai des conflits du Sahel, par essence ‘’idéologiques’’ et sectaires. Au Sahel et autour du Lac Tchad, la cherche du plan parfait se poursuit de même que la crise qui s’enracine davantage. Une crise qui, en même temps, prend la direction des Golfes de Guinée et du Benin et se métastase en Lybie.

Indispensable, l’intervention militaire traite des symptômes d’un conflit et non de ses causes ou racines. Elle doit être comprise et soutenue par le front politique intérieur. Une position qui tarde à se matérialiser. Déployés au Sahel, les militaires, bilatéraux et multinationaux, n’y bénéficient pas toujours de l’appui sincère des gouvernements locaux. Un lourd handicap à leur efficacité. Pire, en dépit d’une corruption avérée, certains états demandent la gestion directe des fonds multilatéraux destinés au maintien de la Paix et à la lutte contre les migrations irrégulières. Peu, ou pas du tout entrainées, les armées nationales sont peu motivées pour les combats.

Autour du Lac Tchad les combats y compris ce 2 janvier, se multiplient plus violents à l’approche des élections du Nigeria. Au Mali une attaque ce 1 janvier a tué plus de 35 Peuls, le Burkina Faso fait l’objet d’un acharnement suspect des terroristes. Les attaques s’y multiplient mais semblent viser des états plus au sud : Ghana, Togo et Cote d’Ivoire. Des pays plus densément peuplés, plus riches et physiquement plus hospitaliers aux mouvements de guérillas.

Dans le Sahel oriental, les efforts de règlement de la tragédie Libyenne, ne doivent pas mener à une solution rapide ou durable. Surtout si le Soudan ne résout pas rapidement sa crise structurelle et si le Tchad reste menacé par le terrorisme.

En continuant à inventer et à glorifier un passé héroïque, qui diabolise leurs partenaires extérieurs, certains pays fragilisent leur propre cohésion nationale dans les frontières héritées de la colonisation. Leur combat contre les radicaux et les séparatismes en devient bien plus ardu. Quand bien même cette posture ne résout pas les conflits, le politiquement correct ambiant absout nos régimes des tragiques développements liés aux déficits de leur propre gestion.

Ce déni des réalités permet d’imputer la crise Libyenne uniquement aux interventions externes ayant mis fin au régime du colonel Kadhafi. Un régime, bien plus qu’un état, qui sa vie durant, 1969 -2011, a détruit ses propres institutions étatiques à commencer par l’armée et déstabilisé ses voisins moins riches : Mali, Niger, Soudan, Tchad et Tunisie. L’Algérie et l’Egypte n’y ont échappé qu’après avoir montré leurs muscles.

A ce jour, une solution crédible reste encore lointaine. L’éclatement du pays en au moins trois entités - Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan reste vraisemblable. Laisser la gestion de la crise à l’Italie, qui en fait un point stratégique, et surtout un point d’honneur, comme naguère et encore aujourd’hui en Somalie, pourrait aider.

Orphelines, sans parrain résolu, les crises peuvent avoir une longue durée de vie. En s’autoalimentant de leurs propres désastres.

D’origines proches ou lointaines, les interférences extérieures font partie de la vie internationale. Dès lors, résoudre un conflit interne engage d’abord et avant tout, la responsabilité des nationaux. Cela veut dire en premier lieu le gouvernement en place ainsi que les partis d’oppositions et les organisations de la société civile. La formation de fronts nationaux, peut prévenir ou atténuer les crises et consolider la paix. Dans plusieurs pays du Sahel, la solution de fronts politiques est rejetée au nom de la démocratie même là où les élections sont contestées et effectivement contestables.

Bien que politiquement commode, blâmer l’étranger comme responsable d’un complot extérieur, ne règle pas les conflits domestiques. Restaurer l’autorité de l’état ou plus exactement son utilité est bien plus urgent et plus déterminant.

Les grandes migrations internationales, souvent une fuite en avant, sont liées à cet environnement déficitaire en espoirs.

Complexes migrations internationales.

Au Sahel, la voracité de certaines élites dirigeantes alimente les menaces sur le climat et favorisent aussi les migrations internationales. Ces menaces, aux conséquences irréversibles, sont ignorées face à des appétits insatiables liés à la pèche et aux exploitations minières et forestières.

L’année 2019 sera ainsi marquée par la question migratoire qui restera forte face à l’absence d’efforts en vue d’une transition démographique toujours taboue. La migration reste liée, mais en partie seulement, à l’insécurité. Les hot spots, installés au Niger, n’ont pas résolu la question migratoire. Et en tout cas moins radicalement que la violence organisée, et largement médiatisée, contre les migrants africains en Lybie au printemps dernier. Comme prévu, les mouvements migratoires se sont alors orientés vers la ‘’Route de l’Ouest’’ c’est-à-dire les Iles Canaries comme au début des années 2000.

Le Pacte de Marrakech sur les migrations a été adopté par 152 pays, (5 états ayant voté contre Etats Unis, Honduras, Israël, Pologne et Tchéquie) et 12 abstentions dont l’Algérie. L’Europe, comme les Etats Unis, sont les plus concernés sans être les plus affectés (sur 258 millions de migrants internationaux, la majorité réside dans les pays voisins). Ainsi 53 percent des migrants africains restent en Afrique. La Russie, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis sont les états où se trouvent le plus grand nombre de migrants.

Cependant, le problème de l’Europe, pays de destination, reste comment coopérer avec les pays de transit et de départ des migrants.

L’année 2019 sera aussi celle de diverses élections, surtout présidentielles, dans la région : Algérie, Mauritanie, Nigeria, Sénégal Tunisie. Leur déroulement, plus ou moins transparent, confortera la démocratie ou fera appel aux coups d’état comme alternatives inévitables face aux abus politiques (lien).

Le centre4s formule ses meilleurs vœux de 2019 :

1. aux populations, rurales et des périphéries urbaines, les plus fréquentes victimes du combat mené en leur nom et aussi à tous les soldats présents au Sahel face à des ennemis fréquemment protégés et à des alliances souvent ambiguës ;

2. pour que l’Algérie et le Maroc, réglant ou pour le moins gelant les problèmes de désaccords, coopèrent en faveur d’une approche commune pour la stabilité du Sahel et la leur.

3. à la France, qui fournit la plus forte assistance militaire au Sahel, afin qu’elle utilise sa présence dans la région pour aider les pays à regarder plus vers l’avenir et non dans le rétroviseur. Et enfin, que les Etats Unis, ‘’la nation indispensable’’, continue à promouvoir la démocratie, les libertés et la transparence.

Par AHMEDOU OULD ABDALLAH Président du Centre 4S, ancien Secrétaire général adjoint des Nations unies ;


Echos&Confi

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