Visite d’Obama au Sénégal : La démocratie récompensée

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La visite du Président américain Barack Obama au Sénégal du 26 au 28 juin dernier intervient dans un contexte imbu de valeurs démocratiques. Le Sénégal, faut-il le rappeler, est aujourd’hui un exemple de démocratie en Afrique. Depuis la période des indépendances jusqu’à nos jours, aucun changement ne s’est opéré par un coup de force dans ce pays du poète président Léopold Sédar Senghor. Cette maturité, on la doit non seulement aux hommes politiques mais aussi et surtout au peuple sénégalais qui fait toujours preuve d’indépendance et montre que la carte d’électeur est seul garant du jeu démocratique. Au-delà de cet aspect, Barack Obama par le truchement de cette visite, veut instaurer une nouvelle relation entre son pays et l’Afrique.

Le plus fort Président du monde a rendu visite au plus jeune président du Sénégal indépendant. Macky Sall peut-il s’enorgueillir d’avoir réussi là où son ancien mentor n’a pas réussi ? Peut-on répondre par l’affirmatif. Une visite à mettre dans le compte d’une diplomatie qui su jouer son rôle et mettre les pieds là où il fallait les poser. La visite du président des Etats-Unis d’Amérique au Sénégal aura permis à la diplomatie sénégalaise de marquer des points importants sur la scène internationale. Lorsque la première puissance politique, économique et militaire vous accepte dans son giron, les dividendes à en tirer ne sont pas moindres s’il existe des capacités et des compétences préparées à aller les dénicher là ils sont. Mieux, la maturité du peuple sénégalais a également payé avec cette visite d’Obama. Mais aussi, cette visite de 48 heures est pour le président du pays de l’Oncle Sam, une opportunité d’instaurer une nouvelle relation entre l’Afrique et les Etats-Unis, basée sur le commerce et le partenariat plutôt que l’aide et l’assistance. Autre fait justifiant le voyage d’Obama en Afrique, c’est que les Américains sont conscients que le continent est en train de prendre son envol et ils ne veulent pas que leur pays rate l’occasion d’élargir et d’approfondir leurs relations dans la région. Barack Obama a d’ailleurs déclaré : « Trop souvent, le monde manque de remarquer le progrès étonnant que l’Afrique réalise, notamment les progrès dans le renforcement de la démocratie. Beaucoup de pays africains ont fait des progrès considérables dans l’amélioration de la gouvernance démocratique et la responsabilisation des citoyens ». C’est ce changement de paradigme que souhaite désormais instaurer le Président américain en Afrique durant son présent et dernier mandat. Le président Obama a aussi qualifié l’Afrique de continent « jeune, en plein essor et pleine d’énergie » et que les Américains ont tout intérêt à coopérer avec le continent. Toutefois, il a regretté le fait que ce continent ne fasse l’objet d’attention de la part des dirigeants du nord que lorsqu’il y a des crises. Mais avertira tout de même, que les avenirs économiques les plus sûrs sont dans le continent noir qui devient de plus en plus incontournable.

La justice garante d’une démocratie apaisée

La rencontre avec les présidents de cours suprêmes, a été un autre moment fort, pour la visite de Barack Obama au Sénégal. Ces hommes qui ont la responsabilité de gérer la justice source de plusieurs conflits en Afrique, ont échangé avec le Président américain, qui a indiqué que « la justice est un pilier de la démocratie » qu’aucun pays ne peut s’aliéner. « La lutte pour la démocratie exige une justice forte, indépendante et responsable, parce que les juges ne sont pas au dessus de la loi », a déclaré le président des Etats Unis comme pour dénoncer les abus de pouvoir qui sont fréquents en Afrique et sources de crises politiques. Pour Barack Obama, « Nos Etats sont plus forts lorsqu’il y a un contre pouvoir. Si les gens ont des positions impopulaires, c’est aux tribunaux qu’ils s’adressent » ; qu’ils soient « pauvres, femmes, enfants », ajoute-t-il. Et Pape Ousmane Sakho, président de la cour suprême du Sénégal de soutenir que « l’intervention de la justice s’applique dans des domaines aussi divers que la dévolution du pouvoir politique à travers le juge des élections, la protection des libertés individuelles, le contrôle de la bonne gouvernance financière ».
Pape Ousmane Sakho a aussi souligné à son hôte « la participation à l’œuvre de développement par la sécurisation judiciaire des transactions économiques et la stabilité politique en raison de son rôle de régulateur social ». Il a estimé que la justice a besoin « des juges qui doivent non seulement être indépendants mais aussi être perçus comme indépendants ». Car « à travers leur décision et actes, ils doivent œuvrer chaque jour, en toute responsabilité, au renforcement du processus démocratique, à l’instauration d’une société juste et équitable et la matérialisation de l’idée de la justice comme service public ». Mais faudrait-il que cette justice africaine se libère de certaines pesanteurs qui l’empêchent d’atteindre cet idéal. Et le Président américain semble en être conscient. « Ces gens (les présidents africains de Cour suprême) font face à des difficultés. Et j’ai voulu organiser cette rencontre pour que vous m’expliquez les difficultés que vous avez dans vos pays respectifs », a fait savoir Barack Obama qui a rencontré en privé les présidents des cours suprêmes du Benin, du Botswana, de la Cote d’Ivoire, du Gabon, du Ghana, du Kenya, du Malawi, du Niger, de l’Ouganda, et de la Zambie avec qui il a décliné sa vision de la démocratie. C’est dire que la visite d’Obama aura certainement des retombées politiques positives en Afrique.

Les questions sociales …

Après avoir parlé de la démocratie, de la justice, Barack Obama a eu le privilège d’échanger avec son homologue sénégalais sur des questions sociales. Sur deux questions politiques sensibles, l’homosexualité et la peine de mort, les présidents sénégalais et américain ont préféré cultiver le respect mutuel au cours de leur conférence de presse commune. Mais à l’aune des dividendes politiques, Macky Sall, qui avait plus à perdre en cas de faute d’appréciation, a plutôt frappé un grand coup qui lui enlève une grosse épine du pied au plan national.
En alliant fermeté, équilibre et courtoisie, Macky Sall a su régler son sort à un débat. Et cela par des mots simples, compréhensibles et acceptables par tous. Face à « l’homme le plus puissant de la terre », Macky Sall a eu le courage d’un lion de la téranga en répondant à la question de la journaliste américaine. « Le Sénégal n’est pas les Etats-Unis, nos mentalités ne sont pas identiques aux leurs, nos valeurs sociales et culturelles ne sont pas forcément solubles dans celles en vigueur Outre-Atlantique, nous sommes dans un pays majoritairement croyant… », a-t-il martelé sans complexe. « Le Sénégal n’est pas prêt de dépénaliser l’homosexualité » mettant ainsi clos à un débat aux allures politiques et religieuses. Idem pour la peine de mort. Macky Sall a rappelé que la peine capitale n’existe plus au Sénégal depuis son abolition par l’Assemblée nationale le 29 juillet 2004. Alors que la peine capitale perdure encore dans l’Etat fédéral ainsi que dans 32 des 50 Etats fédérés américains, dans des formes qui soulèvent chaque jour l’ire et l’indignation des organisations de droits humains à travers le monde. Des réponses qui n’ont pas engendré de polémique de la part de son hôte qui a compris que le Sénégal n’est pas les Etats-Unis. Par ces réponses également, le nouveau pensionnaire du palais de l’avenue Roume, a bien marqué des points sur le plan politique et social.
Toutefois, comme son prédécesseur, Barack Obama a visité la maison des esclaves de Gorée. Un vieux souvenir qui laisse toujours des souvenirs.

Moulaye avec presse