discours à la conférence inaugurale monsieur le ministre Ibrahim Sy Savané, président de la haute autorité de la communication

, par  masterEveil , popularité : 15%

1
séminaire de réflexion transversale des réseaux institutionnels de la francophonie
« Intégrité de l’information et des processus démocratiques à l’ère des
réseaux sociaux »
1 et 2 octobre 2019 au siège de l’OIF, Paris
discours à la conférence inaugurale monsieur le ministre Ibrahim Sy Savané, président de la haute autorité de la communication
Audiovisuelle (HACA) Côte D’ivoire
Ancien Président Du REFRAM (Réseau Francophone Des Régulateurs Des Médias)
1 er Octobre 2019, de 11h30 à 13h

« Mesdames et Messieurs,
Chères Participantes, Chers Participants,
Le Séminaire qui nous réunit aujourd’hui est l’occasion idéale pour aborder dans sa diversité mais surtout dans sa complexité, la question des Réseaux Sociaux dans les processus électoraux. Compte tenu de la présence de nombreux experts, cette rencontre fera date, j’en suis convaincu. La Conférence inaugurale à laquelle j’ai l’honneur de prendre part, est une opportunité de procéder à une sorte d’évaluation, mais également d’amorcer une réflexion commune et d’entrevoir des orientations qui pourront, je l’espère, enrichir la suite des travaux de ce Séminaire de Réflexion transversale des Réseaux Institutionnels de la Francophonie. La thématique « Intégrité de l’information : les Réseaux sociaux dans les processus électoraux » autour de laquelle nous allons échanger nous rappelle qu’il ne se passe guère de jours sans que, quelque part dans notre vaste monde, ce sujet ne soit une source inépuisable de débats. D’ailleurs, en parcourant l’excellent document conceptuel de cette rencontre je me suis dit que les auteurs ont cerné toute la problématique.
Au point que je me suis demandé ce qui peut être ajouté. Sans doute, il reste toujours dans les interstices de cette question complexe, quelques mises en perspective. Dans ces conditions, il faut bien admettre que ces questions auxquelles nous devons faire face avec les Réseaux Sociaux ne trouveront pas forcément de réponses définitives aujourd’hui.
Il s’agira en tout cas de réfléchir, d’ajuster en permanence, d’approfondir les concepts et les pratiques.
De fait, les Réseaux Sociaux se caractérisent par leur aspect extrêmement mouvant, et surtout par les usages sans cesserenouvelés qu’ils permettent.
De sorte qu’aucun secteur de la vie sociale n’est à l’abri de leurs impacts multiformes. En cela, l’on peut dire qu’ils sont lesvecteurs de plusieurs bouleversements simultanés.
Aujourd’hui, l’influence des Réseaux Sociaux sur les processus électoraux, par exemple, est considéré comme surdéterminant.
Lorsque la vague de "démocratisation" a déferlé sur le Continent cela s’est fait concomitamment avec la libération de
la parole.
De l’écrit, devait on dire, puisque l’on a vu éclore des dizaines
de journaux portés par une grande énergie et une intense
fièvre messianique. En dépit des excès qui ont suivi, on ne
saurait occulter la contribution de cette phase éditoriale
débridée dans l’ancrage du pluralisme d’opinion, tout comme
dans la désacralisation de certains pouvoirs monolithiques et
excessivement centralisés. Une analogie est-elle pertinente
entre ce passé pas si lointain et le phénomène actuel des
réseaux ? Sur bien des points, certainement. Il existe
cependant une différence de degré et de nature dont nous
parlerons. Le fameux « printemps de la presse » de naguère
était le fait de groupes constitués, certes pas toujours selon les
critères traditionnels. Au contraire de l’ampleur des acteurs
des réseaux qui en fait une particularité.
Ce sont en effet des millions de messages de toutes sortes qui
s’immiscent désormais dans la sphère socio-politique et
singulièrement dans les processus électoraux.
Une des difficultés à aborder la question réside à la fois dans
la massification et la non spécification.
De quoi parle-t-on finalement lorsque nous faisons allusion
aux Réseaux sociaux ? Facebook, blogs, sites, tweets, SMS etc…
 ? Entre des entités structurées pour faire valoir un point de
vue, l’imposer même, (à l’aide d’algorithmes orientés et/ou
manipulés) et le « sniper » aux motivations diverses et variées
il y’a en effet une infinie typologie de la transgression. Plus
généralement, que dire de ces oligopoles, ivres de puissance
se voulant au dessus des règles communes et qui prétendent
désormais conférer d’égal à égal avec les États souverains ?
Certains annoncent d’ailleurs leurs prétentions à battre
monnaie. Dès lors, peut-on les traiter d’une même manière ?
Certes, tous les instruments juridiques, techniques doivent
être mis en œuvre pour endiguer ces phénomènes tant qu’ils
sont répréhensibles. Mais une des questions essentielles
touche à la neutralité toute relative des États. Or ceux-ci, dans
un élan atrabilaire et asymétrique,s’ils dénoncent les excès qui
leur sont hostiles restent cois quand ils n’encouragent pas les
tentatives récurrentes de délégitimation de leurs oppositions
par les mêmes réseaux. Peu de choses sont, pourtant possibles
en l’absence d’États justes. L’on ne peut donc les exonérer de
leurs responsabilités dans le foisonnement protéiforme des
informations de toutes sortes.
Désormais, avec cette révolution, des milliers de personnes
(citoyens, partis politiques, associations, organisations en
charge des élections, candidats) tous peuvent s’exprimer et
influencer les processus électoraux via les Réseaux Sociaux.
L’Influence des Réseaux Sociaux sur la cohésion sociale n’est
donc plus à négliger, en particulier en période électorale. Mais
au-delà, l’effort de classification de ces nouveaux médias est
nécessaire.
Est-on face à de nouveaux outils de renforcement ou
d’affaiblissement de la Démocratie ?
Comment évaluer les impacts réels, je dirai même
scientifiques, avec une typologie aussi mouvante ?
Comment faire la distinction entre les fantasmes qu’ils
suscitent et la réalité intrinsèque ? Faut-il endiguer, voir
éradiquer, ces fameux Réseaux, au risque de porter atteinte à
la liberté d’expression ou alors, faut-il les utiliser à bon escient
en créant des cercles vertueux ?
De plus, l’on constate, une sorte de parasitage des médias
classiques de la part de ces nouveaux médias et parallèlement,
une dérive des médias classiques, qui croient se renouveler en
adoptant les mêmes systèmes de production que les Réseaux
Sociaux.
Les Réseaux devenant ainsi une sorte d’hydre non
géolocalisable impossible à réguler. Alors qu’il s’agit d’un vieux
phénomène, la médiasphère ne parle plus que de « fake news
 ». Auparavant nous parlions simplement de rumeurs et de
fausses informations.
Soit dit en passant, certains croisés de la francophonie
proposent qu’on utilise désormais le terme d’« infox ». Quelle
que soit la façon de les nommer, les conséquences peuvent
être désastreuses.
Dans ces conditions, une véritable nomenclature tant au
niveau de leur nature que des effets s’impose. Ce qui d’ailleurs
m’amène à l’évocation de deux aspects de ces réseaux
sociaux :
▪ PREMIÈREMENT : RECENSER LES ASPECTS POSITIFS
1/ Les Réseaux Sociaux peuvent contribuer, malgré leurs
dérives, à animer les débats démocratiques, favoriser
notamment la transparence dans les processus électoraux,
l’équité des scrutins ;
2/ Les réseaux sociaux sont généralement interactifs,
instantanés et peuvent être donc instructifs malgré leur
caractère parfois intrusif.
3/ Ils favorisent, par ailleurs de nouvelles formes
d’engagement et de mobilisation (tribune d’expression,
baromètre), alertes parfois nécessaires.
▪ DEUXIÈMEMENT : RECENSER LES EFFETS NÉGATIFS
Il importe toutefois de ne pas céder à l’hypnose de
l’opportunité technologique et d’ignorer ainsi les faiblesses,
les biais et les risques qui sont inhérents à ces Réseaux Sociaux.
1/ Les Réseaux Sociaux favorisent la prolifération
d’informations non sourcées, consciemment ou
inconsciemment, qui aboutit à une propagation
d’informations partiales, partisanes, quand elles ne sont pas
purement et simplement inventées.
2/ Les Réseaux Sociaux sont parfois responsables de
dommages à grande échelle sur la cohésion sociale.
L’importance de la question de ce jour, est de savoir si ces
effets positifs l’emportent sur les effets négatifs ?
Ces effets négatifs, de toute évidence, ont un impact sur
l’intégrité de l’information et peuvent parfois entâcher la
fiabilité des processus électoraux.
Toutefois, la nécessité de renforcer l’État, les Institutions en
charge de l’organisation des élections, des instances de
régulation et des médias classiques qui privilégient les
informations de qualité apparait comme un début de réponse.
Les différentes censures constatées, ici et là, ne sont pas sans
conséquence sur l’image des pouvoirs publics et sur les
activités citoyennes, y compris économiques.
Elles ne sont en aucune manière de véritables solutions. Il
faudra donc continuer de faire face autrement.
L’Expansion numérique ne s’étiolera pas, elle ne doit être ni
minimisée, ni exagérée. La croissance exponentielle de la
population en Afrique qui s’accompagne des taux de
pénétration d’Internet et de connectivité de plus en plus forts
et rapides, sont autant d’aspects à prendre en compte.
Le Cabinet Deloitte affirme, pour sa part, que le continent
comptera 660 millions d’habitants équipés d’un « téléphone
intelligent (smartphone) » en 2020. Nous y sommes !
Dans un tel contexte, il est impératif de chercher à intégrer ces
nouveaux outils dans les processus électoraux et même bien
en amont, de sorte à en faire des outils d’aide à la décision et
à la transparence. Par ailleurs, une collaboration mieux
articulée, ainsi qu’une meilleure allocation des tâches entre les
Instances de régulation, la Société civile et les Organismes en
charge des processus électoraux, devient indispensable, dès
lors qu’il pose et rappelle constamment les principes
fondamentaux de la Démocratie, en insistant sur l’éthique et
l’équité.
Cette lourde tâche est devenue d’autant plus urgente, en
particulier lorsqu’il est question d’interférences étrangères,
qui, quand elles sont mal appréhendées, peuvent déstabiliser
les processus électoraux.
Il nous faut dire quelques mots sur la question des intrusions
exogènes qui, depuis quelques temps, font l’objet d’une
abondante littérature, où se côtoient le vrai et le vraisemblable
ainsi que beaucoup de fantasmes.
Nous aboutissons ainsi à une situation incongrue où il y a de
nombreuses infox sur les infox. Mais une tendance qui se
structure, est celle d’un monde virtuel en compétition qui
recoupe les mêmes fractures géostratégiques du monde réel.
De plus en plus, des pays sont indexés, accusés de déstabiliser
les systèmes électoraux et, partant, les démocraties. Ces
nouveaux effluves de guerre froide laissent quelque peu
perplexe.
Va-t-on assister à la survenue d’une guerre électronique, d’un
nouveau complexe militaro numérique qui opposerait un
monde dit libre à un autre qui ne le serait pas ?
Lorsqu’on se souvient des graves méfaits de la confrontation
entre blocs, notamment en Afrique où elle a eu des
conséquences dramatiques, la prudence est évidemment de
mise.
Alors, plutôt que d’épouser les hypothèses (vite transformées
en thèses) d’une supposée théorie des dominos qui ferait
sinon tomber, du moins vaciller les démocraties les unes après
les autres, il faut au contraire, investir plus et mieux dans le
renforcement des institutions de bases, celles concourant aux
élections, à l’exercice de la régulation, dans l’Éducation d’une
façon générale et plus spécifiquement celle relative aux
médias.
Il n’est pas question ici pour nous de prendre position sur la
réalité des « menées subversives » alléguées ici et là (après
tout, même les paranoïaques ont de vrais ennemis) mais, une
fois encore, il nous semble qu’aucun mur ne pourra contenir
les menaces externes, tant qu’au plan interne de véritables
efforts ne sont pas menés pour plus de transparence et pour
la promotion d’une véritable éthique politique et sociale.
Le reste, relevant d’une nouvelle géopolitique de la
Communication, des images et des arcanes du « soft-power ».
Mais de façon plus pratique, je dirai même prosaïque, il
conviendrait de faire émerger ou de renforcer les outils que
sont les Chartes de bonne conduite, les Guides des usages des
Réseaux Sociaux, afin de limiter, sans illusion excessive
cependant, certaines irrégularités qui altèrent ou même
invalident, par des distorsions massives, les processus
électoraux.
À l’ère du tout Numérique en effet, il est également
indispensable de pouvoir accroître les compétences des
principaux acteurs, (celles des instances concernées),
actualiser leurs procédures, s’appuyer même, au besoin, sur
des Réseaux tant décriés pour mieux communiquer sur les
processus électoraux. En un mot, il n’est plus permis de
maintenir un immobilisme qui laisse place parfois à l’anarchie
face à ces nouveaux phénomènes qui véhiculent en
permanence ce que j’ai souvent nommé les « rumeurs
technologisées ».
Pour conclure, si tant est que l’on puisse jamais conclure sur
un tel sujet, je suis convaincu que l’expérience, la diversité et
les compétences avérées de tous les participants à ce
Séminaire, permettront d’appréhender davantage les enjeux
liés à la Régulation des Réseaux Sociaux en période électorale.
Je ne désespère pas que quelques solutions adéquates
puissent émerger.
Je demeure même convaincu que le partage des savoirs, des
savoir-faire, des expériences des personnes de très haut
niveau, réunies ici, ne peuvent qu’offrir de bonnes
perspectives et au-delà des pétitions de principes, indiquer des
modes d’actions, plus en phase avec les attentes et les enjeux.
Je souhaite à ce Séminaire de réflexion de connaitre le succès
escompté.
Je vous remercie de votre très aimable attention.
Ibrahim SY SAVANÉ
Président de la HACA


Echos&Confi

Les femmes bien loties dans le (...)