Situation économique du pays : « Le Chef ne ment pas, il se trompe….d’appréciation ! »

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A l’occasion de l’émission « Liqaa Chaab », qui a eu lieu cette année à Néma, la capitale du Hodh El Chargui, le Président de la République, a livré le bilan des quatre années de son mandat. Naturellement, les questions économiques ont occupé une place de choix dans cet exposé. Comme il fallait s’y attendre, les commentaires et les avis étaient plus que partagés au lendemain de cette prestation. Pour certains, le Président de la République a tout simplement fait de l’autosatisfaction en exposant une situation qui n’est pas réelle. Pour les partisans du Chef de l’Etat par contre, tout ce qu’il a raconté n’est que pure vérité. Selon eux, il aurait même sous estimé les nombreux progrès réalisés ces dernières années. En fait, la vérité se situe entre ces deux positions.

En effet, selon les services du Fonds monétaire international (FMI), « la Mauritanie bénéficie d’une situation macroéconomique favorable avec une croissance de plus de 6% en 2012, une politique budgétaire stable et une inflation maîtrisée ». Toutefois, ces bons résultats ne se reflètent pas dans la situation sociale, toujours caractérisée par une forte pauvreté et un chômage élevé.

Une situation macroéconomique saine

Depuis 2010, la Mauritanie affiche un taux de croissance élevé, estimé à 6% en 2012. Les principaux moteurs de la croissance ont été l’agriculture, suite à une bonne pluviométrie et surtout les bâtiments et travaux publics (BTP). Ces deux secteurs ont enregistré des croissances respectives en volume de 39,6% et 23,3% en 2012. Par ailleurs, la pêche se porte bien, avec une croissance de 14,8%. La conjoncture internationale difficile a cependant affecté les industries minières, notamment celle du fer, qui constitue le premier produit d’exportation du pays. La stabilité macroéconomique a été soutenue par une gestion budgétaire rigoureuse et une politique monétaire prudente. Le gouvernement mauritanien poursuit sa politique de recouvrement des recettes en modernisant l’administration fiscale, et s’applique à mieux cibler les dépenses publiques et les subventions aux produits de base. La Banque Centrale de Mauritanie (BCM) s’est dotée d’outils de contrôle de la masse monétaire, afin de maîtriser l’inflation. Le niveau des réserves internationales s’élevait en décembre 2012 à 750 millions USD, l’équivalent de 5,3 mois d’importations.
En 2013, les bonnes performances de l’économie mauritanienne se sont poursuivies, avec un taux de croissance projeté de 6,4%, soutenu par une reprise du secteur minier, notamment de l’or, et la bonne tenue du secteur des BTP. La reprise de la demande internationale, l’entrée en production du projet GUELBS II, une extension de l’exploitation du fer par la Société nationale industrielle et minière (SNIM), et progressivement, l’exploitation de nouveaux gisements de cuivre, devraient assurer au secteur minier de bonnes perspectives en 2013. Les travaux publics devraient rester dynamiques, avec la hausse de près de 30% des dépenses en capital de l’État, et un taux de croissance en volume projeté de 17,2% en 2013.
Du côté du secteur halieutique, la volonté de mieux maîtriser les termes des contrats internationaux s’est traduite par la récente révocation des contrats de licence avec les entreprises chinoises et d’importantes difficultés à renouveler l’accord de pêche avec l’Union européenne (UE). Du coup, la croissance projetée en 2013 est de seulement 5% en volume contre 14,8% en 2012.

Une situation sociale difficile

Paradoxalement, ces bons résultats macroéconomiques ne semblent pas avoir d’incidence significative sur l’emploi, la protection sociale et les indicateurs de développement sociaux. Le chômage, la pauvreté, l’insécurité alimentaire, l’accès difficile aux soins et les inégalités restent des réalités ancrées dans le pays. Ainsi, l’indice mensuel des prix à la consommation suivi par l’Association mauritanienne pour la protection du consommateur a montré que les prix des denrées de consommation de base continuent à grimper comparativement à l’année dernière (2012), notamment ceux du lait en poudre, du blé et du riz ; Tandis que certaines augmentations sont à mettre sur le compte de la pagaille qui règne dans le marché et au monopole exercé sur certains produits, l’absence de contrôle des prix est vu comme le principal facteur de ces flambées de prix. L’on constate également que l’opération de subvention des prix (Emel) n’a pratiquement eu aucun impact sur ceux du marché. Vendu à 33.000 UM (en 2012), le sac de 25KG de lait en poudre est passé en 2013, à 33.000 UM, soit une augmentation de 14,1%. Le sucre, lui a connu une légère baisse passant de 11900 UM (pour le sac de 50KG) à 9950 UM, soit une baisse de -15%. Le sac de blé de 50kg est passé 5450 UM à 6450 UM (+15%) tandis que le riz de qualité supérieure est vendu aujourd’hui à 12150 UM contre 11500 l’année dernière, soit une augmentation de 5%. Enfin le bidon d’huile de 20 litres est vendu à 7800 UM contre 7750 UM en 2012 (+0,7%). Certes, il est indéniable que notre pays n’a aucune prise sur les cours mondiaux. Par contre, le Gouvernement a tort de vouloir cacher l’impact très négatif de facteurs internes qui amplifient la hausse des prix parmi lesquels on peut citer la concentration monopolistique de l’importation des denrées de première nécessité (ce processus qui s’est accéléré particulièrement ces dernières années, a eu pour conséquence de réduire le nombre d’importateurs de 15 à seulement 5) ; les marges bénéficiaires exorbitantes auxquelles s’ajoutent des taxes et charges multiples qui, toutes, dépendent de la volonté des décideurs) ; la manipulation des prix des hydrocarbures dont l’inflation est la plus diffuse dans l’économie.
Sur la question du chômage, le Président de la République a évoqué un taux de 10%, alors que d’autres sources estiment que le chômage touche plus de 30% de la population active ! La également, c’est une question d’appréciation. Il existe en effet plusieurs mesures du phénomène qui font que les taux varient du simple au double, selon que l’on s’intéresse au sous emploi (travail partiel ou saisonnier), au chômage déguisé (des personnes effectuant des activités qui n’ont rien à voir avec leurs qualifications ou leurs formations initiales), aux activités intermittentes (des personnes qui n’ont travaillé que durant la semaine de l’enquête)… Ce qui fait que l’appréciation du chômage restera, quoi qu’on dise, très subjective. A titre d’exemple, un ingénieur agronome qui a ouvert une boutique de prêt-à-porter au Marché de la Capitale est-il chômeur ou non ?
Le principal défi consiste donc à assurer une croissance inclusive et durable. Le développement du secteur privé et en particulier des petites et moyennes entreprises (PME), pour diversifier l’économie et contribuer à la création d’emploi, doit se trouver au centre des préoccupations. La participation de la société civile et des communautés locales à la gestion durable des ressources naturelles (minières et halieutiques), restent également des axes majeurs pour l’ancrage dans le moyen et long termes du développement de la Mauritanie.

Sikhousso