mardi, février 20, 2024
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Procès de la décennie : Tout ça pour ça ?

Après des semaines d’enquête parlementaire et de Police et des mois de procès, le verdict est enfin tombé dans ce qu’il est convenu d’appeler le «procès de la décennie». Et le moins qu’on puisse constater est que plusieurs observateurs sont restés sur leur faim. En effet, loin d’avoir suivi les réquisitions du Procureur, le magistrat a condamné Ould Abdel Aziz à «seulement» cinq ans de prison ainsi qu’à la confiscation de ses biens et à une peine d’inéligibilité pour enrichissement illicite et blanchiment. Ses deux anciens Premiers ministres Mohamed Salem Ould Béchir et Yahya Ould Hademine, ainsi que son ancien ministre du Pétrole Taleb Ould Abdi Vall, ont quant à eux été relaxés. Ses huit coaccusés dont son gendre, Mohamed Ould Msabou, ont écopé de peines avec sursis, ainsi que de la confiscation de leurs biens et de leurs droits civiques.

Rappelons que le «procès de la décennie» s’était ouvert le 25 janvier à Nouakchott contre Mohamed Ould Abdelaziz (au pouvoir de 2009 à 2019) pour, entre autres, corruption, blanchiment d’argent, enrichissement illicite, dilapidation de biens publics, octroi d’avantages indus et obstruction au déroulement de la justice. Enfonçant le clou, Me Brahim Ould Ebety, ancien bâtonnier et chef de pôle des avocats des parties civiles déclare : «on ne lui reproche pas seulement d’avoir piqué dans la caisse !», «il est accusé d’avoir utilisé le nom de l’État pour s’enrichir démesurément et, plus grave, d’avoir utilisé divers procédés pour blanchir et cacher cet argent, notamment par le biais de la fondation de son fils».

La Cour a désavoué le Procureur

Au vu de ces différents chefs d’accusation, des témoignages à charge et des nombreuses «preuves» on pouvait s’attendre à des peines plus lourdes. En effet, le 24 octobre dernier, lors de son réquisitoire, le procureur avait demandé vingt ans de prison contre Ould Abdel Aziz et la confiscation de l’ensemble de ses biens. Ses anciens ministres ainsi que l’ancien Directeur Général de la SOMELEC, risquaient quant à eux dix ans de réclusion. Enfin, le gendre d’«Aziz» et les hommes d’affaires poursuivis dans le «dossier de la décennie» encouraient chacun cinq ans de détention. Mieux, le magistrat avait retenu des circonstances aggravantes et a estimé que l’ancien dirigeant s’était rendu coupable d’un crime. L’ex-Président semblait tellement acculé que lors de sa dernière prise de parole à la barre, il a joué son va-tout en mettant directement en cause le Président Ghazouani, qu’il a accusé d’être à l’origine d’une partie de sa fortune estimée, d’après les conclusions de l’enquête, à 90 millions de dollars. Aziz a en effet assuré que l’argent qu’il est suspecté d’avoir détourné provient en réalité de deux dons en espèces d’un total de 11 millions d’euros que lui aurait fait son successeur, et qui constituerait un reliquat du financement de la campagne présidentielle de 2019. Il a ajouté que l’actuel dirigeant lui aurait également donné 50 voitures, faisant partie d’un lot de 100, commandé durant la même période mais arrivé trop tard. «Le Président n’a eu aucun rapport, ni de près ni de loin, avec l’argent pendant la campagne, laquelle a été gérée par Ould Abdelaziz et un groupe autour de lui», balaie catégoriquement un proche de Ghazouani. D’ailleurs à la fin, elle était déficitaire, et cela avait été officiellement dit. 

Aziz bientôt libre ?

Il y a lieu de rappeler que Mohamed Ould Abdelaziz a déjà été incarcéré près de dix-huit mois et que ses avocats vont faire appel de cette décision. Donc, avec un peu de chance, si on réduit encore la peine, il peut se retrouver libre, ou avec une peine assortie d’un sursis ! D’ailleurs le verdict est tellement surprenant que le parquet a décidé à son tour de faire appel.  Quoi qu’il en soit, les observateurs les plus sceptiques – qui soupçonnaient déjà une mise en scène – s’interrogent sur le sens de ce verdict. Pour eux, il ne s’agit ni plus moins que d’un règlement de comptes personnels. Sinon comment comprendre que tous les accusés soient acquittés en dehors de Mohamed Ould Abdel Aziz et ses proches. Par ailleurs, une autre coïncidence interroge. Cinq ans correspondent à la durée d’un éventuel second mandat de Ghazouani. C’est comme si ce dernier voulait juste s’assurer que Aziz ne le dérangerait pas et après, les autres n’ont qu’à se débrouiller !  Si c’était ça l’objectif, c’est peine perdue. En effet, depuis l’étranger, deux de ses soutiens revendiqués ont tenté de faire monter la pression ces derniers jours. L’ex-capitaine de frégate Ahmed Hassena et l’ex-colonel Sidi Ely Ahmedou ont annoncé le 1er décembre depuis Las Palmas, en Espagne, la création d’un Front National pour le Changement (FNC), ayant pour but de renverser l’actuel président s’il brigue un second mandat et n’accède pas à plusieurs de leurs revendications, comme la dissolution de l’Assemblée nationale. Ils ont également dénoncé «l’injustice» dont serait victime Mohamed Ould Abdelaziz. Certains observateurs pensent qu’ils vont chercher à transformer ce mouvement en parti politique pour tenter de peser sur la présidentielle, en espérant canaliser toutes les frustrations. Il faut reconnaitre que c’est encore loin d’être gagné.

Sikhousso

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