Sommes-nous assis sur un volcan ?

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Les événements survenus le 07 juillet dernier dans la capitale du Gorgol n’ont laissé personne indifférent. Des politiques aux simples citoyens en passant par les étrangers vivant chez nous, on ne s’est pas passé de commentaire sur la situation qui a failli jeter le feu aux poudre n’eût été la sagesse de certains, la retenue des autres et l’intelligence des dirigeants du pays. Cet événement montre combien les populations souffrent le martyr et contiennent en elles, un mécontentement qui ne dit pas son nom. Grâce à Dieu, Al Hamdullah !

Eh oui, il y avait de quoi remercier le Bon Dieu. Car un événement du genre n’est jamais petit. Tout pouvait basculer d’un côté comme de l’autre. N’est-ce pas les problèmes nés au village de Diawara opposant éleveurs et agriculteurs avaient conduit aux événements de 1989 dont nous vivons les stigmates aujourd’hui ? Affirmatif. Aujourd’hui, également, plus jamais ça ! Mais oui, plus jamais ça si l’on fait valoir notre esprit d’équité, de justice et d’un sens de tolérance conformément à notre sainte religion. Et comme par hasard, c’est à quelques jours du début du mois béni de Ramadan que les évènements ont déclenché à Kaédi comme il était une fois un certain avril 89. Bref, ce n’est là qu’un petit rappel de l’histoire qui n’a jamais menti.

Attention au front social !

Cette année 2013 et d’ailleurs bien avant, nous avons vécu beaucoup de soulèvements sociaux qui revendiquaient tous des droits légitimes bafoués des décennies durant. Plusieurs années que certaines couches de la population mauritanienne, ont subi et vécu des supplices et des frustrations. N’est-ce pas que tous les changements intervenus dans l’histoire des peuples se sont opérés grâce aux révoltes des populations piétinées, meurtries, qui ont vu leurs droits enlevés de force par une petite minorité ? La révolution française de 1789 est là, la révolte des esclaves de Saint-Doming aussi, mais tout près de nous, en Afrique du Sud, où Nelson Mandela, Madiba en agonie aujourd’hui,était le symbole d’un changement de main dans ce grand pays. Aujourd’hui, plusieurs Mandela se dressent sur le chemin des régimes autocratiques, despotiques et monarchiques.
En Mauritanie, l’année 2013 est marquée par des revendications sociales à Zouérate, à Nouakchott et dans d’autres villes du pays. Des dockers du port de Nouakchott qui n’ont jamais été au devant de la scène des revendications et des négociations avec le patronat et les plus hautes autorités compétentes, ont eu cette fois, grâce à leur détermination, obtenir ce qu’ils n’ont jamais pu accéder. Bien avant, en 2011, c’est le problème de l’enrôlement des populations avec la naissance du Mouvement des jeunes négro-mauritaniens, Touche pas à ma nationalité, qui a secoué le pays avec des répressions aveugles ayant abouti à la mort à Magama du jeune Lamine Mangane, froidement tué par un agent des forces de l’ordre. Ce mécontentement d’une population qui se sent frustrée, courbée et diminuée, s’est propagée et a affecté la cohabitation entre communautés mauritaniennes. Toutes ces populations gardent dans le cœur des stigmates d’une colère noire et amère qui fait qu’aujourd’hui, le moindre geste provoque une étincelle d’acharnement contre l’un ou l’autre selon qu’il appartient à telle ou telle autre communauté. Gardons-nous de subjectiviser. Puisque, dans une certaine mesure, une autre communauté est aussi accusée à tort ou à raison d’être responsable du malheur des autres. Alors que certes, il s’agissait de quelques hommes, dirigeants au pouvoir ou qui ont eu à diriger ce pays, qui en sont les principaux responsables d’une histoire sombre aux conséquences humanitaires très néfastes pour l’avenir du pays.

Révolter oui, mais agir avec retenue …

La Mauritanie a aujourd’hui besoin de panser les plaies d’une longue période de l’histoire politique du pays. Cette histoire au passif humanitaire douloureux, est la source aujourd’hui de tous les maux dont souffrent certains citoyens mauritaniens. Changer la donne est une condition sine qua non. Mais y aller avec tact, retenue et avec pleine d’abnégation est également très nécessaire pour assurer à ce pays des Mourabitounes, une cohabitation apaisée avec à la clé, une « maslaha » que nous dicte notre sainte religion. Oui, la Mauritanie a besoin de retrouver ses repères pour parvenir à une unité nationale, à une réconciliation nationale. Toutefois, le régime en place ou à venir doit donner l’exemple, doit prendre le taureau par les cornes. L’intelligence dont il a fait valoir lors des évènements de Kaédi, où tout pouvait basculer, doit prévaloir. Il faut que les hautes autorités puissent contenir le malaise des populations et tenter par des moyens pacifiques de désamorcer un volcan qui couve. Les populations en ont ras-le-bol des mensonges historiques des dirigeants et des sévices dont elles font l’objet depuis la nuit des temps. Moraliser la vie politique, la vie intercommunautaire avec bien sûr une justice indépendante, une équité dans la gestion des populations et des biens comme dans leur accompagnement lorsqu’il s’agit de leurs droits fondamentaux et élémentaires. 
L’appel au calme et à la retenue lancé par les notables et autres politiques par rapport aux évènements de Kaédi, est une bonne chose. Toutefois, l’autorité doit assurer son rôle régalien convenablement. Mais les populations aussi doivent pouvoir se comprendre et comprendre qu’elles sont unies –et pour toujours – par la communauté des destins. C’est également valable pour les relations avec nos voisins. Al Hamdou Lillah !
Moulaye