À l’approche de la fin du Ramadan, les rues de Nouakchott et des principales villes du pays connaissent une agitation particulière. Les marchés restent ouverts tard dans la nuit, les familles s’activent dans les derniers préparatifs et les mosquées se remplissent davantage. Mais derrière l’atmosphère festive qui précède l’Aïd el-Fitr, les sentiments des Mauritaniens oscillent entre soulagement spirituel et inquiétudes économiques.
Pour des millions de fidèles en Mauritanie, la fin du Ramadan marque d’abord l’aboutissement d’un mois d’efforts spirituels. Durant près de trente jours, les croyants ont observé le jeûne quotidien, multiplié les prières et renforcé les gestes de solidarité envers les plus démunis.
Un mois de foi et d’endurance
Chaque soir, après la rupture du jeûne, les mosquées du pays ont accueilli des foules venues accomplir la prière de Tarawih. Dans plusieurs quartiers de Nouakchott, les fidèles se sont également retrouvés pour des séances de lecture du Coran et des moments de recueillement collectif. Pour beaucoup, cette période représente un temps de purification et de renforcement de la foi. «Le Ramadan est toujours un mois de patience et de discipline. Quand il se termine, on ressent à la fois de la joie et un peu de nostalgie», explique un fidèle rencontré à la sortie d’une mosquée dans la capitale. Cette dimension spirituelle est particulièrement forte dans les derniers jours du mois, marqués par une intensification des prières et des actes de charité.
Les marchés sous pression
Mais parallèlement à cette ferveur religieuse, les marchés connaissent une activité intense. Dans les artères commerçantes de Nouakchott, les étals de vêtements, de chaussures et de produits alimentaires sont pris d’assaut par les familles venues préparer la fête. La tradition veut en effet que les enfants portent des vêtements neufs le jour de l’Aïd et que les familles préparent des repas spéciaux pour accueillir parents et proches. Dans les marchés populaires de la capitale, les commerçants parlent d’une affluence importante, surtout dans les derniers jours du Ramadan. «Les gens viennent acheter à la dernière minute. Les parents veulent faire plaisir à leurs enfants malgré les difficultés», explique un vendeur de vêtements. Cependant, la hausse du coût de la vie rend ces préparatifs plus difficiles pour de nombreux ménages. Les prix de certains produits alimentaires et des habits ont augmenté ces dernières années, ce qui oblige certaines familles à réduire leurs dépenses.
L’angoisse des dépenses de l’Aïd
Pour beaucoup de Mauritaniens, la fin du Ramadan est ainsi marquée par une pression financière importante. Outre les achats pour la fête, les musulmans doivent également s’acquitter de la Zakat al-Fitr, une aumône obligatoire destinée aux plus pauvres. Cette contribution, généralement versée sous forme d’argent ou de denrées alimentaires, constitue un acte de solidarité essentiel dans la tradition islamique. Mais dans un contexte économique tendu, elle peut aussi représenter un effort supplémentaire pour certains ménages. «Nous voulons respecter les traditions et aider ceux qui sont dans le besoin, mais la situation est devenue difficile», confie un père de famille rencontré dans un marché de Nouakchott.
Pour les familles les plus modestes, la période de l’Aïd peut ainsi devenir une source d’angoisse, entre la volonté de célébrer dignement la fête et la nécessité de maîtriser les dépenses.
La solidarité comme réponse
Malgré ces difficultés, la solidarité reste un élément central de la société mauritanienne pendant le Ramadan. De nombreuses initiatives communautaires se développent à travers le pays pour soutenir les familles vulnérables. Des associations, des mosquées et des groupes de bénévoles organisent des distributions de nourriture, des collectes de vêtements et des actions de soutien aux personnes en difficulté. Dans certains quartiers de Nouakchott, des opérations de partage sont mises en place afin de permettre aux familles les plus modestes de célébrer l’Aïd dans de meilleures conditions. Ces initiatives rappellent que le Ramadan ne se limite pas au jeûne, mais constitue également un moment privilégié de solidarité et de cohésion sociale.
À mesure que la fin du Ramadan approche, la Mauritanie se prépare donc à accueillir l’Aïd el-Fitr dans une atmosphère mêlant ferveur religieuse, effervescence commerciale et préoccupations économiques. Pour beaucoup, ce moment marque la fin d’un mois intense sur le plan spirituel, mais aussi le début d’une fête familiale très attendue. Entre soulagement d’avoir accompli le jeûne et inquiétude face aux dépenses liées à l’Aïd, les Mauritaniens abordent cette période avec des émotions contrastées. Mais comme chaque année, la fête devrait rassembler les familles et rappeler l’importance du partage, valeur essentielle du Ramadan.
Sikhousso


