Et voici que se referme définitivement le cercle. Avec le départ de Dramane Kamara, c’est la dernière courbure qui s’achève, la dernière place laissée vide au grin éternel. Le dernier des Mohicans a tiré sa révérence, rejoignant la bande joyeuse des disparus : Alpha Mamadou Wane, Ba M’Baré, Touré Mamadou et tutti quanti.
Que reste-t-il d’un cercle quand tous ses membres sont partis ? Il reste l’écho de leurs rires tonitruants, la mémoire de leurs débats enflammés où les mains volaient en gestes passionnés, où les voix montaient jusqu’à faire craindre la « vraie fausse rupture ». Mais nous savions tous que quelque chose de plus fort que les divergences les liait : cette amitié trempée dans l’acier des épreuves communes.
Leur histoire est celle d’une génération entière. Une jeunesse rêveuse des années 70, tissant son récit dans la contestation patriotique, affrontant la répression, les arrestations, les geôles. Des utopistes qui n’ont jamais renoncé, transformant leur idéalisme de jeunesse en engagement d’adultes, puis en sagesse de retraités.
Ils furent ces fonctionnaires vertueux et rebelles qui refusaient toutes les oppressions. Ces retraités qui gardaient, intacts, leurs rêves d’adolescents. Dans un pays fracturé, ils étaient des ponts intergénérationnels, des semeurs de dialogue, des passeurs de mémoire.
Leur grin était une école à ciel ouvert. Chacun d’eux était une manière de penser, une grammaire d’action, une passion qui se conjugue à tous les temps. On y apprenait que l’on pouvait être passionné sans être sectaire, engagé sans être aveugle, libre sans être isolé.
Avec Dramane, c’est le dernier témoin direct de cette épopée collective qui s’en va. Le dernier qui pouvait nous conter cette fraternité née dans le feu de l’engagement et consolidée dans l’accompagnement des générations montantes.
Ils nous laissent un héritage immense : la preuve qu’une vie peut être à la fois engagée et intègre, passionnée et généreuse, libre et responsable. La leçon que l’on peut être un phare sans être un monument, influencer sans chercher le pouvoir, marquer son temps sans vouloir marquer la pierre.
Reposez en paix, mes « Grands ». Votre cercle terrestre s’est fermé, mais votre lumière continue de dessiner des cercles concentriques dans l’âme de ceux que vous avez touchés. Votre histoire n’est pas terminée—elle se transforme en légende, en boussole pour les générations montantes.
Le dernier des Mohicans a rejoint les siens. Et quelque part, dans la mémoire de Nouakchott et dans le cœur de ceux qui croient encore aux rêves de jeunesse, leur grin continue de siéger, ininterrompu, éternel.
Birane Wane


